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Piano et entraînement de l'esprit

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5 janvier 2026

Fuyez les pianos numériques !

Bon, ça fait un moment que je n'ai rien posté. Ce n'était pas faute de matériau, mais le froid n'aide pas. Il fait actuellement 10° dans toutes les pièces de la maison, et cela induit un stress assez net, pas terrible pour la santé. On chauffe un peu, mais en fait ça redescend tout de suite. Bref. Le piano numérique m'ayant fait redevenir EHS (ce que j'étais moins), j'ai dû racheter un piano à queue, grâce à quelque chose qui ne valait pas un kopek il y a 10 ans et qui tout à coup s'est mis à valoir une fortune. Pas de détails...
Là encore, je suis forcé de croire en Dieu, mais un Dieu qui n'intervient que quand vraiment tout est foutu. J'ai trouvé sur le Bon Coin un piano dans mes prix, pas loin de chez moi, et je suis donc allé le voir. Arrivé là-bas, il est dans une toute petite pièce avec une réverb démentielle, on n'entend rien. Je me lève et je dis que dans ces conditions, pas moyen de juger ce que vaut le piano, adieu donc. Et puis je me ravise, et puis je me dis que malgré tout il a un toucher sympathique et un son puissant, quoique complètement brouillé. Du coup je change d'avis, et je l'achète. De toutes façons je me dis que ce voyage m'a assez fatigué, que je n'en ferai pas 10 pour aller essayer d'autres pianos. Que c'est celui-là ou rien. Je prie le Seigneur que ça soit le bon, car imaginez-vous que le précédent, plus grand, plus beau en quelque sorte, n'était pas le bon. C'était une sorte de bête indomptable et pas très sympathique, qui traînait dans mon salon depuis 20 ans. On n'arrivait pas à s'entendre. 
Evidemment, quand on achète un piano à queue de 15 ans d'âge, et qu'on n'y connaît rien, on peut tomber sur n'importe quoi, je m'en suis rendu compte plus tard. Par exemple, il y a des éléments dans la table d'harmonie qui semblent un peu décalés, ce qui produit des sons bizarres, mais l'accordeur qui est passé le voir m'a dit que c'est un excellent instrument. En tous cas, je l'aime bien. Je crois qu'il donne plus de son que l'autre qui était le modèle au-dessus. Il faut dire qu'il est accordé en 442 voire plus, donc forcément, c'est plus brillant.
Du coup je me suis aperçu que le piano numérique n'est en réalité pas un piano, et donc sur ma chaîne youtube putative il y a une vidéo fantôme où il est expliqué que si on veut apprendre à jouer du piano sur un piano numérique, on sera bien marri du résultat, quoique tout le monde en dise. En effet, le son est très peu dynamique en comparaison, de plus la durée de la résonnance me semble bizarrement plus grande. Mais est-ce si bizarre ? Je veux dire que tout ça peut cacher bien des défauts, et quelles sont les directives chez les constructeurs ? Rendre l'étude du piano facile. En fait, elle est difficile. Sur un vrai piano, dès qu'on tombe un peu plus lourd, ça s'entend. Et on a vite des ruptures de son assez horribles. Il faut donc vraiment faire gaffe à ce qu'on fait, ce qui n'est pas le cas avec un piano numérique. Quelqu'un donc qui apprend à jouer sur un piano numérique ne devra jamais en acheter un vrai sous peine de réaliser qu'il a un jeu vraiment pourri. Dans mon malheur j'ai eu de la chance, je n'ai perdu qu'un mois et demi.
Après, bon, le son n'est pas le même, entre un sympathique petit grésillement et un truc énorme qui vous soulève. Si si. Le son du piano à queue est enveloppant et soulevant. Et si on se prend un bon Liszt, on réveille tout le quartier. Cela dit, et il ne faut pas le répéter, Liszt est un escroc. Il s'est fait passer pour le plus grand pianiste de la création, cela donne une mesure de la bêtise humaine (pas de la sienne, mais de ceux qui l'ont cru). En effet, si on prend par exemple St François de Paule, vaillant morceau joué par tous les bons amateurs, c'est d'un manque d'inspiration dramatique. On dirait en fait une impro mise sur le papier, une bonne série d'accords, à la main droite, et puis comme on sait pas quoi faire à la main gauche, on se fait une espèce de trémolos, des gammes chromatiques, des gammes tout court, et puis là une bonne page d'octaves... Enfin bon, la misère compositionnelle totale. Si on compare avec Mozart ou Beethoven, ah là là, mais que dire ? C'est le jour et la nuit. Des génies, des vrais. Je ne sais pas comment expliquer les choses, je ne connais pas assez d'harmonie, mais on sent qu'ils sont allés les chercher loin, leurs morceaux. C'est comme comparer Balzac avec Houellebecq. Voilà, Liszt est le Houellebecq de la musique, il est amusant, il nous envoie à la figure toute sa science (de l'improvisation) comme H nous envoie sa science tout court par paragraphes recopiés du dictionnaire, mais ça ne va pas chercher loin. Mozart en revanche a plongé au fond des océans de l'esprit humain pour nous rapporter des perles et des joyaux, on dirait le pourpoint de Louis XIV où on se savait plus où regarder tellement il y en avait. J'ai envie de dire que les plus grands compositeurs ont disparu avec l'apparition du grand piano en 1870, un instrument tellement immense qu'il n'est plus besoin de savoir composer pour impressionner les gens. Bon, il reste des grands concertos que je n'ai pas analysés, et pour les analyser il faudrait les étudier un peu, genre Rachmaninov, Brahms... On ne peut pas savoir de quoi c'est fait tant qu'on ne l'a pas fait sonner soi-même. Si je reprends l'exemple de Beethoven, j'ai appris qu'il est impossible de juger de son génie en l'écoutant. En effet, ça va trop vite, la vue est brouillée. C'est comme le conte chinois de l'Empereur qui voulait qu'on lui peigne un dragon jaune et un dragon bleu sur ses drapeaux. Le peintre prend des années à faire le boulot et au final il se ramène, il a fait un trait bleu, un trait jaune. L'Empereur le fait serrer en geôle et se rend tout de gob dans sa grotte. Et là il trouve des milliers de dragons jaunes et bleus, du plus sophistiqué au plus simple. Il y a des morceaux de piano qui sont exactement pareils.   
Au final, je ne comprends même pas ce que je faisais autrefois. Je ne voyais rien de tout ça.  

