Comme je le disais dans un comm récent, je viens de lire la bio de Jean Pierre Brouillaud Aller voir ailleurs : Dans les pas d'un voyageur aveugle. Bon, ça ne vaut pas Lusseyran, mais c'est pas mal.
Il a fait le tour du monde en stop, des coins où je n'irais jamais avec mes deux yeux. L'Amazonie, l'Afghanistan, le Sahara... Pas froid aux yeux, le gars, et puis qui ne doute de rien. Un jour, il monte dans un camion pour traverser je ne sais quel désert, au Soudan je crois, en plein été, 47° à l'ombre le matin. A un moment leur camionneur demande un peu d'argent, pas un voleur, juste ce que les gens donnent habituellement. Lui et son pote, ils refusent, et se font jeter du camion, en plein désert, sur une piste de plusieurs kilomètres de large. Chances de survie, pas grand chose. Un autre camion les retrouve 3h plus tard, à moitié lyophilisés. Ils continuent à vouloir faire leur loi genre "on veut aller ici et pas là". Ils se retrouvent à nouveau dehors, le chauffeur leur laisse un fond de jerrican d'eau avec un peu d'essence mélangée, sur les insistances de JPB qui avait trop soif... Un autre camion le trouve à moitié mort, par chance, et le conduit dans une oasis. Le gars, pas entêté du tout. 
Il y a des anecdotes intéressantes avec des filles qui lui sautent littéralement dessus. Facile, il est aveugle, il ne les voit pas. Apparemment ça les déchaîne.
Au-delà de tout ça, on se demande quand même ce qu'il cherchait. Des sensations, je pense. Quand on est aveugle, c'est ce qui manque. Pour avoir passé 6 jours sous un bandeau (expérience volontaire), je peux dire que le plus difficile, c'est entre 11h du soir et 3h du matin, quand on est seul dans son salon, qu'on ne lit pas le braille, et qu'on n'a pas envie d'écouter la radio. Il y a clairement un déficit sensoriel. Et encore, j'ai un corps énergétique relativement développé par rapport à la moyenne. Mais il y a 10 ans ? Je serais devenu fou, si cette situation m'avait été imposée. A l'époque je ne sentais rien. Et d'ailleurs JPB ne sent pas grand chose. Le contact de son postérieur sur la chaise, les sons ici et là, sa main qui touche un objet... il ne connaît son corps par par contact, dit-il. Moi c'était pareil. On peut ajouter les battements du coeur, un inconfort ici ou là, mal au dos etc... Mais la sensation de l'énergie qui se balade dans les chakras, celle-là elle est dure à obtenir. Je parle des vrais chakras, pas de petites vibrations électriques, de picotements, de chaud, de froid... Plutôt de félicité, et des visions qui viennent avec. Quand on a ça, on peut être aveugle, on "voit" ce qui est important, on est rempli.
Pour en revenir à JPB, il explique comment il a réussi peu à peu à s'accepter, et à vivre dans "l'amour". C'est ce second point qui me crée quelques doutes. Je crois de plus en plus qu'il y a les saints, et les autres. Les saints, qui voient que franchement le chemin est long, et qui sont toujours à pleurer pour en avoir plus. Et puis les autres, qui ont l'impression d'y être, et qui sont bien contents. Mais quand on les regarde, ils n'ont pas l'air si heureux, ni quand on lit entre les lignes. Il y a clairement une différence de critères. Les uns veulent un bonheur vital qui n'est pas gêné par leurs problèmes psy, donc ils s'appliquent à résoudre ces derniers, et ensuite ça va, ils sont dans l'amour, heureux de vivre (pourvu qu'ils aient plein d'amis et d'activités). Bon, ça n'est pas du tout l'amour dont je parle, quand j'en parle.