Fuyez les pianos numériques !
Bon, ça fait un moment que je n'ai rien posté. Ce n'était pas faute de matériau, mais le froid n'aide pas. Il fait actuellement 10° dans toutes les pièces de la maison, et cela induit un stress assez net, pas terrible pour la santé. On chauffe un peu, mais en fait ça redescend tout de suite. Bref. Le piano numérique m'ayant fait redevenir EHS (ce que j'étais moins), j'ai dû racheter un piano à queue, grâce à quelque chose qui ne valait pas un kopek il y a 10 ans et qui tout à coup s'est mis à valoir une fortune. Pas de détails...
Là encore, je suis forcé de croire en Dieu, mais un Dieu qui n'intervient que quand vraiment tout est foutu. J'ai trouvé sur le Bon Coin un piano dans mes prix, pas loin de chez moi, et je suis donc allé le voir. Arrivé là-bas, il est dans une toute petite pièce avec une réverb démentielle, on n'entend rien. Je me lève et je dis que dans ces conditions, pas moyen de juger ce que vaut le piano, adieu donc. Et puis je me ravise, et puis je me dis que malgré tout il a un toucher sympathique et un son puissant, quoique complètement brouillé. Du coup je change d'avis, et je l'achète. De toutes façons je me dis que ce voyage m'a assez fatigué, que je n'en ferai pas 10 pour aller essayer d'autres pianos. Que c'est celui-là ou rien. Je prie le Seigneur que ça soit le bon, car imaginez-vous que le précédent, plus grand, plus beau en quelque sorte, n'était pas le bon. C'était une sorte de bête indomptable et pas très sympathique, qui traînait dans mon salon depuis 20 ans. On n'arrivait pas à s'entendre.
Evidemment, quand on achète un piano à queue de 15 ans d'âge, et qu'on n'y connaît rien, on peut tomber sur n'importe quoi, je m'en suis rendu compte plus tard. Par exemple, il y a des éléments dans la table d'harmonie qui semblent un peu décalés, ce qui produit des sons bizarres, mais l'accordeur qui est passé le voir m'a dit que c'est un excellent instrument. En tous cas, je l'aime bien. Je crois qu'il donne plus de son que l'autre qui était le modèle au-dessus. Il faut dire qu'il est accordé en 442 voire plus, donc forcément, c'est plus brillant.
Du coup je me suis aperçu que le piano numérique n'est en réalité pas un piano, et donc sur ma chaîne youtube putative il y a une vidéo fantôme où il est expliqué que si on veut apprendre à jouer du piano sur un piano numérique, on sera bien marri du résultat, quoique tout le monde en dise. En effet, le son est très peu dynamique en comparaison, de plus la durée de la résonnance me semble bizarrement plus grande. Mais est-ce si bizarre ? Je veux dire que tout ça peut cacher bien des défauts, et quelles sont les directives chez les constructeurs ? Rendre l'étude du piano facile. En fait, elle est difficile. Sur un vrai piano, dès qu'on tombe un peu plus lourd, ça s'entend. Et on a vite des ruptures de son assez horribles. Il faut donc vraiment faire gaffe à ce qu'on fait, ce qui n'est pas le cas avec un piano numérique. Quelqu'un donc qui apprend à jouer sur un piano numérique ne devra jamais en acheter un vrai sous peine de réaliser qu'il a un jeu vraiment pourri. Dans mon malheur j'ai eu de la chance, je n'ai perdu qu'un mois et demi.
Après, bon, le son n'est pas le même, entre un sympathique petit grésillement et un truc énorme qui vous soulève. Si si. Le son du piano à queue est enveloppant et soulevant. Et si on se prend un bon Liszt, on réveille tout le quartier. Cela dit, et il ne faut pas le répéter, Liszt est un escroc. Il s'est fait passer pour le plus grand pianiste de la création, cela donne une mesure de la bêtise humaine (pas de la sienne, mais de ceux qui l'ont cru). En effet, si on prend par exemple St François de Paule, vaillant morceau joué par tous les bons amateurs, c'est d'un manque d'inspiration dramatique. On dirait en fait une impro mise sur le papier, une bonne série d'accords, à la main droite, et puis comme on sait pas quoi faire à la main gauche, on se fait une espèce de trémolos, des gammes chromatiques, des gammes tout court, et puis là une bonne page d'octaves... Enfin bon, la misère compositionnelle totale. Si on compare avec Mozart ou Beethoven, ah là là, mais que dire ? C'est le jour et la nuit. Des génies, des vrais. Je ne sais pas comment expliquer les choses, je ne connais pas assez d'harmonie, mais on sent qu'ils sont allés les chercher loin, leurs morceaux. C'est comme comparer Balzac avec Houellebecq. Voilà, Liszt est le Houellebecq de la musique, il est amusant, il nous envoie à la figure toute sa science (de l'improvisation) comme H nous envoie sa science tout court par paragraphes recopiés du dictionnaire, mais ça ne va pas chercher loin. Mozart en revanche a plongé au fond des océans de l'esprit humain pour nous rapporter des perles et des joyaux, on dirait le pourpoint de Louis XIV où on se savait plus où regarder tellement il y en avait. J'ai envie de dire que les plus grands compositeurs ont disparu avec l'apparition du grand piano en 1870, un instrument tellement immense qu'il n'est plus besoin de savoir composer pour impressionner les gens. Bon, il reste des grands concertos que je n'ai pas analysés, et pour les analyser il faudrait les étudier un peu, genre Rachmaninov, Brahms... On ne peut pas savoir de quoi c'est fait tant qu'on ne l'a pas fait sonner soi-même. Si je reprends l'exemple de Beethoven, j'ai appris qu'il est impossible de juger de son génie en l'écoutant. En effet, ça va trop vite, la vue est brouillée. C'est comme le conte chinois de l'Empereur qui voulait qu'on lui peigne un dragon jaune et un dragon bleu sur ses drapeaux. Le peintre prend des années à faire le boulot et au final il se ramène, il a fait un trait bleu, un trait jaune. L'Empereur le fait serrer en geôle et se rend tout de gob dans sa grotte. Et là il trouve des milliers de dragons jaunes et bleus, du plus sophistiqué au plus simple. Il y a des morceaux de piano qui sont exactement pareils.
Au final, je ne comprends même pas ce que je faisais autrefois. Je ne voyais rien de tout ça.










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