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24 novembre 2025

Au sujet des chaînes youtube

Je songe à faire chaîne de piano YouTube. non pas que j'aie du temps libre mais je vois tellement de nullités que ça devient lassant. Puisque j'ai raté le coche "méditation " et que je ne vais rien pouvoir laisser d'utile de ce côté,  je me dis que je devrais au moins laisser quelque chose concernant le piano. De fait je comprends plein de trucs complètement basiques qui ne sont dits sur aucune chaîne. Quelque part, c'est comme si les gens donnaient des feuilles et que je découvre des branches et des racines. Remarquez,  pour la méditation c'était finalement le même problème, les gens se plaisent tous à parler des feuilles, personne n'ayant l'idée de parler des choses plus basiques. La spiritualité ça n'a rien à voir avec les enseignements de tel ou tel sur comment prier etc. ça c'était valable avant, quand la terre était pleine de puissances spirituelles. Disons que ça pouvait marcher. Mais maintenant il faut se poser des questions beaucoup plus basiques : qu'est-ce que je veux faire ? Qu'est-ce que je me dirai sur mon lit de mort après avoir fait ce que je compte faire (en général, pas grand chose) ? Il faut aussi se demander ce qu'est la "lumière" pour nous. Qu'est-ce qui nous rend vraiment heureux (complètement en-dehors du vital basique, de bien manger, bien baiser, bien s'amuser, bien dormir, aller au restau avec des potes, se promener dans les bois...) ? Là c'est vraiment difficile car ces lumières-là sont difficiles à attraper.
Maintenant j'ai complètement laissé tomber ce sacré business de la spiritualité où l'on ne fait que mentir à tout le monde,  chacun militant pour sa boutique. En fait quelques indiens ont dit la vérité, toutes les boutiques sont créées pour les intérêts privés de ceux qui les créent, et à l'heure où elles n'ont plus rien à nous vendre parce que les grandes puissances spirituelles ont déserté notre planète, il ne reste plus à chacun qu'à construire son petit lit. par exemple je me suis aperçu que ma saison 8 était un assez bon lit et que c'est la dessus que j'aurais dû faire fonds. Je vais donc tenter une translation de sa terre pure dans ma saison actuelle. Clairement ça change complètement l'éclairage de tout. C'est vraiment curieux. On devrait utiliser la PNL en spiritualité.
Oserais-je dire que le piano développe une certaine sensibilité qui se translate en d'autres domaines et que tout à coup on y voit clair là où on n'y voyait goutte ? En même temps, qu'est-ce qui me permet de dire qu'il y a un rapport entre le piano et les maison spirituelles ? Disons que effectivement quand on passe ses journées devant un piano, à supposer qu'on évite les erreurs d'antan, il se produit quelque chose dans le cerveau. Là je reviens sur mon sujet précédent,  mais il ne se passe pas un jour sans que je me dise "tiens mais autrefois je faisais telle erreur" et je sais que tout le monde la fait parce que toutes les chaînes YouTube listent effectivement ces erreurs. Ah oui mais alors pourquoi je les critique puisqu'elles disent les bonnes choses ? En fait non, ça ne marche pas comme ça. Pour savoir qu'on fait une erreur et pouvoir la corriger,  il faut se situer un cran au-dessus, à la racine. (C'est le cas dans la vie, on voit qu'on ne devrait pas manger tant de chocolat mais on le fait. C'est qu'on se situe au niveau du chocolat). Sinon au mieux on le voit et on ne peut se corriger. Or je vois que je peux me corriger,  tout simplement parce que je n'ai pas les mêmes objectifs qu'avant. Avant, je voulais jouer ceci ou cela. maintenant je cherche une forme de perfection,   et en fait cette recherche donne le reste de surcroît (c'est finalement comme le Royaume de Cieux et le reste qui est donné de surcroît). Ça marche pareil en spiritualité sauf que la perfection reste à définir alors qu'en piano elle est plus conceptualisable. Il s'agit de jouer parfaitement,  la perfection étant clairement perceptible dans la sensation qu'on en a, sensation qui justement ne concerne pas des vents grossiers mais des vents subtils. Il y a des domaines où je peux clairement sentir l'activation de ces vents subtils et d'autres où je suis trop nul. Marie Jaell fait des affirmations que je ne peux vérifier sur la lecture de notes par exemple. Je fais le pari qu'elle a raison et donc je m'oblige à en faire tous les jours au moins 30mn. Pour le moment je continue à confondre les 2 portées, j'espère juste m'y prendre de la bonne façon pour que ça cesse un jour, mais je suis sans garantie, même si j'ai l'impression qu'identifier les confusions fait partie de la solution. Pour le fait de jouer, il est clair que si l'on s'y prend mal, les défauts vont perdurer, j'ai vu un vendeur YouTube avec 30 ans de piano. Il te fait un bla-bla en te disant qu'il faut bien jouer ensemble et dans la vidéo suivante où il te montre un exercice simple, bam ! pas ensemble. A l'inverse je suis tombé sur une vidéo de Norman Krieger, dès le premier accord on sent que c'est un grand pianiste, il faut dire aussi que le piano aide un peu (en fait, quand on entend ce gars, tous les petits profs youtube ont l'air immédiatement minables). Donc toute la problématique revient à être capable de sentir si on progresse ou si on régresse dans tout ce qu'on fait, car il n'y a que deux chemins,  soit on apprend, soit on désapprend. On ne verra pas le résultat tout de suite, mais il faut pouvoir sentir si on fait de la merde ou pas. Et s'il y a un doute, c'est qu'il n'y a pas de doute. Il est intéressant de voir des vidéos de pianistes, bons ou nuls, jeunes ou vieux. Aux erreurs qu'ils acceptent on peut déjà prévoir le niveau qu'ils vont atteindre. D'où la nécessité d'un maître pour atteindre au plus haut niveau d'excellence. Je n'en ai plus les moyens et en plus je doute qu'il y en ait un dans le coin. Quoi qu'il en soit, la première qualité est je crois la patience, mais bien placée. Il faut déterminer quels sont les bons exercices pour nous, savoir ce que font nos doigts, ce que fait notre cerveau, et sentir la bonne direction.
https://www.youtube.com/shorts/w1xwFlgX6QA

7 novembre 2025

L'intention musicale

Notre monde est spécialiste des objets que tout le monde tient pour acquis mais qui sont en réalité très difficiles d'accès. Par exemple les objets du dharma, qui comme chacun sait sont des objets cachés et parmi ceux-là, la vacuité. Comme disait ma grand-mère, tout est vacuité, prouvant par là même qu'elle n'avait aucune idée de ce dont elle parlait. Et c'est ainsi que va le monde, répétant des phrases entendues, tant est si bien que la majorité, gens bêtes et naïfs, comme je le suis, croient qu'ils comprennent tout en sachant pertinemment que s'ils comprenaient, ça serait plus clair dans leur esprit.
C'est ainsi que dans le monde de la musique, on vous parle de l'intention musicale, comme si cela allait de soi, comme si tout le monde avait dans son intérieur une intention musicale que le Bon Dieu lui avait calée là de naissance, de la même manière que tout le monde a des yeux. Dans ma jeunesse je pensais qu'il suffisait d'y croire pour que ça soit là. Maintenant je suis convaincu qu'il en va de l'intention musicale comme de la vacuité, à savoir qu'il faut être déjà très évolué pour en avoir une, et que le commun des mortels n'en a que tchi.
Si j'en suis convaincu, c'est que le cotylédon m'en est apparu (pas la plante) et que ce simple cotylédon me laisse déjà entrevoir des exigences qui sont exactement celles qu'avait Samy. Il faut jouer parfaitement, le reste ne vaut rien. Ah bon mais alors on ne peut pas se faire plaisir ? En fait pas vraiment, car le plaisir est l'opposé du vrai bonheur, ou de la félicité, ou de la Joie, quelque nom qu'on lui donne. Tomber du côté du plaisir c'est, en sexe comme en tout autre domaine, rester la bête qu'on est et faillir à sa vocation d'humain. Comme on s'en doute le plaisir s'obtient à peu de frais alors que la Joie coûte la peau des fesses, il faut donc avoir l'âme vaillante et personnellement le cœur m'en défaille souvent car je suis mal né et sans éducation.
En ces matières personne ne dit la vérité, et c'est souvent pour éviter d'avoir à se la dire. Samy me disait souvent « il faut s'entendre » et comme on s'en doute pour s'entendre il faut déjà avoir l'idée de s'écouter. J'opinais du bonnet mais à vrai dire je fuyais ça comme la peste, pressentant que cette pente serait trop dangereuse et que je n'y survivrais mie. Aujourd'hui, ne voulant pas perdre mon temps, j'ai décidé de m'y engager. Vieux motard que jamais . Mais c'est que, mon bon monsieur, dans chaque mesure, et je suis généreux, il y a quelque chose qui ne va pas. Pour un peu, ce serait presque dans chaque note. On comprend mieux pourquoi la fuite est généralisée. Mais c'est pitié, car c'est échanger la musique pour du bruit. Perdre un temps précieux en une tâche dont le potentiel évolutif est très maigre. Et se condamner à ne jamais connaître la vraie félicité. Je pense maintenant qu'il faut avoir eu quelque expérience de cette dernière pour la retrouver sous les aspects les plus divers.
Le problème c'est que tout s'enchaîne fort logiquement. Dès qu'on commence à écouter, la moindre chose, deux notes pas ensemble, une note trop forte, un défaut de rythme, bref, ça fait un truc horrible, genre un oiseau déchiqueté sur le tapis du salon (ceux qui ont des chats comprendront). (je me souviens d'une fille qui avait un excellent professeur sur lequel elle ne tarissait pas, elle nous a joué un morceau assez difficile avec quelques imperfections malgré tout notables. Je lui en ai fait la réflexion, elle était furieuse qu'un galapian de mon espèce eût osé ne pas la trouver parfaite. Cela dit, comparé à l'ami pianiste qui nous l'avait amenée, et dont le jeu était d'une brouillonnerie sans équivalent, elle avait déjà atteint une forme de perfection). Pour que l'horreur apparaisse dans toute son horreur, il faut certes qu'il y ait  plus de bonnes choses que de mauvaises, que le contexte soit bon, en quelque sorte. Si la totalité du morceau est mauvaise, alors tout va bien. Par contre si on a pu mettre en place disons 4 notes sur 5, la cinquième peut révéler sa mauvaisete. Il faut donc le pouvoir, et ça n'est pas donné à beaucoup, puisque ça dépend de la décision,   qui n'est pas enseigné par les professeurs en-dessous de 150 euros de l'heure. Le plus grave défaut (que je tiens donc pour être le manque de décision) pouvant se cacher avec la pédale (seulement à l'oreille, pas à la vue), c'est ce que font les gens, sauf qu'alors on sait qu'ils n'entendent rien puisque la pédale fait un gloubi-boulga général. Chaque pianiste avisé sait qu'il faut l'utiliser le moins possible, non seulement à cause de ce gloubi-boulga, mais aussi parce que ça va lui masquer ses défauts techniques. Mieux on joue, plus on sait qu'on joue mal. Marie jaell disait que les passages faciles, ça n'existe pas. Combien elle a raison. C'est dans les passages faciles qu'on entend le plus d'horreurs car c'est là où on relâche son attention, se croyant en sécurité . J'ajoute qu'à mon niveau, je ne peux m'entendre de manière continue. Je dois décider à l'avance de ce que je vais écouter, par exemple telle mesure, et invariablement il y a un problème. Je me corrige donc mesure après mesure, genre 3 par jour et par morceau, et comme on s'en doute bien, il a deux de ces problèmes qui reviennent le lendemain. Je peux donc dire qu'au niveau de conscience où j'en suis je ne peux espérer jouer parfaitement un morceau d'une page. Même pas une ligne. Mais j'affirme que pouvoir jouer une mesure parfaite, lentement, (une seule note! disait Samy) c'est déjà une sorte de petit paradis. Pour ce qui est de jouer vite, je n'y pense plus. En effet, je comprends que si on compresse le temps, il va falloir concaténer toutes les trouvailles qu'on a faites sans les perdre. Comment faire ? Marie Jaell dit que si l'on augmente la vitesse de l'attaque, le temps semble se ralentir puisqu'on a plus d'espace entre les notes. Pas bête.
Et alors l'intention musicale dans tout ça ? D'après moi elle vient quand on arrive à exécuter parfaitement une phrase musicale. À ce moment-là une chose nouvelle apparaît. L'évidence qu'il faut lui donner un sens. Et je prétends que ce sens ne pourra pas apparaître tant qu'il y aura des oiseaux en charpie etc. Ce sera un faux sens, une vue de l'esprit, un débordement émotionnel. Le vrai sens est au-delà de l'émotionnel, comme Mozart si bien le montre, même si on prétend que le romantisme etc. Je ne vois pas comment le vrai sens peut apparaître tant que tout sonne comme du toc - puissante déclaration venant de quelqu'un qui a un piano numérique (j'en ferai une critique, ce sera piquant)  mais quoi qu'il en soit, un accord joué ensemble et avec décision donne une sensation physique de, comme dirait Mère, force de vérité. À l'opposé, un accord pas ensemble, c'est du toc et du faux. Je me souviendrai toujours du jour où je suis arrivé tout content chez Samy. « Regardez ! J'ai trouvé cette super etude de Chopin pas trop difficile (la Revolutionnaire, tout le monde connaît) je vais pouvoir la jouer (je lui joue la première ligne).
- Je ne pense pas (il me joue la première ligne). »
Tudieu ! C'était l'éclair et le tonnerre comparés à la mouche.
Pour finir, vous pouvez écouter Hélène Grimaud dans le 2eme concerto de Brahms, qui l'a tant inspirée qu'elle en a écrit un roman. Techniquement, c'est sous-optimal. Résultat, l'intention musicale qui je suppose doit être présente quand elle le joue lentement, part au lavage. À chacun ses limites.

