Cette énergie qui consume tout sur son passage car elle ne peut se stabiliser dans aucun niveau connu et déterminé m'a fait songer à ces "hymnes aux kalis" que j'avais lu il y a très longtemps évidemment sans pouvoir avoir la moindre idée de quoi que ce soit. Il faut dire que le texte par lui-même est totalement obscur. http://trika.yoga.free.fr/les-textes/SPANDA/HYMNES-AUX-KALI.pdf.

Forcément, ce qui permet de se libérer de quelque chose de déterminé est par essence destructeur plus que constructeur de notre point de vue limité de créature qui a tendance a vouloir un "habitat" pour subsister et se fixer.

Comme on passe son temps à se "cristalliser", la sagesse apparaît naturellement de façon effrayante et agressive, d'où le symbolisme de l'épée et les attributs guerriers des divinités.

Certains maîtres refusent jusqu'à l'idée de création et affirment des trucs genre "rien n'a jamais été créé" en fait "rien n'est jamais apparu" etc. Mais ce genre de propos opère une allusion à cette énergie ravageuse et destructrice sous son aspect "sombre" et "cruel" vis à vis du monde manifesté et créé plus qu'elle ne décrit un état des lieux.

Simplement le fait de croître spirituellement implique une forme de destruction de toutes formes "horizontales" pour aller vers un "point ascendant" vertical, si bien qu'on peut dire que rien ne peut ne pourra et jamais ne subsistera ici bas.

On ne peut pas s'empêcher de confondre une allusion même pas subtile avec un rapport de police ou d'espionnage, tellement l'habitude de raisonner en termes grossiers est bien ancrée dans notre cerveau sans appréhender les processus et les mutations.

Alors je crois que cette histoire de "terreur sacrée" correspond en mode hindouiste à la "crainte de Dieu" en mode chrétien, simplement la même réalité est appréhendée selon des "ambiances" différentes.

Tu commences à voir et sentir des cimetières et des charniers partout remplis et jonchés de cadavres (imaginaire du chö) révélant ton néant et le côté éphémère de tout ou tu trembles comme une feuille à l'idée de désobéir à la Majesté divine protectrice, mais dans le fond tu te rends compte que tu n'es guère plus qu'une pauvre feuille détachée d'un arbre et ballottée par les vents ou les flots impétueux sans refuge solide.

Du coup, cette affaire de projeter en avant l'énergie en un point oméga sans jamais se satisfaire d'un "plateau" et d'un acquis réel ou supposé éclaire le "ni ceci ni cela" d'un jour nouveau et dynamique, comme le fameux "rien" de Ranjit et consort. Zéro, c'est tout ce qui est passé ou en voie de l'être, c'est l'"être-rien", la nullification le "fuel" de l'espace-temps comme qui dirait.

Alors, déguster le "pain et le vin", c'est quoi, du cannibalisme déguisé ou une façon de désigner allusivement une façon spéciale de se "nourrir" ? Dans les hymnes, les maîtres racontent que les "kalis" sont quelque part les énergies naturelles qui nous entourent, le Temps qui avance et consume tout une sorte d'être et d'énergie conscience en fait, et pas juste un train aveugle et fou qui nous emporte dans notre tombe comme à l'allure du TGV.

Mais comme on ne voit pas les bourrasques ou les changements de météo plus doux comme des mouvements naturels et spontanés de son propre "spanda", paf, on ne reconnaît aucune des manifestations des "kalis" de "Bhairava" de "Mahakala" et on perd mille occasions de cueillir de l'énergie fraîche.

Par exemple, moi ce sont les élèves impossibles à longueur de temps, sans arrêt en train de la ramener, hors des oasis de paix et de créativité qui sont heureusement plus longues maintenant, mais pour combien de temps ?

Alors, c'est sur, à cette cadence on est usé plus vite. Du coup on procède en fantôme affamé artificiellement pour se nourrir de mirages et d'illusions.

En fait, toutes ces manifestations déchaînées ou plus paisibles procèdent de la même racine : la "fureur" d'éliminer du divin, de raser gratis pourrait-on ajouter, parce que cette énergie de destruction elle est là partout en fait elle est accessible puisque la mort, elle rode partout.

En fait aussi la base "tumo" qui veut dire un truc comme "furie" féroce" "feu dévorant", etc, donc l'arc est réuni aux deux bouts pour que l'étincelle survienne et mette le feu aux poudres.

