Réflexions sur le bouddhisme tibétain
Suite à mes réflexions sur mes vies passées, je me suis forcément posé la question de savoir pourquoi je serais venu dans un pays aussi maudit que celui-là, plutôt que de rester dans une lignée tibétaine où les gentils grands maîtres enseignent plein de choses merveilleuses aux jeunes tulkous. Mais en fait, je suis en train de lire la vie de Sera Khandro, et leur univers ressemble à un vrai nid de serpents. Apparemment ça fonctionne comme un village, avec des commérages de toutes sortes, tout le monde surveille tout le monde et au final personne ne peut rien faire sans être suspecté de toutes les ignominies. Dans beaucoup de cas, Sera Khandro se rendant à un monastère ne se montrait pas devant le lama, parce qu’immédiatement les gens se mettaient à parler, à leur supposer des relations illégitimes, et ensuite ça mettait le bazar partout et c’était mauvais pour le dharma etc. Dès que le pratiquant sort de sa cave, c’est un bazar inextricable avec tous les autres gens qui sont à moitié cinglés, jaloux, débiles et tout ce qu’on veut (et dieu sait que les tibétains de base ne sont pas des lumières, comme on peut s’en rendre compte en lisant AD Neel).
Je n’ai pas tout lu, mais je commence à suspecter que le bouddhisme tibétain n’est pas détenu par les tibétains, mais par des êtres invisibles. En effet, j’ai l’impression que les maîtres eux-mêmes ne suspectent pas la façon dont fonctionnent réellement les pratiques. Un peu comme les saints chrétiens qui n’ont aucune notion de vents canaux et gouttes alors qu’ils s’en servent tout le temps, il semble que les maîtres tibétains n’aient pas la notion de tous les éléments de leur pratique, sauf que leur angle mort se situe à peu près à l’opposé du christianisme. Du coup, il y aurait une grande partie de leurs pratiques qui seraient en réalité mal comprises. Ce qui n’est pas un problème tant qu’une multitude d’êtres invisibles viennent suppléer à cette absence de discernement, par des chaînes de transmission précises qui donnent la possibilité de progresser bien qu’on ne sache pas exactement ce qu’on fait. Mais il y a deux inconvénients à cela. Premièrement les humains obéissent aux ordres des êtres invisibles : on se retrouve dans la situation où ce sont des êtres surmentaux (qui eux-mêmes ne sont pas forcément d’accord les uns avec les autres) qui font la loi. La dakini te donne sa bénédiction, te nettoie tels et tels canaux, en échange tu fais ce qu’elle te dit. On voit ça aussi dans d’autres traditions. Ensuite, que le lien avec ces êtres diminue et le dharma se perd, puisque certaines clés sont manquantes. Donc le tableau a de quoi faire fuir toute personne saine d’esprit : un nid de scorpions où tout le monde vous surveille, dirigé par des êtres du surmental qui ne sont pas tous de la meilleure composition. Je veux bien croire que j’aie préféré tenter ma chance ailleurs. Donc il est bien possible que tout en essayant de comprendre le christianisme, le bouddhisme et tout le reste, je sois en train d’inventer quelque chose de tout à fait nouveau. J’ai toujours supposé les gens plus intelligents que ce qu’ils étaient, et c’est peut-être valable pour les maîtres. Si une partie de leur pratique a été suppléée par l’intervention d’êtres invisibles, il est après tout possible que certaines données fondamentales leur manquent réellement. Dans le bouddhisme, ça serait la structure hypostatique et tout ce qui en découle. Ce qui fait quand même un énorme angle mort, tout aussi énorme que celui des canaux vents et gouttes pour les chrétiens. On se retrouve dans un univers qui finalement n’est peut-être pas si loin de l’univers hindou avec leurs pujas, où tout doit être fait dans des règles très spécifiques pour obtenir l’intervention des êtres invisibles. C’est pour cette raison que dans le bouddhisme tibétain, on a des rituels d’initiation délirants – parce que finalement on se demande pourquoi on aurait besoin de ça, et surtout pourquoi les plus grands maîtres les suivent à la lettre : et si finalement ce n’était pas eux qui détenaient les transmissions ? Peut-être bien qu’il y a là une sorte de « magie », sauf que quand le récipient n’est pas valide tout dégénère, et maintenant qu’ils ont apporté tout ça en Occident, ça ne marche plus et personne ne comprend pourquoi. D’où les prophéties sur la dégénérescence du dharma. Si réellement les maîtres détenaient les transmissions, on ne voit pas pourquoi le dharma serait obligé de dégénérer.
Ceci expliquerait l’état actuel du bouddhisme tibétain. Il n’y a en réalité pas de masquage de la part des maîtres, simplement les conditions d’efficience des rituels initiaux ne sont plus remplies, les êtres invisibles n’interviennent plus, et donc ça ne marche pas. On ne se retrouve plus qu’avec la coquille vide, la méditation à la Matthieu Ricard etc. C’est pour ça que le Lopön est tranquille à ânonner ses textes. Le pouvoir ne lui a pas été donné de changer la situation, il voit bien que ça ne marche pas, et ça n’est pas de son ressort. Il donne les initiations en suivant à la lettre les instructions écrites sur le papier, ça ne marche pas, c’est pas son problème. Peut-être même que ses instructions sur l’état naturel sont complètes. Les gens ne comprennent rien, qu’est-ce qu’il y peut ?
















