La fameuse lance...
Décidément, cette saison 8 est pleine d'excellents petits passages :
Je profite d'une période de répit pour dicter cette entrée de journal avant d'avoir tout oublié.
Je me trouvais depuis des jours dans ma cellule, apparemment abandonné de tous - plus probablement, les visites me sont interdites -, à osciller entre une certaine paix et un état de souffrance physique intense, lorsque j'ai eu une vision tout à fait extraordinaire. Il faut que je dise mon état d'esprit à ce moment. Je ne me désespérais pas, car je ne suis plus en état de penser beaucoup, ni de faire des plans sur l'avenir. Quand la fièvre me prend, je ne peux rien faire d'autre que subir, et lorsqu'elle se calme un moment, je prie le Seigneur, mon unique soutien. Bien que je sois dans un grand état de faiblesse, ce sont des instants bénis.
Je venais de subir une crise particulièrement pénible, lorsque mon visiteur s'est présenté. C'était un ange de la plus extraordinaire beauté, et d'une magnificence sans égale. Vêtu d'une armure étincelante qui semblait tissée de soleil, il portait une lance d'un noir de jais, de laquelle je sentais irradier une puissance sans nom.
- Je suis l'Archange des Asûrim" commença-t-il d'une voix grave et douce : "Mon fils, tes épreuves sont terminées. Tu peux maintenant te lever et retourner chez les tiens afin de les conduire vers le grand destin qui est celui de ton peuple".
Il m'a tendu sa lance.
J'ai toujours été d'un naturel curieux, et malgré mon état, je le suis encore. J'ai saisi l'objet, afin de connaître sa nature. Et soudain je me suis trouvé investi d'une puissance infinie. Avec cela je pouvais faire ce que je voulais. Je pouvais renverser les montagnes, inverser le cours des fleuves, décider du destin des peuples, aucun obstacle ne me résisterait. Je me suis vu assis sur un trône d'or, Empereur des Asûrim, à la tête d'une invincible armée, les éléments eux-mêmes m'obéissaient, tout et tous n'ayant d'autre choix que de s'incliner devant ma volonté. J'étais sans limites. C'était... oh... c'était quelque chose de magnifique, c'était beau à en pleurer. J'inclinai la tête en signe d'appréciation, puis :
- Je te reconnais, inutile de te faire passer pour ce que tu n'es pas. Depuis le commencement des temps, tu as si bien affirmé l'Unicité divine contre toutes les créatures, que tu as fini par ne plus voir que toi-même. Maintenant, tu es seul et si j'accepte ta proposition, je le serai également. A quoi me sert d'être maître du monde si je n'ai pas d'amis ?
Il se mit à rire.
- Qui sont tes amis aujourd'hui ? Où sont-ils ?
- Les amis extérieurs ne sont que la manifestation de l'Ami intérieur, celui qui se tient dans mon coeur, et grâce auquel je ne suis jamais seul.
- Si tu refuses ma proposition, tu mourras ici dans des souffrances atroces, et personne ne le saura. Bientôt, tous t'auront oublié.
Cette fois, c'est moi qui ai ri.
- Si tu en es rendu à ce genre d'arguments pour essayer de me convaincre, j'ai mal pour toi. Tu sais aussi bien que moi que de telles choses ne sont pas fixées à l'avance et que tout peut arriver. Va, et trouve quelqu'un d'autre. Je ne t'en veux pas, tu es le gardien du temple de Dieu, et tu fais ce que tu peux pour écarter de Lui ceux qui sont indignes.
Je lui ai rendu sa lance.
Au moment où la vision s'est évanouie, la fièvre a repris, pire que jamais.
Mais j'ai confiance maintenant. S'il est venu me tenter, c'est que ma situation va bientôt changer. En tous cas, grâce à lui, j'ai compris quelque chose. J'ai vu passer sous mes yeux tous les grands conquérants, tous ceux qui à un moment ou à un autre ont bénéficié de cette puissance qui permet de renverser les nations et de créer les empires, et dont les entreprises se sont mal terminées, et je sais que tous ont accepté sa proposition. Cette puissance n'est pas illicite en elle-même, c'est l'aspect courroucé de la Shakti universelle, mais sans la compassion, elle devient cette force aveugle qui entraîne la ruine des peuples, car ceux qui la détiennent temporairement sont incapables de la maîtriser, au contraire ils en sont les instruments. Seuls les bouddhas peuvent en avoir la maîtrise, et je n'en fais pas partie. Jésus lui-même n'en a pas fait usage, et il n'en a pas montré l'usage, car il savait que ce serait faire le lit de l'Ennemi.
