 

 

 

 

1 novembre 2025

L'apprentissage est un art difficile

En reprenant le piano, je me rends compte que vraiment, je suis né de travers, et de plus j'ai eu une très mauvaise éducation, ou plutôt pas d'éducation du tout, avec des parents complètement à la ramasse qui me confiaient à n'importe qui, y compris à des psychopathes. Bref. On ne dira jamais assez combien l'éducation fait beaucoup pour que l'être humain devienne autre chose qu'une espèce d'animal nuisible. On peut prendre les choses par tous les bouts qu'on veut. Dans ma vie j'ai beaucoup médit des gens, pas ça n'était pas sans raison. Je m'y suis simplement mal pris pour que ça soit utile à qui que ce soit. Au lieu de dire "untel a vraiment un air complètement idiot", j'aurais plutôt dire (mais à l'époque je ne voyais pas cet aspect des choses) :"Untel manque à tel point de sensibilité qu'il a fait ceci et cela, on n'imagine pas les retentissements d'une telle infirmité sur la vie de cette pauvre personne, sans parler de ses paroles qui sont celles d'un fou". Et certes.
Donc, je comprend maintenant pourquoi il faut des professeurs de piano. C'est que l'élève n'a pas la sensibilité pour sentir ce qu'il doit jouer pour apprendre. Car ce qu'il doit jouer, ce n'est pas forcément ce qu'il aime à l'oreille. J'ai découvert en fait que Mozart est parfait pour apprendre à jouer du piano. Sans doute parce qu'à son époque les pianos étaient des instruments bien faiblards, et non pas les monstres qu'on en a fait au 19è siècle. Car il faut le dire, les pianos modernes sont des monstres, et les grands compositeurs ont composé pour les instruments qu'ils avaient sous la main. Certains génies, voyant ces monstres se dont dit "Ah merveille, nous allons enfin pouvoir devenir l'orchestre" (l'ambition de tout musicien finalement). Et bam que je t'envoie des notes dans toutes les directions et à toute vitesse. Pauvres de nous. Nous ne sommes pas ces gens-là. A nous, il nous faut des petites choses bien gentillettes. Les nocturnes de Chopin ne sont pas excessivement difficiles, après tout ses élèves n'étaient pas des professionnels, mais ils sont généralement joués par des gens qui, attirés par ces belles sonorités, se mettent en tête de faire sonner ça sur leur piano alors qu'ils n'ont pas les mains formées par des études correctes. Je peux maintenant tout à loisir médire des professeurs de conservateurs, qui ne faillissent pas à découvrir les quelques génies qui naissent chaque année, mais qui faillissent à leur tâche en gâchant une multitude d'autres élèves qui se déforment la main avec des oeuvres qu'ils ne sont pas capable des jouer. Ils devraient trier bien plus tôt les génies des autres. 
Bref, j'ai donc découvert que nous avons besoin de certaines choses pour apprendre, qui ne sont pas forcément les choses qui nous plaisent, et qu'il faut se discipliner. D'ailleurs il n'y a pas que l'oreille dans le piano, il y a aussi le toucher, et il est visible que la plupart des pianistes amateurs ne s'en sont pas aperçus. Il est de première importance de discerner les noeuds qu'on a dans la main et de trouver les exercices pour des défaire. Au début je dirais qu'il faut aller très lentement, et ne faire d'ailleurs que les exercices qu'on est capables de faire. Je me suis aperçu à un moment donné qu'il n'était pas bon que je fasse des tierces octaves et arpèges, j'ai donc laissé passer un peu de temps. En y revenant, je me souviens des défauts que j'avais avant, et il n'est pas possible que je recommence la même chose. Par exemple j'ai repris les tierces et je m'aperçois qu'il y a 3 choses à travailler : 1) la rapidité d'attaque 2) le fait que ça soit ensemble 3) la détente après l'attaque, qui nécessité une pause. Cette pause doit faire le temps qu'il faut pour que le couple attaque-détente soit bien sensible dans les muscles. Ça prend un certain temps en fait, car la tendance naturelle est de rester crispé. C'est quelque chose qu'on ne voit pas avec les gammes, en sorte que les gammes ne permettent pas de travailler cet aspect, ni les arpèges. C'est d'ores et déjà bien trop rapide. Par contre, je dirais qu'il faut sentir la détente de la partie de la main qui ne fait pas d'attaque. Donc d'un côté on a un exercice où la détente est simultanée à l'attaque, à mon avis on a de grandes chances d'y faillir - raison pour laquelle je travaille les 5 doigts très lentement 15mn par jour -. Ensuite on a des exercices où il faut impérativement séparer l'attaque de la détente, en sorte de prendre l'habitude de se libérer complètement après chaque attaque. Sinon on se crispe, ce qui n'est pas grave si on ne veut jouer que du Chopin, même si on n'aura pas de plaisir à le faire. Mais si on veut jouer des octaves qui s'enfilent à toute vitesse et dans tous les sens sans mourir de la main, il faut certes avoir pris de bonnes habitudes. A mon âge, je ne sais si ces habitudes vont finir ailleurs que dans la tombe, avant même d'avoir servi dans un morceau quelconque.
Bref, je travaille donc 3 types de morceaux : un Mozart, les scènes d'enfance de Schummann qui d'après Samy ont chacune une difficulté en propre, tout en étant très courtes, et enfin un nocturne de Chopin dont je constate qu'il ne m'apprendra rien, étant d'ores et déjà "difficile", mais par parties trop courtes. Par exemple il y a du 2 pour 3, il faudrait y consacrer un morceau entier, comme la Fantaisie Impromptu par exemple, mais qui est encore d'un niveau supérieur, car il y faut des gammes correctes.    
Quoi qu'il en soit, il n'est pas dit que le piano soit le meilleur instrument pour développer le toucher. Du moins, il est très apte à développer celui de la main, mais pour communiquer à tout le corps ce que les mains ressentent, il faut vraiment sentir beaucoup.
En regardant des vidéos du groupe Magma, j'ai "vu" que Christian Vander avait développé l'art du toucher avec sa batterie. Il est entièrement souple, il a tous les doigts qui bougent (et bien évidemment tout le corps) et n'utilise pas ses mains comme des pattes d'ours, ce que font beaucoup de batteurs de moindre niveau (en vérité je ne les connais pas, mais ça semble évident, Magma batteur de rechange qui fait cela). De même il est assez fascinant de constater à quel point ses mouvements sont ronds et qu'il trace même des cercles entre les divers éléments de sa batterie. On note aussi une vibration dans le silence, il n'y a jamais d'arrêt complet. Il a trouvé en quelque sorte le mouvement perpétuel, celui qui se compose à la fois de yin et de yang.        
(Je n'arrive plus à mettre des vidéo, je crois qu'il faut payer pour ça, de même que je ne peux plus changer les colonnes, et que je suis envahi de publicités)
https://www.youtube.com/watch?v=al5YhkM0qb4

