Et bien c'est à la fois très simple et très compliqué. Le désir c'est toujours le désir de quelque chose (qui peut prendre plusieurs formes rustiques ou sophistiquées comme "rencontrer quelqu'un", "devenir un grand artiste" , avoir de vrais amis, être admiré, exercer sa compassion envers les misérables, posséder le lustre d' un "être puissant" , la force même d'un "tyran", vivre un amour sublime, voyager dans des contrées inconnues et mystérieuses, se rapprocher de Dieu, etc.. )

Dans tous les cas de figure, on espère tirer à soi une situation externe ("contingente" et "factuelle" en langage philosophique) dans laquelle ce désir basique est censé venir se réaliser, nous offrir une sorte de "scène" pour que nous entrions en jeu. En fait nous sommes des voyeurs en puissance.

Là, on fait des efforts plus ou moins intenses pour obtenir satisfaction, afin que notre programmation antérieure s'accomplisse. Et ça marche plus ou moins bien, en fonction de tas de facteurs aléatoires difficiles à maîtriser pour tout un chacun.

En général, le "commun" s'arrête là. S'il a de la "chance", il va plus ou moins "réaliser" ses désirs dans la sphère matérielle (on dira qu'il a "réussi sa vie") ou désespérer de ne jamais parvenir à ses fins.

Un être moins commun va examiner les choses plus attentivement : ce désir qui m'anime quel qu'il soit, il consiste en quoi en fait et me pousse où ?

Et là il prend conscience que c'est au fond toujours rien d'autre qu'une image dans l'esprit qui ne nourrit pas par elle-même (sinon elle ne serait pas motrice), car elle n'est pas vivante, même si elle paraît intense et fascinante au premier abord. Il s'agit en fait d'une illusion propre à une combinaison de lumière "vitale" et "mentale" sans vraie densité.

Car elle ne donne pas d'énergie mais en absorbe (si on allait plus loin, on verrait qu'elle est est portée et "nourrit" en fait des catégories d'êtres différents de nous). C'est une "image-vampire" et non une image-vie et de vérité (pour nous car tout est relatif dans l'univers).

Et donc elle nous pousse à trouver à l'extérieur une concrétisation, une scène singulière. La question pratique c'est donc "comment faire pour que cette image en soi soit nourrissante", qu'elle devienne une substance générée par et pour l'âme et non une simple extraction cérébrale qui pousse à extérioriser un drame dont nous serons à la fin les malheureuses victimes, même si nous espérons êtres secrètement les heureux vainqueurs ?

En gros, comment profiter pleinement du film en demeurant dans son fauteuil ?

Et là la réponse c'est qu'il faut intensifier au maximum le pouvoir de cette image pour qu'elle devienne une vie en elle-même, avec tout ce qu'elle implique d'agréable et de désagréable, de tensions et de relâchement, de lutte et d'apaisement, et ne surtout pas tenter de l'affaiblir ou de l'éteindre par répression.
Il faut donc l'embrasser à point, même si elle heurte nos conceptions et nos identifications ordinaires.

Ainsi l'image devient vivante, un courant qui nous attire et nous fascine en tant que "représentation" et nous confère son énergie motrice. Mais elle menace de nous engloutir. A ce point, il s'agit d'examiner à nouveau : ce désir qui m'anime a donc deux aspects, une "image-représentation" et une force qui me pousse et sollicite mon adhésion pour s'incarner, dynamise les muscles de mon esprit, mais au fond d'où provient-il ?

Et là survient le paradoxe. Il ne peut pas provenir d'autre chose que de moi, que de mon esprit, mais en même temps il doit être "réalisé" par autre chose que moi, afin que je sois vraiment satisfait, car ce que je désire, c'est m'unir à une représentation qui me plait, la sentir vivre en moi, mais comme un autre et non comme la seule production du même, sentir que "quelque chose" ou plutôt "quelqu'un" me répond, afin de sentir enfin que je ne suis pas seul.

Mais l'erreur consiste à vouloir que cet "autre" soit exclusivement recherché dans la dimension externe et matérielle parce qu'on a pas de "foi" et qu'on ne fait confiance qu'aux sens et au mental. Et là on peut attendre jusque la saint glin glin, sans compter qu'on devient de fait esclave de facteurs externes.

