En ce qui me concerne, ce n'est pas tant "qui suis-je" que "où en suis-je" (même si c'est un peu pareil). Dans mon expérience, une façon de parler de ce qu'est "l'éveil", est de parler de la perception. L'éveil est un élargissement perceptif. C'est ça qu'on appelle "sagesse". C'est déjà apprendre à approfondir le niveau perceptif auquel on est, et ça commence au raz des pâquerettes (apprendre à réellement habiter les 5 sens par exemple, ce qui est déjà, contrairement à l'idée floue qu'on s'en fait, très rarement le cas), et petit à petit comme dezoomer pour englober des niveaux perceptifs de plus en plus larges, fins, subtils, utilisant des ressources perceptives, des organes perceptifs à l'état de potentiels uniquement chez le commun des mortels.

L'image de la bande de fréquences audible est un bon exemple. Chez un humain, l'ouie physique ordinaire ne peut détecter qu'une bande de fréquences définie. Déjà apprendre à explorer et habiter entièrement cette bande de fréquence n'est pas donné du tout. Ensuite, un organe perceptif potentiel plus subtil peut être amené à se réveiller pour encore élargir cette bande de fréquences à des fréquences de plus en plus fines (auxquelles l’ouïe ordinaire n'a pas accès) : infrasons, ultrasons...

Il en va de même pour la perception de manière générale, par exemple dans le domaine "karmique", le domaine de la causalité (quelles causes, quels effets, sur quelle échelle), le domaine du temps.

En ce qui me concerne, je ne m'aventure plus à dire quoi que ce soit à quiconque dans ce domaine de la causalité, et encore moins à chercher à "faire changer d'avis" quiconque, et encore moins à lui dire ce qu'il devrait faire (ça a évidemment dû m'arriver de le faire), ou imaginer que je sais, que je vois ce qui serait "bon" pour lui. J'ai trop conscience que mon niveau de perception est largement insuffisant pour cela. Et il y a aussi le paramètre fondamental du respect du libre-arbitre.

Ce qui peut se passer quand même, c'est d'être confronté dans des relations humaines, à voir que je perçois les choses à un niveau plus large que mon interlocuteur, qui me parle par exemple d'une situation difficile qu'il vit, ou d'un problème dans sa vie, ou d'une confusion qu'il rencontre et qu'il n'arrive pas à clarifier, ou qui me parle de ce qu'il imagine être son problème du moment alors qu'il m'est évident que le problème est en fait ailleurs, etc.

Ce qui se passe dans ce cas, et j'observe que c'est comme ça que ça se déroule, c'est que cette perception plus large, est mise à contribution pour tenter d'éclaircir la situation, en dévoiler plus les tenants et aboutissants, amener un peu de clarté, infuser quelques éléments de cette perception plus large dans la compréhension, tenter de donner des éléments de perception et de compréhension qui peuvent amener à faire un état des lieux un peu plus juste (plus large), donner des éléments d'expérience de ma propre vie. Ensuite, "l'intervention" se limite à ça, et certainement pas à amener l'autre à faire un choix à sa place, ou lui dire ce qu'il devrait faire (soi-disant pour son "bien"), parce que je sais que je ne sais pas.

Je pense par exemple à un ami proche qui est en "recherche" et qui est en couple avec une névrosée de première catégorie. Névroses complémentaires évidentes, mais cet ami est aussi évidemment beaucoup plus clair qu'elle, et de ce que je vois, rester dans cette situation lui amène à l'évidence beaucoup plus de galères totalement inutiles que de "bien", et s'il reste maintenant dans cette situation, c'est surtout par peur du changement, peur d'aller au devant de sa propre maturation. Je sais (à 99%) que ce couple va éclater un jour ou l'autre, ou disons qu'il devrait éclater un jour au regard du "développement organique et naturel" des choses, sauf bien sûr si la peur et sa rigidité le pousse à demeurer dans cette situation morbide et auto-destructrice de sa propre évolution. A chaque fois qu'on en parle, qu'il me relate par exemple des galères dans son couple, directement ou indirectement, j'ai en permanence cette petite alarme en arrière plan, qui me fait être extrêmement délicat dans ce que je dis, pour ne jamais induire et encore moins suggérer quoi que ce soit de ce que je pense qu'il devrait faire dans le concret.