 

25 octobre 2025

Doit-on travailler ses points forts ou faibles.

Suite à une conversation avec un ami j'ai réfléchi à la question : vaut-il mieux travailler ses points forts ou ses points faibles (nous parlions de sport). Il faut repréciser le contexte, nous parlions plus précisément de "faut-il travailler ses points forts ou faibles - ou encore ce pour quoi l'on est fait - à l'intérieur du vélo". Donc par exemple il ne s'agit pas de savoir si étant bon en vélo et mauvais en course, il faudrait faire de la course. Ou si étant fait pour le piano, il faut faire du violon. Il est évident qu'il faut faire ce pour quoi on est fait. Mais au sein de ce pour quoi on est fait... J'ai vu des coachs assez sérieux en vélo dire que même si on est fait pour la zone 4, on gagnera en zone 4 en travaillant la zone 2. Pour ma part, j'étais vraiment fait pour le sprint. Mais à un moment, ayant trouvé mon plafond au squat (à cause d'une blessure au genou...), j'ai aussi trouvé mon plafond en sprint. En faisant du sprint, je ne progressais plus en sprint. Pour la muscu, j'avais été plus intelligent. A un moment j'avais trouvé mon plafond sur de la série de 10. N'ayant pas les tendons pour faire de la série plus courte, je suis monté en séries de 30, et ayant descendu progressivement, j'ai vu qu'à la fin j'avais progressé en séries de 10. J'ai voulu tester ma théorie sur une dizaine de poulains, des gars déjà forts mais plafonnant en maxi, 9 sur 10 ont progressé. Celui qui n'a pas progressé était celui qui était fait pour la série longue. Celui là il est évident qu'il aurait fallu lui faire faire des séries courtes. Mais tous les autres qui étaient visiblement faits pour la force, ont progressé avec ma méthode, quoique au départ elle leur ait fort déplu, puisqu'ils s'y sentaient mal.
J'ai ensuite pensé à un autre domaine, la musique. Supposons qu'on fasse du piano ou de quelque instrument, doit-on négliger ses points faibles ? Alors là j'affirme qu'on en serait fort marri, car je l'ai fait et m'en suis mordu des doigts. Par exemple j'étais fort au par coeur, j'en ai profité pour négliger le déchiffrage, tant et si bien qu'au final une sonate de Mozart m'a rendu fou, car ce n'était que petites transpositions et variations. A un moment, j'ai fait des erreurs, je ne savais plus où j'en étais (il faut dire que je ne bossais pas trop non plus) et je lisais si mal que je ne m'y retrouvais plus très bien dans la partition elle-même. Ici même je suis dans un nocturne de Chopin qui contient quelques chopineries bien senties, j'ai dû relire vingt fois les notes de ces traits de 20 ou 40 notes parce qu'arrivé au milieu j'avais un doute sur ma mémoire, et inutile de vous dire que je ne savais plus très bien là non plus où j'en étais. De même, il y a 4 sortes de travail technique à la base, les gammes, les tierces, les arpèges et les octaves. Là c'est pareil, on n'a pas le droit de privilégier ce qu'on préfère, sauf si l'on veut finir fort médiocre et trouver ses limites définitives.
L'ami dont je parlais dans un autre post, après ses moultes années de conservatoire, pouvait jouer passablement une étude de Chopin en tremblant comme une feuille tellement il était peu sûr de lui, mais on lui aurait mis Mazeppa entre les mains, je pense qu'il se serait heurté à un mur. On peut jouer assez loin passablement, moi-même je pense qu'en y mettant beaucoup d'huile de doigt, j'aurais pu jouer une étude de Chopin, médiocrement bien sûr. Plus lentement que ce qu'il aurait fallu. Mais Mazeppa est de ces morceaux qui ne peuvent être joué ni rapidement ni lentement par des brêles, pour cette bonne raison qu'on doit y plaquer des accords à la fois en tout haut et tout en bas du clavier. Là j'ai trouvé la limite de mes possibilités. N'ayant pas d'yeux en même temps à gauche et à droite, et comme, quand même, on ne pouvait aller faire le cheval à la vitesse d'une charrette à boeufs (Mazeppa décrit paraît-il un cheval des steppes avec son cavalier), la main que je ne pouvais regarder tombait toujours à côté. Je me demande comment mon ami s'en serait tiré, mais je pense qu'il n'avait pas non plus le clavier entier dans la tête. Là, ça n'est pas défaut d'avoir travaillé les gammes ou les arpèges (quoique mes traits fussent fort mauvais en réalité, ainsi que mes arpèges), c'est défaut d'avoir travaillé les yeux fermés. On va me dire que c'est déjà d'un haut niveau. Voire. On peut s'en tirer sans dans beaucoup de morceaux, mais au prix finalement de cette incertitude de soi-même qui fait trembler comme une feuille parce qu'on n'est jamais très sûr de savoir où on est. Un coup d'oeil à gauche, vite un autre à droite, et ainsi de suite... ça n'est pas comme ça qu'on va trouver la terre pure pianistique, le calme au sein de la tempête. Non, il y a quelques travaux nécessaires à entreprendre assez tôt, comme se construire une représentation mentale du clavier qui soit correcte, et ça n'est pas simple.
Je suis donc personnellement d'avis qu'il faut travailler ses points faibles, mais notre point le plus faible n'est ni les gammes, ni la lecture, ni la Z2 ni quoi d'autre, c'est la conscience. Il faut que j'en reparle.