Or, les témoignages nous indiquent tous formellement et unanimement qu'un "autre" agit dans notre coeur à notre insu le plus souvent. Il s'agit d'un autre nom de l'"âme", un "mixte" de matière et d'esprit. Elle est porteuse d'une "information" distillée par un être extérieur à soi mais qui se manifeste en nous et à nous par nous (dans nos "canaux"), qu'à défaut d'autre terme on ne peut appeler autrement qu'"ange".

C'est cet ange qui a posé la graine du désir en nous et qui attend de prendre forme pour qu'on le reconnaisse pour peu qu'on l'appelle (= qu'on en aie le désir intense même très voilé), car il peut prendre absolument toutes les formes qu'il veut sans aucune limitation de morale ou de quoi que ce soit.

Paradoxalement c'est dans cet "ange" que réside le fondement de notre identité introuvable ailleurs et de toute identité d'ailleurs, c'est lui qui nous la confère car il réside depuis toujours au tréfonds de notre esprit, les autres formes d'identité n'étant paradoxalement que la diffraction de cette identité là, jusqu'à l'identité mathématique et logique.

En d'autres termes, le "désir de Dieu" ou "désir d'infini" représente la forme purifiée du désir fondamental de trouver dans une dimension concrète et physique (dans une "forme") une altérité qui incarne à la fois notre besoin d'image et de mouvement.

Mais dans la sphère des "religions" seulement certaines formes ont le "droit de cité". Ce sont celles qui correspondent aux parcours obligés des fondateurs de religions et des saints qui sont à leur suite. Ils ont croisé au cours de leurs vies terrestres certaines personnes, posé certains actes, modelés certains esprits puis sont allés s'éteindre au ciel dans les sphères de l'absolu d'où ils répondent si on s'adresse à eux avec suffisamment de conviction et de sincérité, distillant dans l'atmosphère leurs effluves et leurs émanations respectives.

Par exemple, la vie du Christ représente un certain "modèle". Si on veut se relier à sa forme d'énergie, il faut impérativement méditer sur certains clichés propres à sa vie (la Passion, les stations de la croix, etc...), car il a un parcours unique et singulier qui réunit l'absolu et un sorte mode relatif, sa propre vie.

Ces clichés sont vivants éternellement, mais quelque part ils ne peuvent plus "bouger", depuis que le Fils est "remonté" vers le Père, laissant la place à l'"Esprit". Ils ont été déterminé comme dans un film.

En réalité, il existe un réservoir infini de clichés tant dans notre propre esprit que dans l'univers (les deux étant infinis) et qui ne correspondent pas forcément aux sillons connus, tout simplement parce que l'absolu se manifeste toujours dans et par le relatif qui par définition est contingent et imprévisible.

Pratiquement, on ne peut se relier à l'absolu qu'en fonction des personnes qu'on rencontre dans la sphère matérielle et qui nous permettent de tisser un lien. Donc personne n'a jamais le "fin mot" de l'histoire car l'histoire est sans fin.

Si on ne réaliser pas empiriquement ces rencontres, le lien n'est pas tissé et on ignore des pans entiers de l'absolu. C'est pour cette raison qu'il est dit que la rencontre avec un "maître" vivant ou un assemblée de disciples est le fondement de la vie spirituelle. En fait il suffit d'identifier comme tels et de croiser des contenus spirituels valides pour créer des connexions dans son cerveau. Mais ces connexions doivent être créées, elles n'existent pas à priori. C'est le privilège du "temps" de permettre ces connexions et de laisser advenir ainsi une infinité de désirs.

Alors, pour en revenir à nos moutons, lorsque le désir pour une "image-mouvement" se manifeste d'une façon ou d'une autre dans notre vie, nous attendons sans le savoir qu'un autre joue la scène à notre place mais cet "autre" est rarement bien identifié.

Le remplissement de ce désir par un "autre" c'est l'"ange" et le "lieu" de ce remplissement c'est l'âme que nous offrons et que nous devons au préalable avoir vidée et purifiée.

Ce "remplissement" peut aussi se réaliser dans la sphère matérielle. Dans ce cas l'âme se manifeste d'une façon tangible et sensible, mais ce n'est en rien obligatoire pour que le désir trouve son exutoire réel et l'action advienne, c'est à dire devienne une vie génératrice de qualités et non un trou noir dissolvant.

