L'enfer du monde moderne
Dans la vie, les circonstances ne changent guère. Ce qui change, c'est le sens qu'on leur donne. A l'époque où j'ai commencé à faire des blogs, je me lamentais de ce que personne ne développait son intelligence et sa pratique. Avec le temps, je me disais que ça s'arrangerait, que c'était peut-être un défaut de vue de ma part. Mais au contraire, ça s'amplifie, car ce à quoi j'accordais le bénéfice du doute à l'époque s'est éclairci depuis - et c'est immanquablement dans le mauvais sens. Beaucoup de gens trouvent grâce à mes yeux, mais pas à l'époque moderne. La lettre écrite à Mathieu Mael, qui déclare pourtant être en recherche depuis quinze ans dans le soufisme, a prouvé qu'il n'était ni un pratiquant, ni un intellectuel capable de comprendre ce qu'il lisait, puisque son article wahdat-al-wujud contient la pire erreur métaphysique possible - pour lui le but de la création est de se fondre dans l'Un, le but de l'amour est de faire disparaître la relation, et donc l'amour. Il a confondu la doctrine soufie avec la doctrine d'Iblis, qui certes professe l'Un sans second, et qui a tout envahi à l'heure actuelle. Au final, il est aigri et dépressif, comme tous ces guénoniens qui en veulent au monde entier.
Quand on est chrétien, on ne peut pas en vouloir au monde entier, seulement contempler son naufrage en pleurant jusqu'à la fin des temps. Dans la perspective chrétienne, cette souffrance est inscrite dans la structure de Dieu lui-même. Il est crucifié depuis toujours et le sera toujours, car il y aura toujours des créatures pour refuser l'amour. S'il les oubliait, sa raison d'être disparaîtrait, et plus personne ne pourrait être sauvé par lui. En effet, la voie qu'il nous propose, c'est la contemplation du non-amour par l'amour, jusqu'à en mourir. De ce point de vue, l'époque moderne est particulièrement riche, car le monde est véritablement en train de se transformer en enfer.
Chez les bouddhistes on vous propose un peu le contraire : pratiquer dans votre coin et oublier tout le reste. Le souci, c'est que quelqu'un qui aura réalisé de cette façon vous oubliera une fois qu'il sera un bouddha, sauf si peut-être vous êtes présenté à lui par une connaissance (même s'il y a en principe le voeu de bodhisattva, mais je n'ai jamais vu la compassion spirituelle s'appliquer en dehors des lignées). Les lignées fonctionnent un peu comme des mafias finalement, vous êtes accepté par cooptation, mais il faut pour cela avoir beaucoup de qualités, car personne ne veut des chiens galeux. Quant on va chez les tibétains, on voit bien à quel point on est invisible (pour ne pas dire méprisé). La cooptation s'accomplit par l'initiation authentique, qui n'existe pas chez nous où elles sont incomplètes, destinées à financer les centres.
