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19 octobre 2025

Le fond et la forme

Je reviens sur cette affirmation de dsl qui dit que le style c'est la  forme et que le fond c'est autre chose.
J’avais trop de choses à dire, mais pas les mots pour le dire. Conscient de la pauvreté de mes moyens, je voyais 11 Retrouver ce titre sur Numilog.com le langage se transformer en obstacle. On aurait dû inventer un autre langage. Trahie, corrompue, pervertie par l’ennemi, comment pouvait-on réhabiliter et humaniser la parole ? La faim, la soif, la peur, le transport, la sélection, le feu et la cheminée : ces mots signifient certaines choses, mais en ce temps-là, elles signifiaient autre chose. Écrivant dans ma langue maternelle, meurtrie elle aussi, je m’arrêtais à chaque phrase en me disant : « Ce n’est pas ça. » Je recommençais. Avec d’autres verbes, d’autres images, d’autres larmes muettes. Ce n’était toujours pas ça. Mais « ça », c’est quoi exactement ? C’est ce qui se dérobe, ce qui se voile pour ne pas être volé, usurpé, profané. Les mots existants, sortis du dictionnaire, me paraissaient maigres, pauvres, pâles. Lesquels employer pour raconter le dernier voyage dans des wagons plombés vers l’inconnu ? Et la découverte d’un univers dément et froid où c’était humain d’être inhumain, où des hommes en uniforme disciplinés et cultivés venaient pour tuer, alors que les enfants ahuris et les vieillards épuisés y arrivaient pour mourir ? Et la séparation, dans la nuit en flammes, la rupture de tous les liens, l’éclatement de toute une famille, de toute une communauté ? Et la disparition d’une petite fille juive sage et belle, aux cheveux d’or et au sourire triste, tuée avec sa mère, la nuit même de leur arrivée ? Comment les évoquer sans que la main tremble et que le cœur se fende à tout. 
Tout au fond de lui-même, le témoin savait, comme il le sait encore parfois, que son témoignage ne sera pas reçu. Seuls ceux qui ont connu Auschwitz savent ce que c’était. Les autres ne le sauront jamais.
Au moins comprendront-ils ?
Pourront-ils comprendre, eux pour qui c’est un devoir humain, noble et impératif de protéger les faibles, guérir les malades, aimer les enfants et respecter et faire respecter la sagesse des vieillards, oui, pourront-ils comprendre comment, dans cet univers maudit, les maîtres s’acharnaient à torturer les faibles, à tuer les malades, à massacrer les enfants et les vieillards ? Est-ce parce que le témoin s’exprime si mal ? La raison est différente. Ce n’est pas parce que, maladroit, il s’exprime pauvrement que vous ne comprendrez pas ; c’est parce que vous ne comprendrez pas qu’il s’explique si pauvrement".
Je souligne la dernière phrase, qui indique l'interdépendance entre l'auteur et le lecteur, et qui explique pourquoi, aujourd'hui, il n'y a plus de Balzac. Les grands artistes et les grands saints sont comme des grands arbres qui poussent dans une bonne terre. La terre, c'est nous, le petit peuple. Mais si la terre est stérile, polluée, pleine de pierres, que sais-je, les grands arbres ne pousseront pas. On aura des petits genêts, des fougères, et tout le reste. 
Lusseyran était consciemment conscient de l'interdépendance des esprits quand il disait que son mouvement de résistance, les gens avec lui, lui conféraient un esprit plus vaste, plus clair. Les esprits humains peuvent se scotcher les uns aux autres pour produire des esprits plus grands, visibles des entités spirituelles. Voilà pourquoi le Christ a dit "Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je serai là au milieu d'eux". Car il faut le dire, déjà pour réunir deux esprits, c'est pas facile, et deux esprits qui sont capables de s'unir, c'est qu'ils sont déjà grands, et que la somme, ce sera quelque chose d'important. Alors imaginez à 5 ou 6 (je ne pense pas que le cercle spirituel de Lusseyran, allait plus loin). Bref. Mais si on y réfléchit, et si on lit, l'unité de base de l'espèce humaine, c'est la famille. Celle que Robert Merle a tenté de recomposer dans Malevil ou dans Fortune de France. Celle qu'on trouvé chez les Pères grecs. Une famille avec au moins 5 enfants, les grands parents encore vivants, et peut-être des gens qu'ils hébergent ont qu'ils ont recueillis, ou de la famille plus lointaine orpheline etc... et par-dessus tout cela, si possible, un oncle qui serait un homme de Dieu, moine au Mont Athos ou dans un bon endroit. Que reste-t-il de cela ? Les parents sont devenus tellement faibles qu'ils ne s'entendent plus entre eux et sont incapables de sauver leurs enfants de la malédiction des écrans. L'unité de base, qui permet le fonctionnement correct de l'être humain, a éclaté. Que reste-t-il ? Des fragments. Pour se suffire à soi-même, il faut être réalisé = il faut avoir eu un maître réalisé qui nous a uni à son esprit immense, qui nous a fait grandir jusqu'à ce que soi-même on soit devenu assez grand pour n'être pas quantité négligeable aux yeux des entités spirituelles censées nous aider. Voilà.   
On en était au fond et à la forme. Bon il suffit de lire un peu et d'être sensible aux impressions spirituelles véhiculées par un texte. On voit bien si l'auteur est grand ou petit par son esprit. Mesquin ou vaste. Balzac était un esprit assez immense, d'après moi, mais il s'était plus développé sur l'horizontalité que sur la verticalité. On peut encore en attraper pas mal de bouts. Mais par exemple, si on lit des paroles du Père Joseph, ou des Lettres, là on voit qu'on est complètement largué. On pressent une immensité qui n'est vraiment pas de ce monde. Ça se voit à travers le style. En français et en grec c'est différent, d'ailleurs. La vie du PJ écrite en grec n'est pas la même que celle écrite en français. Outre qu'ils ont supprimé les passages qui font trop peur (rien que ça, c'est parlant). En français, on se dit qu'elle a été écrite par un brave petit gars. En grec, on se dit qu'elle a été écrite par un p* de disciple qui fait trop peur. C'était le P Ephraim d'Arizona, un saint. Cela ne se sent qu'en grec. Quand un traducteur passe par là, parfois il ne reste rien de la vastitude (pourtant c'est bien traduit, mais la langue grecque a trop de nuances pour le français). 
C'est comme les propos recueillis du Père Paisios (que j'ai lus en grec pour une centaine de pages), ça ne semble pas grand chose vu de loin. Vu de près, on se dit qu'on a raté un grand truc, mais qui malheureusement n'est pas vraiment descendu dans ses paroles retranscrites. Il n'avait pas le temps d'être poète quand il parlait aux gens. Et surtout, il se voilait beaucoup. Eh bien, on pourrait dire que, par exemple, dans ses Lettres, le fond était vraiment puissant. Mais la forme faisait qu'on ne peut pas se le représenter. Je pense que les lettres portaient une bénédiction spécifique pour le receveur, ce qui ne marche plus pour une édition publique.
Bref, quand on ne sait pas comment donner une bénédiction dans l'invisible, comme Elie Wiesel, on en est rendu aux moyens du style, pour transmettre ce qu'on veut, car il s'agit bien de transmission. On ressort transformé de ces lectures. Si on en ressort tel quel, c'est qu'on n'a pas compris, ou que le style était mauvais.
Bref, ce post est très mauvais, il me faudrait plus de temps pour écrire des trucs plus... plus mieux, disons, malheureusement tout reste flou pour moi, et donc pour mes pauvres lecteurs, par manque de temps. Je sais exactement ce que je veux dire, mais justement, je ne suis pas poète, il faudrait que j'invente un style, et je ne sais pas tout faire.
Je vais finir sur Robert Merle. Il écrit en préface de Fortune de France :

 

 Il a donc inventé une fausse langue archaïque, qui semble archaïque mais qui est en fait compréhensible par des gens de notre temps. Pour se convaincre de ce que c'était nécessaire, les abonnés Disney peuvent regarder Kaamelott, une grande partie du "comique" vient du fait qu'ils s'expriment en langage moderne, avec un état d'esprit moderne.