Et pour cela il suffit de capter son essence qui ne porte pas dans sa "satisfaction" apparente et externe, mais dans la vie qui supporte sa tension inhérente.

Il doit simplement être fort et non contradictoire mais pas forcément "bon". Or, pour être non contradictoire il doit être absolu même s'il a une apparence "négative". Par exemple, si je désire assassiner quelqu'un, je porte en moi un désir relatif de mort.

Mais si je tue effectivement autrui "pour de bon" même dans mon imagination (et on pourrait décrire l'opération dans toutes ses modalités grossières et subtiles), alors je ne peux plus rien désirer faute de combattant, car le vrai désir de ce désir ne réside pas dans la destruction d'autrui contrairement aux apparences (c'est l'illusion et la contradiction), mais dans la vie inhérente et constitutive au désir même.

"Désirer détruire" est donc une locution contradictoire. En fait on ne peut que désirer la vie. En revanche, on peut aimer la mort car personne n'échappe à l'amour universel qui est la nature de l'être (on peut aimer ne pas aimer la mort mais on ne peut pas désirer ne pas désirer la vie).

Le désir est donc le moteur de la vie de l'âme et son combustible, étant l'espace de mise en scène dans lequel le désir se métamorphose en multiples formes et personnages.

Donc ceux qui détruisent effectivement autrui n'ont en fait pas de réel désir, sinon ils se tiendraient tranquille. Ils n'aiment pas le désir mais préfèrent tuer. Ils ont choisi la mort. En fait, ils aiment tuer comme nous aimons tout les actes que nous commettons (on ne peut pas ne pas les aimer quelque part), "positifs" comme "négatifs".

Ce qui est proprement vertigineux, dans la mesure où nous pouvons réaliser que la substance du monde est bien quelque part l'amour auquel personne n'échappe car il est synonyme d'être. On ne peut pas nier l'amour même si on ne peut pas aimer ceci ou cela.

En revanche, on peut assassiner le désir de deux façons : en le réprimant sauvagement, en voulant qu'il s'extériorise et se fige en une dimension sans altérité. N'est-ce pas la racine du péché finalement ? Le non humain refusera éternellement l'être-de-désir qu'il est, soit en bridant de toutes les façons le désir qu'il porte en lui (trace de l'absolu, du monde de l'esprit purement émané), soit en l'évacuant insidieusement, soit en le tuant carrément.

Si l'homme ne peut renoncer à l'amour qu'il est, il peut assassiner par amour son désir et l'objet de son désir. N'est ce pas le fondement du crime passionnel ?

Les amants criminels sont portés par l'amour de la mort en tant que telle et non par le désir reconnu de tuer qui les absoudrait de l'acte même imaginaire par une forme de "confession", car il ne peut être véritablement complètement conceptualisé étant le contraire même du désir. C'est donc le désir qui sauve et non l'amour.

En d'autres termes, la "mort" ou plutôt entité-mort est un être qui a pris possession de l'esprit de vie et a fauché l'âme ou puissance du désir. Elle s'est substitué à lui en le transformant en mort vivant, en machine, en zombie.

C'est pour cette raison qu'on peut tout désirer sauf la mort en tant que non-désir, si on comprend la nature profonde du désir porté par un "je" à destination d'un "autre" qui donne vie. En revanche, on ne peut pas ne pas aimer, même ce qu'on aime pas. Or à ce titre, on peut paradoxalement aimer ne pas désirer et donc aimer la mort elle-même, ce qui est la proprement la porte de l'enfer.

Qu'on ne désire donc pas ceci ou cela sous telle forme, mais simplement qu'une "image-mouvement" prenne vie par un autre, un peu comme si nous assistions à un spectacle, à un théâtre, à un drame dont nous serions à la fois la scène et le projecteur mais non les acteurs principaux ni le scripteur.

Si je veux être l'acteur en propre, alors je m'"identifie" fallacieusement aux personnages et à l'action en cours et je perds mon rôle naturel : offrir une scène vierge au sein de laquelle une action spontanée puisse avoir lieu.

La scène que nous offrons aux protagonistes, c'est notre âme, le spectacle qui se déroule c'est celui des dieux, ce sont les anges et les démons qui festoient, la forme secrète de nos passions et de nos émotions animée par une Intelligence mystérieuse aux dessins insondables.