J'aime bien Thierry Casasnovas, malgré un petit caractère apparemment pas très facile (comme Mélenchon finalement). Il a quand même beaucoup étudié ce qu'il présente, même s'il n'a pas attendu d'avoir étudié beaucoup pour le présenter. Mais c'est intéressant de voir ses anciennes vidéos, cela permet de savoir d'où il est parti. Et ça pour moi c'est quand même la preuve que c'est un gars qui a des qualités. Parce que des paquets de gens ne s'en sortent pas, qui sont pourtant dans un état moins dramatique que ce qu'il était. Donc il ne faut pas croire que c'est facile.

Cela dit son domaine de compétence, c'est le corps. Alors comme d'autres personnes qui commencent à bien connaître ce sujet, il se lance maintenant sur un autre terrain : l'esprit. Non pas qu'il n'en ait aucune expérience, il dit qu'il prie, mais il a l'air à peu près aussi compétent pour les choses de l'esprit que je le suis pour les choses du corps. Et vice-versa. En effet, son discours correspond en tous points au discours dominant de la "spiritualité". Selon lui, l'être humain a deux piliers : le corps et l'esprit. Qu'-t-il faut du troisième ? Comme beaucoup de gens peu scrupuleux, il a mélangé l'âme et l'esprit pour en faire une seule entité. Et comme par hasard, c'est l'esprit qui a sauté, il ne considère en réalité que l'âme. Il en découle que sa conception du bonheur est une conception vitale. Notre bonheur serait finalement le même que celui des gazlles dans la brousse. Forcément, puisqu'elles ont une âme, comme nous. Bien sûr il parle d'éthique, de Dieu, il lit la Bible, mais ça ne change rien. Pour lui on est heureux quand on est en communion avec la nature. Comme les bêtes. Un peu d'herbe, des arbres, une belle rivière, quelques amis avec qui se tenir chaud : tout pour être heureux.  

Simplet aussi dans sa définition du Réel. "Le Réel, c'est ce qui est. Ce qui est c'est ce que nous avons, et ce que nous avons est bon, puisque nous l'avons". C'est cette dernière assertion qui est délirante : si nous l'avons, c'est que c'est bon pour nous. Non. Si nous l'avons, c'est que c'est notre karma, et notre karma, c'est la "loi". La loi ou la justice n'est ni bonne ni mauvaise, elle est la loi. Son avantage, c'est qu'en l'observant, nous pouvons remonter à sa source, Dieu. Son inconvénient, c'est qu'elle est tellement lourde de conséquences que nous ne sommes généralement plus en état d'examiner quoi que ce soit. Celui qui est prisonnier d'une geôle chinoise, d'une maladie grave ou d'un patron abusif... ils n'ont plus la force, à moins que leur tombe dessus la Miséricorde. Qui est l'autre part de Dieu en quelque sorte. Mais la Miséricorde est la fonction des Saints, car ainsi que le dit Malebranche, Dieu ne peut agir de façon particulière, seulement générale. Il est tel le soleil qui brille semblablement sur tous. Le soleil n'ira pas chercher celui qui s'est enfermé dans une cave, volontairement ou non. Pour celui il faut la prière d'un saint, d'où l'importance des lignées. En effet nous sommes tous dans une cave. Sans ceux qui reflètent la lumière du soleil à notre niveau, nous n'avons plus tellement de moyens de la recevoir.  

La maladie par exemple. Dans les forums, on en voit beaucoup qui luttent désespérément pour se remettre sur pied. Je n'ai encore vu aucun message qui disait que la maladie était une bénédiction de Dieu et que la personne dédiait ses douffrances au salut des pécheurs. Même sur les forum chrétiens, d'ailleurs. Thierry C n'a pas eu non plus cette idée. C'est que, lorsque les vents sont de travers, bloqués ou déséquilibrés, la prière devient compliquée. C'est une question de physiologie subtile, et surpasser cette condition demande des grâces spéciales.

Et donc, le Réel. Ce qui est. D'après Thierry C, ce qui est, nous devons l'accepter, puisque c'est ce qui est. Et c'est là qu'on voit le biais de sa pensée. Comme si nous avions la possibilité de l'accepter. Comme si, au fond, c'était un choix du mental. Il ne connaît même pas cette branche des thérapies psycho-corporelles initiée par Wilhelm Reich. Il prétend que ce qui réagit en premier, c'est l'esprit. Mais non, c'est le corps. Il se cuirasse. Alors il peut se cuirasser contre des souffrances psychologiques, mais aussi physiques. Et de toutes façons ça se passe quand on est enfant. Une fois adulte, c'est la conséquence qui est là : la cuirasse. C'est elle qui peut donner l'impression qu'on a le choix : "mon voisin est un con, je vais aimer mon voisin, et puis aussi le monde entier tant que j'y suis". La cuirasse empêche de sentir qu'en premier lieu, on les déteste, et avec quelque raison d'ailleurs. L'animal humain n'est pas fait pour être comme une sardine dans un embouteillage ou un métro, environné de toutes sortes de pollutions visibles ou invisibles. Comment se sentirait-il bien dans ces conditions ? Je ne parle pas de son esprit mais de son corps. Pour que ça soit supportable, il se blinde. Alors on peut y ajouter des mensonges tant qu'on veut, puisqu'on ne sent plus rien de toutes façons. Cultiver la compassion et l'esprit positif. Mais enlevez la cuirasse, et vous allez voir si vous aimez toujours autant votre voisin. Ici, la réalité ce n'est plus "l'existence brute de mon voisin" c'est "je déteste ce con". C'est ça la réalité, et si on le nie, on s'enfonce dans le mensonge. C'est ce premier ordre de réalité qui est ignoré par toute la spiritualité moderne. Et pourtant, il est tenace. Le dépasser, c'est la Sainteté. Mais il est impossible de le dépasser si on n'en prend pas la mesure. Il faut commencer par enlever la cuirasse.