Au sujet du roman dharmique et de l'inconscient
Je lis les bouquins de Kyriacos Markides sur le "Fr Maximos" (futur metropolite Athanase de Limassol), j'ai l'impresssion qu'ils ont eu un grand nombre de discussions enregistrées au magnétophone, avec comme but l'idée de faire des bouquins exposant simplement non pas la théologie mais la pratique spirituelle, par exemple les 5 étapes des logismoi (entre parenthèses j'ai enfin compris ce qu'étaient les logismoi, ce n'est pas du tout équivalent à ce qu'on appelle "le mental" ou même l'émotionnel, alors même que c'est souvent traduit par "pensées"), les anges, les démons, et ainsi de suite, tout ça dans un langage simple mais sans trop simplifier. Mais surtout dans un langage déjà moderne, par exemple il explique que le but est d'éliminer le subconscient (on comprend que l'insconscient est également concerné), ce que finalement personne n'a jamais dit aussi clairement il me semble. Car ça n'est pas rien, comme nouvelle.
Bref, du coup on retombe sur la méthode Rudi qui dit que la pratique doit faire sortir des blocs d'inconscient qui sont de l'énergie cristallisée, et que ceux des vies antérieures sont autrement plus gros que ceux de la vie présente, mais en fin de compte on s'en fout d'où ça sort (dans l'hypothèse d'une reformulation du paradigme chrétien). Ce qui explique finalement le rôle du roman par rapport à celui de la théologie (en l'absence de Père spirituel). Quand on mène une vie monastique, le but n'est pas de se la couler douce en faisant ses offices et sa petite obédience, mais de vivre des événements qui vont faire ressortir tout l'inconscient caché, on comprend que ça consiste pour l'higoumène qui s'y connaît à appuyer précisément là où ça fait mal, par exemple à accuser injustement quelqu'un pour qui la justice est le pivot fondamental de sa personnalité, ou à traiter d'incapable quelqu'un qui fait justement tous les efforts pour être capable, ou à traiter de fillette un grand gars costaud qui a été malingre dans son enfance et s'est fait traiter partout de fillette etc... il faut en quelque sorte activer tous les traumatismes possibles et imaginables. On comprend que les austérités sont une bonne méthode, car justement ça met la pression sur le psychisme. Il faut bien sûr que le monastère concerné soit clairement enclavé dans le monde spirituel, sinon on va juste rendre les gens complètement fous.
Quoi qu'il en soit le roman est une autre méthode pour faire sortir l'inconscient, dans la mesure où on ne se méfie pas et on ne se rend pas compte qu'on est en train de le projeter. Tout ça pour en arriver à te dire qu'il y a pour moi deux étapes : 1) imaginer la scène 2) l'écrire. Quand on écrit, ça tourne souvent différemment de ce qu'on avait imaginé. De plus ça permet de développer les choses, en closant (participe présent du verbe clore...) les précédentes au fur et à mesure. Clore un traumatisme ou une tendance prend plus de temps que l'écriture d'un chapitre. En général ça prend une saison entière (genre 40 ou 50 "scènes" tournant autour d'un même thème). Quand j'en suis au chapitre 20 je peux réécrire le chapitre 1 et c'est d'ailleurs souvent ce qui se passe. Les choses ont suffisamment évolué pour que je reprenne tout depuis le début d'une façon moins grossière, chaque saison est donc écrite peut-être 3 fois, aussi en fonction des lectures. Là par exemple dans l'histoire entre le prêtre orthodoxe et la fille-garçon manqué, j'ai eu soudain l'idée que si la fille fait de l'occultisme et du new age avec des amis à elle, ça va fortement pimenter les choses, du coup je vais tout reprendre.
Quoi qu'il en soit je voulais dire que quand une saison est à peu près écrite, tout à coup à un moment précis on sent que c'est fini même si tout n'est pas finalisé, ça veut dire qu'on en a fini avec une certaine problématique générale. Il faut attendre un certain temps, et une autre se dessine, qui fait écrire une nouvelle "saison". Une saison prend généralement 1 an ou 2.
En ce qui me concerne, une saison est généralement initiée par une lecture (ou un ensemble de lectures) ou une série télé, qui soulèvent un gros bloc d'inconscient. A ce moment là il y a des personnages qu'on a envie de créer et de faire interagir. Pour te donner un exemple con, j'avais lu ce bouquin "la vieillesse ça n'existe pas" de Jeanne Liberman qui a commencé le judo à 58 ans et passé sa ceinture noire à je ne sais plus quel âge, elle est aussi allée au Japon pour rencontrer le grand maître d'aikido Ueshiba etc... Du coup ça m'a donné l'idée d'une inclusion d'une dizaine de chapitres dans une saison en cours. Maintenant je trouve toute cette histoire totalement ridicule, mais elle a eu son importance. En fait on inclut toutes ses lectures et rencontres dans le roman, et on s'en sert pour faire sortir de l'inconscient. En général quand on lit un bouquin ou qu'on voit une série, il n'y a que 10% de l'info énergétique qui remonte au conscient, et tout le reste est perdu. Je pense que tu aurais depuis longtemps les réponses à certaines questions que tu te poses si tu avais écrit des histoires correspondant à ton vécu, car le vécu, il passe vite, et on n'a pas le temps de voir ce qui se passe. Ou alors il faut une quantité énorme de matériau, comme Rudi avec son magasin, ses disciples, ses voyages etc. Là on peut en gâcher. Toi tu as une vie bcp plus trépidante que la mienne, et pas mal de lectures, on peut cependant supposer que beaucoup de choses très importantes sont perdues dans l'écume de ce grand fleuve... en sorte qu'il te faudra les revivre encore et encore. et la cerise sur le gateau bien sûr, c'est que la méthode développe énormément l'imagination. On ne le voit pas tout de suite. Mais j'ai l'impression que c'est le seul moyen pour avoir de fortes incursions du surnaturel dans sa méditation, vu le manque de pères spirituels, au moins dans ce pays.
