17 octobre 2025

Simone Veil, - une vie

Hier j'ai trouvé ce bouquin dans la cuisine, ils le font lire à l'école (en 4è) en version réduite. Du coup j'ai commencé hier soir la version complète. Je me suis arrêtée à 25%. Je ne comprends pas comment elle peut être membre de l'Académie Française, ou plutôt je comprends que l'Académie Française est une bande de margoulins qui se cooptent entre eux sur des bases que je ne connais pas mais qui ne sont certainement pas littéraires. J'avais eu la même déception avec Marguerite Yourcenar, dont je trouvais le style franchement poussif. Ici, ça n'est même pas poussif, c'est inexistant. J'en fais autant, c'est dire. Elle n'a simplement aucun style. Mon jugement n'est pas biaisé par un quelconque antisémitisme ou quelque prévention anti-shoah. En effet, j'ai adoré Elie Wiesel, qui est un véritable écrivain, et qui fait naître en nous des représentations dont j'oserais dire qu'elles ont une force de vérité. Ah mais ! va-t-on me dire "tu te contredis, hier tu disais qu'il ne faut pas décrire le mal". Pour moi Elie Wiesel ne décrit pas le mal mais la perception qu'il en a, et comme c'est un homme bon, sa perception est teintée de sa bonté, donc ce n'est plus le Mal qu'il nous décrit, c'est ce qu'il en a fait. Il n'empêche que ça reste horrifique, mais en un sens supportable, car ça a été transmuté par la vision d'un homme bon. Quand on lit Simone Veil, il ne se produit simplement rien dans le cerveau (ou dans le coeur). C'est comme si on lisait un rapport de police, il n'y a pas d'âme (pardon pour la police, peut-être que je les insulte sans raison). Du coup j'en ai eu marre à 25%. Pas la peine de lire la suite, c'est le genre de lecture qui n'apporte rien. Il faudrait que je fasse un post sur Elie Wiesel dont j'ai lu 6 ou 7 livres je crois, et un autre sur Rudolf Vrba.
J'ai oublié une chose. Simone Veil s'enorgueillit de sa laïcité, comme pour dire qu'elle ne comprend vraiment pas pourquoi le régime de Pétain s'est acharné sur des Juifs pas vraiment Juifs. Ce qui signifie, par défaut, qu'ils avaient finalement plus de raison de s'acharner sur les Juifs religieux. Elle ne le dit pas comme ça, mais c'est quand même ce qui en ressort. "Nous on était juste des gentils Juifs qui ne l'étaient pas vraiment. Les autres, avec leurs rites bizarres, on peut comprendre qu'il leur soit arrivé des bricoles, après tout la religion c'est que des croyances fausses, ça enduit les gens d'erreur". On sent en effet que les Juifs religieux commettent quelque part un péché contre le bon sens et la raison. Bien sûr, personne ne mérite d'être exterminé, on est bien d'accord, mais quand même, ces obscurantistes, vous comprenez bien que dans notre siècle où triomphe la science etc etc... C'est très énervant, parce qu'elle se définit, elle et sa famille, comme un parangon d'humanité vertueuse. Et en plus, elle ne cite pas Elie Wiesel ! Disons-le, Elie Wiesel est religieux, et s'il y a un parangon d'humanité, c'est sa famille, une vraie famille juive comme on les aime. Je pense que sur les 6 millions de juifs disparus, la moitié était des spécimens supérieurs d'humanité, et que 3 millions non pas de Justes, mais disons de presque Justes, ça fait vraiment une grosse perte, et que ça explique la perdition de la spiritualité qui a suivi la seconde guerre mondiale. Il y a eu aussi 100 millions de tués par les stalinisme, sans parler du maoïsme, là aussi je pense que les bonnes gens ont été mieux ciblés que les mauvais. Car évidemment, ceux qui ont moyenné, ceux qui étaient riches, ceux qui ont sinué, forcément, ça n'était pas les meilleurs. Les meilleurs, ils avaient foi en l'humanité, et donc ils ont été faciles à tuer. 
Bref, en deux décennies, notre planète a perdu 90% de ses habitants les plus spirituels, normal que Dieu nous ait abandonnés. C'est devenu irrespirable dans le coin.    

15 octobre 2025

Hélène Grimaud : retour à Arkham... euh non, à Salem

Mais tout de même il faut bien reconnaître qu'il y a un petit quelque chose de lovecraftien dans ce 3è volume.
Cependant commençons par le début : Variations sauvage. Je l'ai trouvé vraiment bien, quoique je préfère le versant biographique au versant "culture louvesque". On y apprend qu'elle a commencé le piano à 7 ans et qu'elle n'a pas mis longtemps pour déchiffrer, pas trop mal, les études de Chopin. On ne joue pas dans la même cour. De mon point de vue, il s'agit clairement d'un cas de réincarnation pianistique, mais bon, ça serait compliqué à expliquer On va juste dire qu'il y en a qui naissent avec une cuillère en or dans la bouche, et les autres rien du tout. Par chance ça peut se corriger. Par malchance, je ne l'ai pas su plus tôt. Je vais probablement devoir me réincarner en pianiste.
Pour en revenir à Variations sauvages, j'ai aimé apprendre ce qu'était un parcours de pianiste douée, comment ça se passait pour eux au conservatoire et ensuite. Au passage, j'ai eu un ami qui a fait le conservatoire lui aussi, sauf qu'il a raté 7 fois le concours de fin de 2è cycle. Une performance remarquable vu qu'en principe on ne peut le passer que 3 fois. Mais quand il me montrait ses morceaux, grands dieux ! A cette époque je sortais à peine de chez Samy et je savais reconnaître des morceaux trop difficiles. Il m'a montré sa partition annotée de Chasse-neige de Liszt. "Tu peux jouer ça ?
- Ben ouais.
- Je t'écoute".
Le gars ne manquant pas de musicalité il y avait l'impression générale, mais j'aurais parié qu'il manquait le quart des notes, sans parler du fait que c'était quand même un peu poussif dans les passages difficiles.
"Non mais, gars, c'est pas des morceaux de ton niveau ça.
- J'y peux rien c'est ce qu'on nous donne".
Apparemment il n'y a pas des Hélène Grimaud tous les ans. Samy me disait qu'il avait eu comme élève un premier prix de conservatoire, il lui avait tout fait reprendre depuis le début. Comment s'en étonner ? Il faut être un génie pour survivre à ce programme sans en sortir brisé.
"Gars, c'est pas bon pour toi, ces études de conservatoire. 
- Ouais mais j'ai un prof excellent
- Celui qui est tout le temps en retard et qui te traite comme une merde ?
- Mais quand même on est partis en stage ensemble dans sa belle voiture décapotable
- Sauf que tu n'as pas le sens du rythme, sans parler du reste ? Faut que tu reprennes tout depuis le DEBUT. Faut que t'ailles voir Samy". Pas moyen, il était amoureux de l'autre, que j'ai entendu en concert : pratiquement pas un accord ensemble. "Oui mais tu comprends il était stressé". Tout le monde est stressé. Si on ne peut pas jouer 3 notes ensemble, c'est de l'escroquerie de prendre 400 balles de l'heure (avant l'euro).
Bref, ça se voyait qu'il allait dans le mur, et il y est allé, bien sûr, malgré des grandes qualités il faut le dire. Mais un mauvais professeur c'est imbattable, pour se rater.
Dans Variations sauvages, il y a aussi Aix-en-Provence, Paris, New York... et le début de l'histoire avec les loups. Honnêtement, je ne comprends pas ce qu'elle leur trouve. J'ai vu une vidéo, ils font vraiment peur. C'est la nature à l'état primaire, pas une once de spirituel (pour moi) contrairement aux chats. Le canidé de toutes façons me repousse, même si je ne suis pas non plus une femme à chats. J'ai deux chats, qui sont franchement stupides. Mais au moins, ils ne grognent pas avec des airs à faire peur. Ils miaulent, ce qui peut porter un peu sur les nerfs, mais c'est pas dangereux.
Bref, les loups, ça fait partie des petits côtés d'Hélène Grimaud un peu obscurs. Il y en a sans doute chez tous les écrivains.  

Passons donc à Leçons particulières. Vraiment excellent. En plus d'être bonne pianiste, c'est une bonne écrivain. Je suis moi-même très mauvaise écrivain, mais j'ai lu Balzac, et puis je sais reconnaître les impressions qui naissent en lisant un texte, même si je ne sais pas les produire moi-même car c'est encore trop confus dans ma tête. Non vraiment ce petit voyage en Italie est un délice. Les conversations philosophiques sont un peu rasantes (un comble pour moi qui aimais la philosophie dans ma jeunesse), mais les descriptions, on s'y croirait. La fin tombe un peu à plat je trouve, mais bon, Hambourg, ça n'est pas non plus l'Italie, ça ne peut pas engendrer des impressions aussi sublimes.

