Au sujet de sex, work and money (Chogyam Trungpa)
J'ai lu les 3 premiers chapitres, il y a un truc super bizarre. Il dit "body is mind, mind is body", comme si c'était en quelque sorte final. On comprend qu'il veut faire en sorte que le mental des gens cesse d'être perché dans leurs imaginations. Mais une fois qu'on a constaté que body and mind sont mélangés, le but de la pratique consiste justement à les séparer, mais correctement (pas en sortant de son corps comme une OBE). Tout ce que je lis sur les vies des saints, peu importe la tradition, nous montre que justement ils ne sont plus vraiment là et que c'est la meilleure manière de procéder, car à ce moment ils peuvent devenir quasi-omniscients, alors que dans leur corps, tout est filtré et déformé par le cerveau. C'est pour cette raison que le Père Joseph priait avant de prendre une décision. La journée il était manifestement dans son corps, et donc ne pouvait pas prendre les bonnes décisions. La nuit par contre, il en sortait et voyait toutes les implications d'une décision. Certains saints sont apparemment capables d'être dans cet état même en parlant (Sahaj Samadhi), mais ils ne sont pas si nombreux.
Trungpa nous parle de nous impliquer dans nos activités, pour ce que j'ai compris, il faut d'abord s'impliquer (redescendre sur terre) et ensuite se dés-impliquer. Non pas de façon mentale mais réelle. Je prends un exemple (ce que Trungpa ne fait jamais vraiment, tout ce qu'il dit reste très conceptuel et souvent on peut se demander de quoi il parle. Je veux dire, si on ne projette rien dessus, on ne sait pas vraiment de quoi il parle, dans beaucoup de cas). Donc voici mon exemple. Barsanuphe dit qu'il vaut mieux resté cloîtré en cellule, pour ne pas voir le péché des hommes et pouvoir les considérer tous comme des saints. Par ailleurs, on voit les gens autour de nous, qui se considèrent tous comme des saints et font semblant de considérer les autres comme saints, tout en les côtoyant toute la journée. On est vraiment dans le summum des imaginations mentales. Si on se met à regarder les choses en profondeur, ce qu'on voit, surtout, c'est le péché. Personne n'en est exempt, nous sommes tous affreux à voir. J'ai vivement conseillé à des amis de ne plus regarder d'actualités et déviter de traîner sur internet, car tout respire l'absence de Dieu et l'auto-satisfaction de s'être séparé de Dieu. C'est très contaminant et ça pourrit la pratique. A partir de là, soit on se cloître, jusqu'à ce qu'on soit inhabité par la lumière divine et qu'on puisse voir les gens du point de vue de Dieu, soit on ne regarde pas les gens. Avant-hier nous étions à Andernos, et je voyais clairement que j'avais pris l'habitude de tous les ignorer. A un moment, j'ai commencé à regarder, et c'était comme plonger dans un marécage, j'en suis ressorti automatiquement. Même quand je parle aux gens, j'ai pris l'habitude d'ignorer tout ce qui pourrait être mauvais, et depuis longtemps, en fait. Alors on me dira, peut-être que tout le monde fait exactement la même chose, je le crois volontiers mais 1) c'est conscient chez moi 2) je peux plonger pour voir ce qu'il y a dessous, alors qu'eux ne le peuvent pas. Non pas que je le fasse souvent. J'évite au maximum.
Le gourou de Lilian Silburn (appelons-le RML) disait qu'il fallait ne rien regarder, et ce qu'on voyait, l'oublier. Tout oublier, pour rester concentré sur le Bien-Aimé (c'était un soufi, dans la ligne de Rûmi).
Lorsque Trungpa parle de la tradition en disant que Milarepa est sorti de sa réclusion, c'est vrai. Mais quand il nous dit de faire comme Milarepa, il a l'air d'oublier tout à coup que nous et Milarepa ne sommes pas du tout dans le même état, et que si on pense faire comme lui, on se fourre le doigt dans l'oeil.
