Alors on comprend pourquoi un "journal de crises" qui représente une forme de "mémoire des crises" n'est pas trop prisé et on lui préfère un blog consolateur et rassurant. Personne n'aime trop la recension de ses échecs au détriment de ses réussites et gloires ni le rappel de la condition factuelle de "nudité" inhérente à tous les êtres.

Dans le cas des saints et des héros tout va bien (ils peuvent bien faire état de leur condition antérieure d'affliction), car dans la mémoire collective ils sont passés par la force des choses "du bon côté" (même s'ils sont passés par de terribles épreuves ils ont triomphé donc sont revenus dans le "collectif" humain même s'ils en sont sortis simultanément).

Alors que pour le commun des mortels, celui qui n''est qu'un pauvre hère en face du divin n' est absolument rien à ce stade (l'archétype de cette condition c'est Abraham quand Dieu lui demande le "sacrifice" incompréhensible de ce qu'il a de plus cher au monde son propre fils c'est le symbole de l'état incandescent de la crise). https://www.les-philosophes.fr/crainte-et-tremblement.html

La "crise" est une irruption du contingent et de l'imprévisible, un visage et un aspect de l'absolu dans un "instant" qui confère à l'être une valeur qu'il n'avait pas auparavant.

C'est pour ça qu'elle peut être "salvatrice" mais son souvenir n'est jamais agréable en tant que tel donc on préfère l'effacer car personne n'aime re-convoquer et répéter la disparition de son Atlantide personnelle.

"J'ai remarqué une certaine propension chez un peu tout le monde à taire le plus important". Bien sur je ne fais pas exception à ça, mais j'ai eu le malheur de le faire remarquer incidemment ça quelqu'un de ma connaissance (comme quoi tout le monde mentait tout le temps d'une certaine façon) et ça m'a valu une douche glacée.

En autres choses j'ai eu droit au fait que "j'étais quelqu'un de toujours négatif" et même extrêmement négatif (alors que pas si longtemps avant j'étais quelqu'un de "très grande confiance"). Je crois qu'il ne s'agit pas dans ce (mon) cas juste de mauvaise humeur ou de l' aura contaminée d'une personne pénible à vivre (en l'occurrence moi-même, même si c'est certainement aussi et bel et bien le cas, ça ne change pas l'universalité de cette condition partagée), mais d'un truc plus profond et général qui rejoint cette autre observation du billet.

"D'après ce que j'ai compris, le thérapeute déteste également le patient névrotique, mais il peut se permettre plus facilement de ne pas s'en rendre compte. Tout ça pour dire que le malade déteste certainement sa maladie, et que c'est une part importante de sa vie intérieure. Peut-être aussi qu'il se déteste lui-même pour l'avoir attrapée, et qu'il déteste Dieu de la lui avoir donnée (même s'il n'est pas croyant), et qu'il déteste les autres d'être en bonne santé... De la même façon, je suis convaincu que les vieux détestent les jeunes d'être jeunes. Et d'après Winicott toujours, les mères détestent leurs gosses (pas seulement, bien sûr)".

J'ajouterai une symétrie : les "jeunes" détestent les "vieux" pour leur supposée "expérience" (en fait qui se réduit le plus souvent à une peau de banane et de chagrin...) donc je ne sais pas qui peut racheter qui...

J'ai bien l'impression, justement le fait de récuser finalement cette approche de "pensée positive" comme inefficace et fausse (j'ai tenté ça avec Murphy et consort, mais ça marche pas dans les faits parce que ça dérive du côté de l'objet sans remonter au "sujet" et à la racine des maux), c'est bien s'attaquer au mythe fondamental de notre temps.

Dès que j'ai un(e) "ami(e)" et que je ne mime pas la "bienveillance contrôlée" se termine très mal très vite. La personne sent immédiatement et inconsciemment une modification d'attitude qu'elle décode elle-même négativement. En cessant de l'"admirer" (en tant qu'elle va être l'objet d'une perception forcément positive), elle perd une forme de nourriture à bon compte et donc s'énerve plus ou moins ouvertement, sans voir que la l'"admiration" initiale est forcément factice elle aussi car résultante d'une forme de "déportation" de l'âme et l'esprit.