Ensuite, Retour à Salem, un peu décevant celui-là. Des atmosphères bizarres, les impressions produites ne sont pas bonnes, ça produit des drôles d'images pour s'endormir, à mon avis il y a là un certain déclin de l'artiste. Et puis cette insistance à vouloir jouer ce 2è concerto de Brahms qu'il a écrit spécialement pour que les femmes ne puissent pas le jouer. Je ne suis pas chef d'orchestre, mes jugements ne valent sans doute pas grand chose, mais j'ai quand même une manière universellement reconnue de juger d'une interprétation : est-ce que ça me parle ou pas ? Est-ce que je peux y discerner un sens ? Je pense qu'elle a réellement compris l'oeuvre, vu comme elle en parle, mais elle n'a pas les muscles. D'abord, je me suis dit que ce concerto n'était peut-être pas mon genre, ça arrive. Et puis j'ai écouté 6 ou 7 interprétations, partiellement. Et brusquement avec Sokolov, un gros russe, ça ma parlé, tout à coup il y avait une architecture. J'ai fini par comprendre comment se dessine l'architecture d'une oeuvre, et pour commencer il faut une certaine différence entre le haut et le bas (le plus fort et le moins fort, entre autres. Si c'est calculé pour que cette différence soit énorme, ce qui est possible vu comment l'instrument a grossi au 19è siècle, il y a des oeuvres qui demandent une émission de son absolument démentielle, surtout avec orchestre, sinon tout est écrêté, sans parler de ce qui est recouvert par l'orchestre, généralement gros. Bref, le piano peut se battre avec l'orchestre, mais il faut avoir les moyens. Dans le genre, il y a aussi Rachmaninov, il n'y a qu'à voir ses mains pour comprendre). Voyons, Sokolov : médaille d'or du concours Tchaikovsky à 16 ans, à l'âge où Hélène Grimaud s'y ridiculise... On dirait qu'il y a des appartements différents dans "le château du pianiste". Il y a la chambre de bonne, celle du majordome, et puis la suite royale. Bref, Hélène Grimaud a fait son grand travail technique entre 13 et 20 ans si j'ai bien compris. Ensuite, elle a joué sur les scènes du monde entier, et son niveau technique, qui était loin d'être parfait, n'a pas évolué. Elle a beaucoup de musicalité, c'est une vraie artiste, mais bon, il a des gens bien meilleurs. Heureusement qu'elle ne lira jamais ce blog, mais pour moi une chose est sûre : si elle n'avait pas été aussi belle, elle n'aurait pas eu tant de succès. Le milieu du piano n'est pas sexiste, si la fille est belle. 
Revenons au livre. L'île avec son arbre est franchement lovecraftienne, même quand c'est positivé on s'y sent mal en fait, et puis toutes ces considérations écologistes, la grippe aviaire et le reste...
La question qui se pose là : est-ce le rôle de l'artiste de décrire le Mal ? Je ne crois pas, car le décrire, c'est le répandre. Hélène Grimaud n'a pas vu In the mouth of Darkness, elle ne sait pas que si on répand l'obscurité autour de soi, même pour la bonne cause, on détruit le monde.  De toutes façons les gens ne comprennent pas, car ils ne veulent pas comprendre. Qui a envie de jeter ses yeux dans l'abîme pour en revenir avec l'envie de se suicider ? On n'est pas faits pour regarder dans les yeux les anges déchus, nous sommes des êtres bien faibles, il faut le dire. Le but de la vie, ça n'est pas de constater qu'on vit dans un monde sordide, c'est de transformer la matière en lumière. Si on se trompe de combat, on déchoit spirituellement.

Et disons-le, la déchéance continue dans le dernier opus, Renaître. Celui-là m'est tombé des mains. Nous sommes passés des merveilleux voyages à des considérations hyper intellectuelles sur la musique, qui ne valent pas un radis comparées à deux minutes de piano bien joué. A quoi bon ? Pourquoi n'a-t-elle pas continué à nous enchanter par son imagination, d'autant plus qu'elle écrit vraiment bien ? Chez les artistes, on atteint généralement un sommet, à un certain âge, et puis ensuite, ça redescend. C'est comme ça. L'idée, c'est d'entreprendre un travail qui nous conduira dans un pays sans déclin. Pas facile. Je cherche encore. Ma chance, c'est que je n'ai atteint aucun sommet, je vais donc avoir du mal à décliner.  

Mains de Rachmaninov
J'éditerai ce post pour mettre les miennes en comparaison, vous allez voir la catastrophe.

15 octobre 2025

Premières expériences (et je continue à me faire des amis)

Alors évidemment, il y a "l'association Marie Jaell". Pour commencer, je me dis que pour avoir le cran de fonder une telle association, il faudrait y avoir compris quelque chose et savoir le transmettre. Nous voyons que dans cette optique l'association a eu pour membre une dame qui a connu Marie Jaell et qui a "commencé" le piano avec elle. Enfin, elle avait 6 ans quand Marie Jaell est morte, je vous demande ce qu'une enfant de 6 ans peut avoir perçu d'une transmission aussi complexe. Quand les tibétains font des lignées de transmission c'est un peu plus sérieux, et personne ne se dit détenteur du savoir d'un Maître qu'il a connu quand il avait 6 ans. Certes, ils ne prétendent pas former des virtuoses, mais enfin, d'après Marie Jaell, un enfant apprend à jouer très bien, en quelques mois. Ecoutons donc les enregistrements musicaux des élèves de l'association. Catastrophe. Pas de rythme, des doigts qui se chevauchent, un son pourri, et quand il n'est pas pourri, c'est le reste qui est pourri. Normalement, il faut 3 mois pour obtenir un bon son. Qu'ils ne me disent pas que les enfants enregistrés n'ont fait que 15 jours de piano dans leur vie. Ce qui me paraît évident c'est que les tenanciers n'ont aucune idée de ce qu'enseignait Marie Jaell à part sans doute 2 ou trois exercices, mais adieu l'esprit. Au lieu d'enseigner à ces pauvres petits l'art du bon son, ils les gâchent. Encore bravo. Après, ils ont sûrement des diplômes pour enseigner le piano, mais ça ne vaut rien en général, car il ne semble pas que l'enseignement du piano ait beaucoup changé depuis 130 ans.
Disons les choses qui fâchent, car Marie Jaell en a dit beaucoup, et bizarrement, personne ne les répète, de peur de devenir impopulaire je suppose. 
Elle explique que les études pianistiques classiques abîment les capacités motrices de l'élève. Tenez-vous bien, un élève qui a fait 15 ans de conservatoire a moins de capacités motrices qu'un imbécile. Il met deux fois plus de temps à exécuter une attaque qu'une personne n'ayant jamais fait de piano. Elle a trouvé moyen de les chronométrer. Le truc est de tenir un chrono et de déclencher l'arrêt quand on entend le bip du départ. Verdict : 350 millisecondes pour le pianiste. 300 millisecondes pour le crétin du village. 150 millisecondes pour le mec qui n'a jamais fait de piano. 100 millisecondes pour l'élève de Marie Jaell. C'est édifiant. L'analyse des empreintes digitales sur le piano est tout aussi édifiante.   
Donc j'ai mis au point ma petite expérience. Je n'ai malheureusement pas de pianiste professionnel sous la main. Juste deux personne ordinaires de plus de 50 ans et une enfant de 13 ans. On s'asseoit à deux au piano. L'un émet un son ( plutôt aigu pour qu'il soit clair) et l'autre appuie sur une touche aussi vite qu'il peut dès qu'il entend le son. Voici le résultat. 

 

Tout d'abord le temps que met la touche une fois pressée pour produite le son. Soyons optimiste : 50ms.
 

La référence : une ado de 13 ans. 481-322-50 = 110 ms environ. Pas mal du tout.
 


Mon amie 50 ans. 395-188-50 = 157. Normal
 

 Moi. 340 -129 -50 = 161. Normal (je n'ai pas encore Alzheimer).

Il faut tenir compte du fait que tout ça c'est pas précis au millième de seconde, mais quand même c'est assez précis, on l'a répété plusieurs fois avec des résultats consistants. La gamine nous bat à plate couture un point c'est tout. Mais d'après Chatgpt elle est quand même rapide. Nous, on est juste normales. 
Au passage, je voudrais bien voir un peu des gens qui répètent ces expériences, mais vu ce que ça doit être chez les profs de piano, il n'y a rien d'étonnant à ce que personne n'en parle.  

15 octobre 2025

Je reprends le piano (à 58 ans)

