Dhikr et considérations techniques
J'ai lu hier un petit livre vaiment bien : http://fr.scribd.com/doc/127847424/Al-Khaliq-Al-Shabrawi-Shaykh-%C2%92-Abd-Les-degres-de-l-Ame-pdf
Mais puisqu'il ne donne aucun critère "technique" de l'avancement de l'âme, ni aucun moyen de progresser autre que se baser sur des impressions subjectives et une dévotion qui n'est pas réellement définie, je me dis qu'il pourrait être utile de faire une comparaison avec ce qui est donné chez les tibétains, qui au contraire, ne parlent que de moyens techniques. En mettant les deux en regard, on peut ainsi se faire une idée des deux aspects de la voie, l'aspect expérientiel, et l'aspect technique, ce qui est une grande aide (en tous cas pour moi, et ainsi que je l'ai dit, je ne fais rien d'autre que donner aux autres ce que je voudrais qu'on me donne).
Dans le traité, il y a 7 lieux : la poitrine, le coeur, l'esprit, le secret, le secret du secret, le caché, le plus caché.
Je ne peux rien dire des stations les plus élevées, n'y connaissant rien, mais pour les 4 premières, il est évident qu'on peut distinguer dans son propre corps subtil 4 lieux. Le lieu de l'âme instigatrice (au mal) est situé "dans la poitrine", c'est-à-dire qu'à ce stade on ne sent rien de précis dans sa poitrine, qui est une sorte de lieu chaotique en général. De temps en temps, on sent qu'on a un coeur, une boule au milieu de la poitrine qui serait peut-être la taille d'une balle de tennis. Le seconde station consiste à s'établir dans cette balle de tennis, à en gagner la sensation courante, ce qui procure une certaine joie intérieure, et peut-être la perception occasionnelle du lieu suivant, qui est comme un petit pois. C'est ici que l'on commence à éprouve la "suavité ineffable" dont parlent les mystiques. C'est un lieu très difficile à identifier, et quand il est percé, très douloureux (en même temps qu'on ne voudrait rien d'autre que cela). C'est le lieu de l'amour passionné, où l'on désire souffrir pour le Bien-aimé. La troisième station consiste à s'établir dans ce petit pois et à gagner la perception du lieu suivant, la fameuse "graine de sésame", qui selon la terminologie tibétaine est le vent très subtil (dont sort le nafs) monté par l'esprit de claire lumière (essence divine). Ici, c'est l'extinction, ou plutôt le début des extinctions, puisqu'il y a des degrés. Je ne sais où se produit le degré ultime, dans le soufisme, c'est-à-dire la sortie de la condition humaine, de toutes façons cela ne nous concerne pas vraiment.
Ce qui nous concerne plutôt, c'est l'indentification des 4 lieux, et les moyens d'y parvenir. A l'usage, on se rend compte que plus on va vers le petit (qui est spirituellement le plus grand), plus il faut avoir une concentration puissante. Par ailleurs, le centre du coeur est le plus difficile à percer, nous disent le tibétains, et on ne peut le faire directement. La technique appropriée consiste à commencer plus bas, au niveau du nombril, en y réunissant les souffles du bas et du haut. Ce qui génère le feu intérieur. C'est celui-là qu'il faut être capable de diriger vers le centre du coeur et plus haut (Al-Ghazali dit dans son langage poétique que "la vapeur de l'estomac monte vers l'intellect"). Idéalement, la flamme devrait être aussi fine qu'une aiguille. On comprend pourquoi. Pour percer la graine de sésame, il n'y a qu'une aiguille qui puisse convenir. Si elle est un peu plus grosse, elle ne percera que le petit pois, et si elle est plus grosse, on n'arrivera à rien (dixit les tibétains). Toutes les émotions peuvent être utilisées pour alimenter cette flamme, mais ce qui demeure, c'est l'exigence de la finesse.
Il en découle un certain nombre de choses. Par exemple, il est évident que la pratique du dhikr consiste à percer le centre du coeur (à trouver l'esprit, puis le secret), mais on se rend compte à l'usage que l'agitation physique a tendance à faire perdre en concentration, et que par ailleurs il faudrait pouvoir alterner différents mouvements et différentes respirations avec des hyperventilations/rétentions spontanées (le corps sait ce qu'il doit faire), en fonction de son propre état, pour diriger correctement l'énergie. L'exigence des séances collectives, à mon avis, doit rendre les choses assez difficiles, car ainsi que je l'ai dit plus haut, c'est très douloureux, et si on doit respecter une certaine forme extérieure, on n'a sans doute d'autre choix que de perdre la focalisation de l'énergie, à moins qu'on soit déjà bien avancé et qu'on sache doser les choses avec précision. D'où l'importance de la sobriété. En fait je ne vois pas que l'ivresse sans sobriété puisse aller très loin, dans ce domaine. Cela dit, il est indéniable que l'audition est la meilleure aide possible à ce niveau où on ne peut plus s'aider de représentations, mais où on doit travailler directement sur l'énergie. On remarquera que le dhikr se compose de 3 éléments : des percussions qui créent un fort potentiel d'énergie autour des chakras du bas, une respiration qui assouplit les canaux et permet l'entrée dans le canal central, une voix qui perce les centres subtils assez finement. C'est de fait assez bien conçu si l'on parvient à équilibrer sa perception et à se concentrer correctement. Par contre, si on n'y parvient pas, on va juste agiter les souffles, ce qui va faire tomber dans un état de transe, qui est un état inférieur où on va expérimenter des visions trompeuses. (De ce fait, on peut déduire que le "tambour chamanique" met en transe car il manque les deux éléments qui permettraient de percer le centre du coeur, en revanche l'agitation créée est maximale. Si on assiste à une séance, on aura l'occasion de constater que les gens sont pris de folie et se mettent à pousser des cris démoniaques).
Par ailleurs, il faut avoir purifié (partiellement au moins) la balle de tennis, constituée d'une grande quantité de petits canaux très fins autour du coeur, et qui sont reliés à tout le corps. Daprès les tibétains les 72 000 canaux (ou 720 000) constituant le corps subtil, partent tous des pores de la peau et aboutissent tous au centre du coeur. En restaurant la mobilité des souffles en périphérie, par le massage, le yoga ou autre, et en se concentrant sur le coeur, on parvient à purifier la balle, mais d'après mon expérience, on ne peut pas percer le centre suivant de cette façon, sauf de façon très occasionnelle. Il n'y a que la souffrance aiguë qui permette de l'identifier clairement, et il faut la renouveler souvent. C'est pour cette raison que dans la 3è station, l'expansion alterne avec la contraction. Quand l'expansion atteint son maximum, l'énergie se dissipe, le centre se referme, on expérimente alors la grande souffrance de la perte du bien-aimé, qui le rouvre, et ainsi de suite, jusqu'à ce que ce soit stabilisé.
