Par ailleurs il ne connaît pas grand-chose au vrai christianisme et sa critique est particulièrement vicieuse je trouve, en avance sur son temps dans le genre CNV. Pour lui, les moines chrétiens qui font voeu de passer leur vie en clôture abandonnent le monde et manquent de compassion. Non seulement il ne connaît rien à la tradition du monachisme, mais on dirait même qu'il ne connaît rien au pouvoir des saints comme le Père Joseph. Que fait-il de ceux qui prient pour le monde et qui sont, en réalité, les vrais piliers du monde, sans lesquels le monde s'écroulerait ? Peut-être qu'il n'y en a que 3 ou 4 par génération, mais il y a un mythe tenace comme quoi si ces quelques-uns n'existaient pas, le monde s'écroulerait. Quand je lis la vie du Père joseph, je suis tenté de croire que ce nest pas un mythe, et qu'ils sont peut-être plus nombreux que nous le croyons. Comment connaîtrions-nous leur nombre ? Peut-être qu'il n'y a que 3 ou 4 grandes thaumaturges dans chaque génération ou siècle, mais il y a des dizaines, voire des centaines ou des milliers (ou plus) de gens capables de prier pour les autres et de les aider. Certains peut-être n'aident que leur famille, d'autres n'aident que leur village et ainsi de suite, il y e tous les niveaux. Mais bref, la vocation des carmes ou des chartreux, ça n'est pas de s'enfermer pour être heureux, même si c'est ce qui finit par arriver car il y a de moins en moins de saints moines. Mais disons que, lorsque le monachisme fonctionnait correctement, ça n'était certainement pas de l'égoïsme.
De même, quand Trungpa dit que le but de la vie, on ne doit pas le définir, par gentillesse, il se fiche du monde (c'est encore un petit bijou de CNV). Quand on pratique sérieusement, le but de la vie on finit par le sentir, c'est l'union à Dieu, et cette union n'a rien d'égoïste, c'est même le meilleur moyen d'aider le monde entier.
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C'est ce que je disais plus haut, le monachisme ne fonctionne plus correctement car il n'y a plus assez de saints moines. Il est évident que des moines qui ne souffrent pas ne sont pas de vrais moines. Feraient-ils mieux si on les obligeait à retourner dans le monde ? Mère Marie avait quand même une vocation particulière.
Quand on regarde RML, il vivait complètement dans le monde, au milieu d'un merdier inimaginable. Mais il est clair aussi qu'il n'était pas dans son corps la plupart du temps. Et quand Rudi explique que le but de la spiritualité, c'est justement de séparer le corps spirituel du corps physique, ça fait sens avec tout ce que je lis sur les vies des saints. Dans cette perspective, tous les conseils de Trungpa ne serviront qu'à nous réincarner encore et encore puisque finalement, il faudrait renoncer au "monde à venir", au profit de celui qu'on a sous les yeux, et qui est une pure illusion.
Je le vois pour moi, si j'examine attentivement les choses, il y a une illusion tenace qui s'est glissée longtemps, mais qui est maintenant partie. A savoir que j'ai examiné pour de bon le sentiment créé par un coucher de soleil ou par un beau paysage. C'est un sentiment de beauté, mais je me demande ce qu'est cette beauté supposée, ou imputée, car pour sûr elle ne va pas droit au coeur. Si c'était le cas, je peux te dire que je passerais mes journées à regarder des fleurs. Malheureusement ça ne marche pas. Donc la beauté de ce monde a quelque chose qui ne tourne pas rond. Peut-être que c'est le statut du symbole. Le soleil symbolise Dieu, mais il n'est pas Dieu. Si on regarde un croix en bois, ça doit nous ramener au Christ, on ne doit pas rester juste béat devant la croix en bois. Le problème, c'est que se ramener au Christ par la pensée n'est pas la chose correcte, il faut s'y ramener par le coeur. Ici, on peut remarquer que s'il y a une abeille dans la fleur, ça marche déjà mieux, car on a sous les yeux un petit être qui a des qualités divines.
(PS : pour le soleil, j'ai ré-examiné la question, et il se passe quelque chose de particulier au moment où il perd sa luminosité, je pense que cela ramène à tous les anciens mythes où le soleil est un dieu qui meurt et qui renaît. Je pense que le crépuscule doit être inscrit dans nos gènes comme le moment où tous les dangers peuvent surgir, car le dieu soleil n'est plus là pour éclairer le monde. En fait le coucher de soleil, c'est la mort, et comme dit Rudi, les humains sont fascinés par la mort. Si cela ouvre un chakra, ce n'est pas le coeur, mais plus bas, vers le 2è, car ça touche à notre survie).
