Je viens d'avoir une conversation édifiante avec un ami, qui m'expliquait qu'après avoir répété 100 fois une phrase en arabe, il ne l'avait toujours pas retenue. Je lui ai demandé pourquoi, il a répondu que c'était parce que son cerveau avait une image confuse. Je lui ai demandé pourquoi, il a dit "Je ne sais pas". Tout est devenu clair... En fait, cette réponse indiquait qu'il n'avait toujours pas compris que pour avoir une image claire de quoi que ce soit, il faut la mettre soi-même. Ça demande un effort. Si on se contente du boulot automatique que fait le cerveau, on n'aura jamais l'esprit clair. Du coup j'ai compris pourquoi les gens ont l'esprit tellement confus, pourquoi je ne comprends rien à ce qu'ils disent, et pourquoi ils ne comprennent rien à ce que je dis. 

Qu'est-ce qu'un esprit clair ? Prenons un exemple simple. Le mot grêle. Quand je visualise le graphisme de ce mot, il se mélange à une curieuse image mentale dont le sens est "grêle". Si je prends le graphisme arabe 

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cela n'évoque pour moi absolument rien. Rien de rien. Et si je prends la translitération en français, barad, ça m'évoque plutôt une forteresse. Genre Barad-Dur. Forcément. Si je veux avoir une chance d'apprendre l'arabe, il va falloir que je trouve une image mentale de grêle et que je la mélange au graphisme arabe. Et que je vire Sauron de l'équation, parce que sinon on n'est pas rendus...

Moi aussi je peux inventer une science des lettres avec le français, et peut-être même que ça marchera, parce que tous les mots, en tant que hiéroglyphes, sont mystérieusement associés à leur sens, qui semble bien lié à la forme des lettres. Quand on apprend un texte par coeur, on se retrouve avec l'obligation de clarifier ces images mentales, sauf si on veut apprendre comme un perroquet.

Par exemple "maison" m'évoque un certain genre de maison, parce que la M est une lettre assez carrée. House m'évoque quelque chose de plus rond, parce que le S se love autour du O. Home m'évoque aussi une maison, mais vue de l'intérieur. Là c'est le rond qui domine et le M devient maternel... Château m'évoque un château style Chambord, c'est un mot noble, avec des forêts autour. Castle m'évoque un château de contes de fées, parce que c'est un mot moins sérieux. Tout ça c'est bien curieux, quand on commence à y réfléchir. Et à la base, Allah m'évoque plutôt une étoffe (je parle du graphisme visuel, pas du son). Le son, ça m'évoque plus un arabe qui gueule sur son chameau.

Si je ne modifie pas mes images mentales, je ne pourrai rien apprendre, c'est évident. Ou très mal. Il faut absolument se former une image mentale claire de ce qu'on veut retenir, et l'associer au graphisme, probablement aussi au son, mais là c'est moins clair pour moi vu que je suis visuel.      

A mon sens on n'a besoin de lire un texte que 3 fois pour l'apprendre par coeur (phrase par phrase évidemment). A la 1ère lecture, on met en place les images principales. A la 2è, on se rend compte qu'on n'avait pas été assez précis ("demeure" pour "maison") et on corrige. A la 3è on met en place les petites choses subtiles (mots de liaison, inversion de l'ordre de 2 mots etc).  

Alors quand on discute avec des gens, c'est toujours ces images éminemment personnelles qui sont évoquées en réalité, la PNL l'a bien remarqué. Sauf que ça n'est que la couche la plus visible, il y en a d'autres derrière qui sont moins visibles, et pas vraiment modifiables, car elles sont plus anciennes. Et plus on va dans les couches, plus elles sont anciennes, et moins la forme est mentale. D'après moi, on peut donc modeler toute la couche superficielle, mais au final ça ne devra être que le meilleur moyen d'accéder aux couches plus archaïques. Qu'à mon avis on ne risque pas de percevoir tant qu'on n'a pas l'esprit clair au niveau des couches superficielles.

Quand Steve Jourdain parle de l'Idée du bouton de porte, il parle d'un conglomérat d'images superficielles, mais surtout des couches archaïques (au sens ontologique) auxquelles ça lui donne accès. Et c'est là où les Athéniens s'atteignent avec les religions. Elles nous font créer une couche artificielle supplémentaire. En fonction de nos couches primordiales, ça pourra correspondre, nous éclaircir l'esprit, et nous donner un accès, ou non. L'important c'est d'y avoir accès au final. C'est ce que Nisargadatta appelle l'investigation du "Je suis".