Salut Ian,

J'adhère tout à fait ça. Tout ce qui "choque" (secoue, ébranle) notre système énergétique, contient une opportunité de croissance, de transformation. Je crois d'ailleurs qu'en général, même si on filtre quasiment tout de ce que l'impact apporte par notre attachement à sa forme, ou par notre refus de le laisser opérer en nous sous forme énergétique, il fait quand même son oeuvre en nous, mais à un faible niveau. Disons que s'il y a cette résistance, on recevra juste 1% (ou même moins) de ce qu'il pourrait nous apporter, et si on résiste moins, et si on sait un peu plus comment l'aborder et l'accompagner (réaliser que c'est une opportunité et pas juste un truc désagréable ou terrible à fuir ou "spiritualiser"), on en recevra beaucoup plus.

Je crois en fait que ce que veut vraiment la vie, et pour notre plus grand et haut bien, c'est notre destruction, notre mort psychologique. Ce que fait la vie dans son ensemble, ce que font toutes les énergies de la vie sous forme d'évènements (heureux ou malheureux, agréables ou désagréables), c'est éroder continuellement ce "moi" qui est l'obstacle majeur. C'est vraiment le programme. Je crois que tant qu'on a pas vu ça, on rame. C'est pour ça qu'un "moi", et même un "moi" spirituel, qui imagine que la vie est là pour rendre ce moi "heureux", ou "en paix", et qui imagine pouvoir s'en sortir comme ça à l'autre bout, qui imagine que le but est d'avoir un "moi" heureux ou "éveillé", sera quasi continuellement dans cette résistance à embrasser les impacts dont on parle (chercher et/ou accepter les impacts perçus comme agréables/favorables, et refuser les impacts perçus comme désagréables/défavorables).

Je crois qu'il a eu beaucoup de facteurs au cours du temps qui m'ont amenés à percevoir cela, mais que l'un des plus flagrant (j'en avais déjà parlé ailleurs avec toi), a été le choc de la mort de ma mère il y a deux ans. Le fait est que j'étais dans de bonnes dispositions de clarté intérieure, très ouvert, c'est à dire sans idées préconçues sur les implications de sa disparition, et même curieux de voir comment cela allait m'impacter ou pas, et prêt à accueillir l'énergie de ce choc (je ne savais même pas si cela allait être un choc). Allais-je être triste ou non ? Dévasté ou pas ? En souffrir ou non ? Subir un deuil ou pas ? Etre confronté à des névroses qui se revéleraient du fait de ce choc ?

Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais je crois que cette ouverture à été une grande chance. C'est comme si j'avais vécu l'évènement en temps réel, les yeux grands ouverts. Il se trouve que je n'ai pas vécu de deuil névrotique (genre apitoiement sur moi-même, peur de la mort mise en relief par sa disparition, etc.), ou de souffrance égotique, disons, mais qu'au bout de quelques jours, j'ai vécu une sorte de processus organique, une sorte d'effondrement en moi, une sorte de dévastation intérieure, une énorme "douleur" (une énorme énergie) qui m'a ravagé le coeur, qui m'a en quelque sorte anéanti au sens propre du terme (comme une mort) et à ouvert "autre chose" en moi-même.

Tout ceci pour poser une question (à Ian, et quiconque veut réagir), suite à un autre évènement (plutôt égotique celui-là) qui est arrivé récemment, en rapport avec le fait de "jouir de ce potentiel énergétique". Pour faire court, j'ai écrit un email il y a peu à un ami et une amie, qui exprimait une certaine clarté ressentie (à propos de perception, de phénoménal/non-phénoménal, bref pas très important pour ma question). Il faut savoir que j'ai un très grand respect et même une grande admiration (au sens propre) pour cette amie. Il se trouve qu'elle ne m'a jamais répondu, mais que j'ai eu vent par l'ami, qu'elle avait ouvert l'email, et l'avait refermé aussitôt sans le lire parce qu'elle l'avait trouvé "long et ennuyeux".

Quand j'ai appris cela, j'ai vraiment ressenti une vexation, été affecté, la boule dans le ventre, bref un choc énergétique/égotique. Ca faisait longtemps que j'avais pas ressenti cela à ce niveau. Je voyais le choc et le processus se déployer en moi, avec cette réaction assez automatique et immédiate de déni et de refoulement, ce sentiment de "désagréable-donc-à-fuir", comme une sorte de mouvement panique de refus de ce que le choc révélait. Et en même temps en étant assez clair que c'est ce qui se produisait (le choc indéniable, et la réaction automatique de refus du choc), donc ouvert à ne pas me laisser emporter.

Il me semble que ce refus automatique, n'est pas vraiment en soi le refus du choc (bien qu'il soit assez désagréable en soi énergétiquement), mais le refus de faire face à ce que révélait le choc. En gros, si j'étais affecté/vexé, c'est indéniablement à cause d'une certaine arrogance, une suffisance, un sentiment de ma propre importance et de la soit-disant/imaginée importance de ce que j'avais écrit, et que comme cela n'étais pas reconnu, comme cette importance n'était pas validée, l'ego a fait sa crise. Ca m'a pris quelques minutes à encaisser, et encaisser aussi le second choc auto-infligé du "Comment ? Ca m'arrive encore à moi ce genre de crétinerie égotique ? Ca veut donc dire que cette suffisance et arrogance peut encore m'habiter à ce point ? J'en suis encore là à dépendre à ce point de l'attention des autres ?" (ce qui est justement encore une couche d'arrogance/suffisance en soi, qui se révélait).

En osant faire face à cela (en osant regarder les choses pour ce qu'elles étaient), l'énergie s'est remise à circuler, disons. Le choc était accepté comme une chance de voir ce satané ego s'être pris un bon coup de pied aux fesses, donc de revenir à un état plus humble, donc plus fluide, et même une sorte de joie et de gratitude envers le choc lui-même.

Ma question, c'est : dans ce genre de chocs (quand la suffisance est mise à mal ou dans d'autres cas, quel que soit l'ampleur de la chose), comment utilises-tu l'énergie du choc ? Comment l'affrontes-tu ? Je veux dire, vraiment très concrètement, sur le moment, pour en "jouir de son potentiel énergétique" ? Merci.

Réponse : http://rudiswork.canalblog.com/archives/2017/01/10/34789168.html