En effet, il me semble que la "pensée positive" part des prédicats du sujet (devenir quelque chose ou quelqu'un de "mieux") et non du sujet lui-même (sa nature foncière). Du coup elle fonctionne par "injonctions" qui se résument à une unique et fondamentale ("visualiser" l'image que vous vous faites du bonheur, comme si on la connaissait par avance avec le sceau d' une certitude marquée...) censées données le résultat escompté.

On remarque la mentalité mécaniste du procédé : l'"inconscient" qui fonctionne comme une "machine à écrire automatique" va pouvoir par magie imprimer la "bonne" face des choses et éliminer spontanément la "mauvaise" alors que précisément étant neutre il va reproduire les deux faces et les deux aspects de la réalité car le "négatif" ne s'efface pas comme ça.

Revenir au "sujet", ça me paraît alors constater que les opinions les plus sures peuvent totalement changer dans un délai très court et donc que le "sujet" est bien ce yi-king permanent. Si on parvient à faire "coller" deux états d'esprit (un du "passé" et un du "présent" en un seul et unique), alors il est vraiment stupéfiant de constater comment deux "contradictoires" ont pu coexister avec le même indice et "coefficient de certitude". Donc tous les contradicteurs existent en nous-mêmes.

Peut être que le chemin vers le "non savoir" est plus simple que prévu finalement si on s'en tient à la "constatation" et non la justification (positive ou négative).

Exemple simple que chacun a pu avoir fait : je souhaite entrer en union avec telle personne se transforme en un claquement de doigts en "c'est bien la dernière des choses souhaitables", je souhaite habiter absolument à tel endroit je souhaite tout aussi absolument fuir tel endroit trois secondes plus tard ou l'inverse, je veux exercer telle activité cette activité ressentie juste après comme un fardeau et une contrainte inutile, etc...

Cela se produit tout le temps mais à cause de l'"oubli" on ne le voit pas alors que ça crève les yeux. Donc l'alternative "ou ceci ou cela" c'est bien en fait la face cachée de "ni ceci ni cela", de la transformation et de la métamorphose incessante de chaque phénomène.

"Il raisonne comme s'il était une entité unifiée. Il y a des jours où on a envie de vivre, d'autres où on a envie de mourir, en tous cas si on arrête de se raconter des histoires".

Voilà c'est ce que j'ai constaté d'une façon simple et empirique. Du coup la "pensée positive" qui se calque sur une visée déterminée et intrinsèquement absurde du fait que tous les objectifs en terme de sensations ou de pensées fluctuent constamment, même si elle prétend qu'ils sont stables et constants.

Pour répéter le propos initial, c'est donc bien la "crise" qui permet au divin de se manifester éventuellement, car elle reconstitue l'état antérieur du "péché" sous une forme toujours nouvelle (et c'est bien ça le "karma" cette recomposition du "même" sous des figures en apparence différentes jusqu'à épuisement des stocks qui est la "mort"), mais avec la possibilité de comprendre la "condition" réelle de l'individu à un instant donné qui vient ordonner le "temps" : c'est le sens primitif de la "résurrection" ainsi décryptée, non celle d'une entité factice, mais du flux dans lequel elle se trouve embringuée de fait et malgré elle.

"Car la figure du Christ repose sur une toute autre conception de ce qu’est la vérité, et de sa transmission, donc de ce qu’est un maître, et son disciple.

Ici, c’est le maître (Jésus) qui apporte la vérité, qui la révèle à celui qui l’ignorait : c’est un don de Dieu.

Ou plutôt, un double don : Dieu nous donne la vérité, mais aussi les clés pour la comprendre, ce que Kierkegaard appelle la « condition » : si maintenant le disciple doit recevoir la vérité, il faut alors que le maître la lui apporte ; davantage même il faut encore qu’il lui donne la condition pour la comprendre, car si le disciple constituait en lui-même cette condition, il n’aurait qu’à se souvenir.

La condition est donc ce qui nous rend capable de comprendre la vérité.

Or celui qui donne au disciple non seulement la vérité mais encore la condition n’est pas un maître mais un Dieu". https://www.les-philosophes.fr/miettes-philosophiques/Page-2.html