La spiritualité dominante de l'époque prétend que l'on vient sur terre pour accomplir une mission. Je voudrais voir ça. Pour d'autres peut-être, c'est clair dans certaines biographies. Pour moi, non, c'est prouvé. En effet, j'aurais dû devenir pianiste mais je n'avais pas les capacités, ou encore je n'ai pas trouvé le bon professeur au bon moment - à 8 ou 10 ans. Je l'ai trouvé au mauvais moment - à 28 ans. Il faut dire que vu les tarifs, mes parents n'auraient jamais eu l'idée de m'envoyer chez un tel professeur. De plus, il n'enseignait pas la méthode Marie Jaell mais la méthode russe, qui aurait été incapable de faire de moi une musicienne (oui, bon, je réintègre mon genre initial), vu que déjà à 28 ans je n'avais pas la maturité, alors à 10...
La chose extraordinaire chez Marie Jaell (je vais beaucoup parler d'elle), c'est qu'elle prétend avoir trouvé la méthode pour transformer des ânes en étalons. Je le crois. Elle dit que tous les grands artistes sont ceux qui l'ont découverte mais n'ont pas su la transmettre et l'ont emportée dans leur tombe. J'en suis convaincue, quand je les regarde je sais qu'ils ont tout compris, tout de suite. Contrairement à moi, qui était vraiment une brêle. Bref, après 2 ans de cours chez une prof qui m'enseignait la musique que mes parents voulaient entendre, et qui était à peu près le contraire de ce que moi je voulais apprendre, et qui de plus enseignait une méthode propre à vous paralyser la main, j'ai arrêté. Ensuite j'ai un peu tâtonné par ci par là, très mal, et puis à 28 ans j'ai repris des cours. Je voulais jouer du Liszt. Mon prof m'a dit "je t'arrête tout de suite, je ne peux pas t'enseigner ça. Mais mon prof pourrait. C'est un Maître". Bien, donc j'y suis allée. Je donne son nom, Samy Abenaïm, pour le cas où un de ces élèves lirait cet article, en effet, je voudrais savoir ce qui venait après la sonate de Mozart dans le "programme obligatoire".  Donc Samy avait deux mots d'ordre "Liberté, décision". Je pense qu'il a réussi à améliorer mes capacités motrices bien entamées. Malheureusement, il n'a pu corriger tous mes défauts techniques, ainsi que mon manque flagrant de musicalité. Le malheureux, j'imagine à peine à quel point j'ai pu le faire souffrir. J'étais vraiment une brute de la musique. Entre ça et mes défauts techniques j'ai très vite atteint le point où je n'ai pas pu continuer, au bout d'un an et demi. Je me dis maintenant deux choses contradictoires : j'aurais dû continuer, mais je n'avais pas les capacités, et il n'a pas pu me les donner, parce que seule une Marie Jaell aurait pu me les donner. Je ne sais pas s'il en existe aujourd'hui.
Elle explique qu'en développant le toucher de l'élève on développe son cerveau, entre autres ses capacités artistiques. Ça peut paraître un peu délirant, surtout lorsqu'elle dit qu'elle vous fabrique un virtuose à 2h par jour. Que c'est la durée d'étude à ne pas dépasser (mettons 3 quand il faut ajouter le solfège, c'est moi qui l'ajoute). Quand on voit des concertistes qui déclarent fièrement qu'ils ont travaillé 14h par jour, n'en déplaise à Marie Jaell, c'est qu'ils l'ont lue mais pas comprise. Celui qui travaille 14h par jour est celui qui n'est même pas capable de travailler 2h par jour. Ou une minute, c'est pareil. Il ne comprend même pas le sens du travail. 
Quand j'ai arrêté le piano, j'ai consacré ma vie à la méditation. Ça n'a pas marché, parce que là aussi je n'avais pas les capacités. Mais en méditant, j'ai développé la capacité de comprendre l'enseignement de Samy. Et j'ai compris que j'aurais dû être pianiste. Là, il n'y avait pas d'erreur.
Je le dis tout de suite, je ne joue pas du piano pour jouer du piano. Je le fais parce que ça me semble le moyen pour atteindre le but que je voulais atteindre avec la méditation. Je risque de ne pas avoir le temps, mais si je ne commence pas, il faudra le faire dans une autre vie.
Qu'est-ce qui me fait dire cela ? Quand je vois la tête de Marie Jaell a 70 ans, ou quand je lis ce qu'elle écrivait, c'est clair qu'elle a atteint "l'unification des puissance sensorielles" qui est en fait le but de la méditation. Subsumer les 5 sens sous un seul. Les tibétains parleraient de trouver le vent racine, qui réside dans la goutte du coeur. A défaut d'avoir bien médité, j'ai lu un paquet de biographies de toutes sortes, quelques textes théologiques aussi, et tout est devenu très clair. Par exemple, on peut affirmer que Marie Jaell décrit le même genre de chose que Jacques Lusseyran, un aveugle exceptionnel, qui était capable, en touchant le mur d'une maison, de connaître la forme de cette maison. Il "voyait", en fait, mais par un autre sens que la vue. Quand il décrit ce qu'il entend, je n'y comprends rien, simplement, mais je sais que Marie Jaell décrit en substance la même chose. Sans être aveugle, elle est parvenue au même raffinement du toucher et de l'ouïe qu'un aveugle de haute volée. 
J'ai mis son portrait en avatar, ce n'est pas moi. Quand je l'ai vu, ça m'a fait un choc, comme quand je vois des maîtres reconnus (on ne va parler que de ceux-là...), comme Mumon Roshi, ou des saints orthodoxes (assez jeunes, vieux c'est encore une autre histoire). Une espèce de noblesse dans toute l'attitude, et une puissance... bref. Je m'étais fait cette réflexion qu'il y a eu une chute dans la musique comme il y en a eu une dans tous les domaines, à l'époque actuelle. Une faillite généralisée de l'intelligence humaine. Je m'étais demandé comment on pourrait le prouver. Quelques portraits ont suffi. J'en reparlerai.   
 

 Mumon Roshi
 

Marie Jaell

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Enseignements de Rudi

Fear
We have the capacity in our minds to create that which we are most afraid of; in the same way that we bury some ignorance like a grain of sand inside the shell of an oyster and build around it until we come up with the end product, which in this case is not a pearl.

God
It is finally this consciousness that allows a human being to feel God as the constant energy that is absorbed by all of the chakras, filling him with sweetness and joy. Not feeling happy is only the result of not being in tune with this force and not having the consciousness to contain it. For whatever reason we fail in holding onto energy, we must look to ourselves. We cannot blame anybody or anything. It is only our lack of capacity to hold that which is given.

Revelations

In all teachings, the temptations that appear during the revelation period are those things we identify with, that take away the energy or content from the experience. It is the courage to put the bottom on the void, so that the incoming energy is not lost during any experience, that is required. This enables a person to grow endlessly, by surrendering content as fast as it manifests itself.

Seekers
It is a remarkable event when somebody presents a situation that exposes their real need. It is rare when even half the truth is given. Usually a situation is distorted beyond recognition. It is as if somebody is saying to me that if I can dig out the real situation, maybe they will allow me to help them. When a situation occasionally is presented in all its nakedness, it is only because the person is defenseless at a particular moment. As soon as they have one stitch to put on their back, they again retreat into themselves, distorting what they said and what they think you said. The ability to hear and see is rare in this world. It only exists in somebody who truly wishes to grow. This has not, unfortunately, been the attitude of most seekers. So few succeed in reaching their goal that it is safe to assume that there are few who honestly pursue a spiritual life, and even then, very few teachers who cater to anything that brings the realism that allows for enlightenment.

Spirituality

Spirituality is not about being where you think you should be. It is not about being where you want to be. Spirituality is about being on the highest point of an ascending energy that keeps growing and growing.
As this energy grows, it completely destroys every level of truth as you live it. This does not mean the truth that has been destroyed was not real. It was real for the level on which you existed before. With students, I am not interested in how long they are with me; I am just interested in one thing: whether or not they are strong enough to break up the horizontal level and continue growing. For myself, I do not want to limit myself by what I was. I do not think, "I did all this work to get to here." That is baloney. That is making a drama of your life and trying to build an image for yourself. The point is to keep growing. It is to have the courage to keep growing, even if it pulls apart the structure of your life. Then it is freeing you. There is nothing wrong with pulling apart the structure. What is wrong is to build yourself into a coffin and then stay there and try to justify it. Either you are working to live on a higher level all the time and to have a rebirth all the time, or you are trying to find justification for staying the way you are.
The whole point of what we do is to destroy matter, which is this horizontal plane we sit on: the earth. It is to translate this physical and material matter into spiritual force. This is our work.

Surrender
You sit down. Inside you, what is going on? You want to be right. "I'm a nice guy, how could this person do this to do me? How could someone take advantage of me in the business world," or "How can somebody not love me? Don't they understand what I did?" Inside you, these muscles close up; they are protecting you. They are protecting your ego, protecting the image you have of yourself. You sit down to take your breath, and you find that something has robbed you of your heart. What robbed you of your heart ? The need to be right. These muscles do not want to open. They would rather you were safe and secure behind the wall than outside the wall.
Surrendering is opening all the muscles. This is the real test of your surrender in a situation. Can you breathe ? Does the throat open to receive the energy ? Are you free to receive this energy and open and see what your condition really is ? If you find out you are constricted in your heart, you have a pain in your back, or you can't get the air down, what does it mean? It means you are closed. What closed you? It does not matter what closed you, you do not have to find the rational reason, you just have to open. You sit and work, and you breathe. I do not have that problem anymore, but I used to sit and take that breath six hundred times in one day, sometimes, to begin to feel a little crevice start to open. If you are closed, you are dead. You can't be right if you are closed. Can a closed person know what he or she did or did not do ? So, if you find that you are closed, you have to drop the whole issue of whether the other person is or is not right.


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