Pour ce qui est du reste de la nature, j'examinais hier les vignes et le chemin, et il est clair que c'est une nature déchue, qui n'a plus le pouvoir de nous ramener à Dieu par elle-même. Au mieux, on est content, au pire, on est déprimé.
J'ajouterais que j'ai longtemps pensé comme Trungpa (par défaut de sens spiituel), en sautant en quelque sorte l'étape intermédiaire où il faut prier au désert (Seraphim de Sarov a quand même passé 16 ans au monastère + 16 ans au désert avant d'en ressortir). Il est tentant de sauter cette étape parce qu'il n'y a plus de saints pour nous aider au désert et qu'on sent bien qu'on ne sera pas capable de s'en sortir en s'enfermant dans un ermitage, est-ce que pour autant la stratégie consistant à rester dans le monde fonctionne ? Pour toi peut-être, mais pour moi j'ai l'impression de ne faire que des conneries quand je vois les gens. Quoi que je dise, c'est pris de travers. Les gens sont fermés comme des huîtres, Je ne vois pas comment on peut travailler avec les situations avec un tel état de fermeture - il faudrait chercher dans la vie quotidienne ce qui a le pouvoir de nous ouvrir. Même pas le sexe, en fait, car comme le dit Kelsang Gyatso, ça fait fondre les gouttes en dehors du canal central = ça nous fait perdre notre énergie spirituelle, le peu qu'on a.
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Je comprends ce que tu dis, mais ça revient finalement à se demander à qui on parle. Est-ce qu'on parle pour une majorité d'imbéciles en prenant le risque de perdre ceux qui auraient la capacité de s'en sortir, ou bien est-ce qu'on parle à ces quelques uns qui pourraient s'en sortir quitte à ce qu'une majorité d'imbéciles ne comprenne rien. Pour ma part, il me semble que la majorité d'imbéciles étant de toutes façons perdue, il faudrait sauver ceux qui en auraient la capacité, parce que sinon, on perd tout le monde.
Pour Mère Marie, il faut se remettre dans le contexte : c'était une sainte et elle pouvait communiquer l'Esprit-Saint autour d'elle, comme Saint Seraphim. Ils pouvaient réellement sauver les gens. On le voit aussi avec le Père Sophrony, par exemple cette cancéreuse qu'il a d'abord guérie, et ensuite qui est retombée, mais morte "dans le Seigneur" si je puis dire. Moi je n'ai pas la capacité d'aller voir les malades dans les hôpitaux et de faire en sorte qu'ils meurent dans les bras du Christ. Du coup, le Lopön conseillait plutôt de s'abstenir d'aller les voir...
Donc je pense maintenant qu'il faut avoir réellement la capacité de sauver les gens, sinon on se perd nous-mêmes en essayant de les aider. Et certes je comprends qu'on préfère se perdre nous-mêmes en "profitant" de la vie, car on ne sait plus comment se sauver, plus exactement on ne sait plus atteindre le Seigneur pour lui demander de nous sauver. Je crois avoir maintenant une vue assez précise du parcours d'une personne sauvée, et ça n'est pas simple.
Quand tu dis que les temps on changé et que les vocations érémitiques ne sont plus légion, c'est vrai. Je répondrai à cela que si les sacrements suffisaient autrefois à sauver les chrétiens du dimanche, c'est parce qu'il y avait un dense réseau de saints qui pouvait les rattraper au moment de la mort, avec les derniers sacrements. Je suis absolument convaincu qu'à chaque dernier sacrement sincère, un saint était en quelque sorte "appelé" pour récupérer l'âme et l'amener au Christ. Sinon elle se serait perdue. Mais aujourd'hui il n'y a plus ce réseau, donc ça devient un coup de loterie (vu qu'il existe encore quelques saints, sinon le monde serait déjà tombé en miettes). Perso je ne peux pas confier mon salut à une loterie, parce que j'ai vu ce que ça allait donner.
