Parce qu'en fait, on est éliminé de toutes façons. Les amis passent à d'autres nos centres d'intérêts changent, les femmes rejettent leurs maris si ils n'ont pas été à la hauteur, les maris rejettent leur maîtresses, les mantes religieuses dévorent carrément leur mâles, etc..

Les enfants éliminent les parents il ne reste rien d'eux à la fin sinon de vagues souvenirs, le corps s'use comme l'esprit et les états de conscience s'éliminent les uns les autres comme les vies successives... Ce sont les cycles de la nature.

Et donc on se projette dans des lignées familiales pour "survivre" quelque part ça se comprend mais du coup on perd la possibilité de "transcender" la mort elle-même, la furie qui se dévore finalement, le fameux serpent mythique, l'"ouroboros". Parce que sans cette capacité de destruction on serait des prisonniers pour l'éternité si on réfléchit bien de nos "plus belles" créations.

Je trouve que ce qui est très difficile à appréhender, admettre, sans parler de réaliser dans cette histoire hors de la théorie, c'est que cette réalité nous met en contact avec un type d'émergence énergétique dont on n'a pas l'habitude. Ou peut être qu'on refuse dès que ça se produit par peur atavique de l'inhabituel.

Alors que je si je comprends bien, c'est cette énergie même de peur qu'il faudrait "reconnaître" à la racine comme étant une forme de sa propre énergie et non pas une menace externe quand elle s'est donnée une forme et un contenu, même vague et indécis.

Mais l'exercice est particulièrement ardu, parce que cette peur cette poisse cette angoisse a la place d'être une alliée est capable de brûler et ravager des zones entières de canaux, si ce n'est juste les immobiliser les figer et les geler.

Elle joue contre nous car on ne parvient pas à s'identifier et faire corps avec elle. Mais qui veut et aimerait danser avec un squelette plutôt qu'une jeune femme aguichante ?

Quand j'étudie l'orgue ou toute forme musicale, je demeure dans un champ déterminé même s'il y a des variations au sein de ce champ et de l'improvisation. Si je pratique une logique de combat dans les arts martiaux ou les échecs, mon adversaire/opposant va peut être faire des coups ou des mouvements imprévus qui vont me surprendre, mais pareil l'affrontement demeure ancré dans un champ connu, donc l'effet de surprise sera lui aussi limité.

Et lorsque dans la vie je reçois des coups de façon anarchique, le résultat se traduit par un émiettement de conscience et une fragmentation supplémentaire du corps subtil. Donc la rencontre de l'inconnu, telle est la grande inconnue.

Si une vague pouvait enrouler une forme et la dissoudre de l'intérieur (et non de l'extérieur par force à coups de marteaux), nous disposerions du morceau de sucre qui font sous la langue, du fruit qui délivre son nectar, des mystères qui se révèlent naturellement et sans efforts, des secrets qui se dévoilent spontanément, du joyau qui exhausse tous les souhaits, de la poule aux oeufs d'or quoi...

Dans la vie quotidienne j'observe surtout l'alliance infernale du glaive qui vient fracasser une armure déjà fissurée avec les voleurs des démons et des loups qui viennent terroriser le pauvre ère terré dans une tanière ou une bergerie. En fait c'est logique, c'est la loi et le principe de l'énergie : tout est détruit finalement et irrémédiablement de façon impersonnelle. Tout est liquidé.

Donc quelque chose de dur est fermé (force constrictive de resserrement) est détruit de l'extérieur (par une agression apparente), tandis qu'une matière vivante se créée et se recréée de l'"intérieur" si la périphérie est souple (canaux et système énergétique en bon état).

Dans les deux cas, il s'agit pourtant bien la même force qui consume tout sur son passage car elle ne supporte pas les limitations, sous deux angles et deux modes en apparence disjoints, alors tout va toujours bien pour l'Absolu mais pas pour nous.

Car l' énergie vivante oscille entre un rayon laser et un large balayage de fréquences, un spectre, un ensemble de faisceaux de lumière qui viennent balayer de nouvelles zones et donnent une perspective agrandie et une compréhension nouvelle, tandis que l'énergie fossilisée revêt l'apparence et le l'allure d'un sommeil éternel entrecoupé de chocs électriques, comme un fou sous l'effet d'un narcotique pris par une camisole.