Se débarrasser de ses mauvaises tendances
Hier je relisais les Entretiens de Mère, et je me dis que parfois elle dit des trucs un peu absurdes. Elle parlait de vouloir se défaire des nos mauvaises tendances. En résumé, il faut être sincère dans notre désir de nous en défaire, et ça peut disparaître en deux minutes. Non sans rire. Enfin, n'importe qui, qui s'est un peu observé, sait pertinemment qu'il n'a aucun désir de se débarrasser de ses mauvaises tendances, il faut arrêter de se raconter des histoires. Alors dire "il suffit d'être sincère", c'est comme de dire "Il te suffit de te mettre au soleil pour bronzer".
Comme me le disait ma copine hier, ce n'est pas parce qu'on voit ses mauvaises tendances qu'on peut y changer quoi que ce soit, sinon tout le monde serait transformé depuis longtemps. Par exemple, une minute elle éprouve de la compassion pour une fille d'à côté qui a des problèmes de voix, et la minute d'après elle se prend à espérer que le chef que choeur entend que c'est pas elle qui fait ces horribles fausses notes. Elle se demandait comment faire. Mais enfin, il est évident qu'il n'y a rien à faire à part être en union permanente avec Dieu. Si on ne l'est pas, je ne vois pas comment on pourrait éviter de vouloir être reconnu pour ses qualités, surtout s'il y a un enjeu professionnel et que ça permet de payer son loyer. Il n'y a qu'un saint qui s'en fout d'être SDF.
Du coup je trouve que c'est quand même la vue des tibétains qui est la meilleure dans cette affaire : on se donne un moyen d'expérimenter la félicité de manière reproductible, tant et si bien qu'à terme on finit par accepter de changer pour l'avoir plus souvent. Ce qui me donne envie d'être sympa avec les chenilles, ce n'est pas un désir d'altruisme qui viendrait d'une haute moralité qui elle-même viendrait de je ne sais où. C'est simplement que je n'ai aucun désir de concevoir un objet "chenille" et que je préfère rester dans mon état naturel. Simple question de choix entre un coup de marteau sur la tête ou un gâteau au chocolat. Choix qu'il est impossible de faire si on n'a pas le gâteau à portée de la main. Et à mon sens, c'est seulement quand on l'a réellement qu'on change réellement.
Les cons, c'est ce qui nous donne l'impression d'exister, à la base. Si on me donne la béatitude divine là maintenant pour autant que j'arrête de concevoir des cons, je n'ai aucun problème. Mais si je dois arrêter de les concevoir pour rien en échange, ben non je suis pas fou. Donc là il y a un petit problème de purification des canaux. Il faut en arriver au point où lâcher l'obscurité d'un côté fait venir la lumière de l'autre côté. Et je crois que pour ça, les tibétains ont bien calculé leur coup. Parce que le reste... j'ai vu des tas de chrétiens se forcer à être gentils dans l'espoir que Dieu va les récompenser mais ça ne marche pas du tout. Ils finissent par dégager une odeur spirituelle affreuse d'hypocrisie et de mensonge. De bonne foi. Les hindous c'est un peu pareil avec la "grâce du gourou". Si on se force à être gentil, ça veut dire qu'au fond on ne veut pas l'être, et le gourou, au mieux, nous prendra en pitié pour être si bête. Alors il faut vraiment trouver le moyen d'atteindre cette béatitude par ses propres moyens, et l'on finira par aimer réellement Dieu qui en est la source. Et quand on sera gentil avec les autres, ça ne sera pas "parce que c'est bien" mais "parce que j'en éprouve du bien", ce qui n'a strictement rien à voir. Comme le disait Ma Anada Moyi "mais moi aussi je suis tout à fait égoïste" (ou un truc du genre).
Pour ce qui est de la félicité, c'est une pure question de concentration. La qualité qui manque encore plus que le bon sens.
















