Aller vers la nouveauté - Qu'est-ce qu'une personne spirituelle ?
Comme je l'expliquais hier à un ami, les raisons pour lesquelles il a du mal à découvrir seul de nouvelles pistes de recherches, sont directement liées au fonctionnement de l'ego. Chacun trace un cercle autour de lui. Ce qui se trouve à l'intérieur, c'est "moi, mes amis et centres d'intérêts". Ici, les défauts sont occultés et les vertus multipliées. Quant à ce qui se trouve à l'extérieur, c'est le reste du monde, dont les défauts sont systématiquement augmentés et les vertus diminuées. Ce qui est nouveau se trouvant par définition à l'extérieur du cercle, c'est automatiquement perçu comme ayant peu de qualités. Il faut qu'une personne située à l'intérieur du cercle, un "ami", en fasse la louange afin que l'on accepte d'y accorder de l'attention. Après quoi la nouvelle chose sera mise à l'intérieur du cercle, "mes centres d'intérêts", et deviendra tout à coup merveilleuse.
Quand on dit que l'ego est une illusion, on parle de ce cercle, qui est fabriqué de toutes pièces. Il est facile de le constater au moment où une objet traverse la limite du cercle, dans un sens ou dans l'autre. L'équanimité consiste à examiner tout ce qui se présente à nous avec objectivité, sans le faire mien ou non-mien a priori, ce qui permet de discerner les différentes caractéristiques des objets, personnes ou situations, qui sont d'ailleurs en perpétuel changement.
J'ai croisé un certain nombre de "jeunes" que l'on pourrait estimer "spirituellement" doués du fait de leur intelligence, de leur culture, de leur finesse, de leur autonomie, ou de leurs expériences, mais pour le moment je n'en ai croisé aucun qui n'était pas affligé d'un ego incroyablement résistant, à la mesure de leur intelligence sans aucun doute. Ils estiment n'avoir besoin de personne pour leur enseigner quoi que ce soit, mais ils ne pensent qu'à eux, ce qui leur garantit l'échec dès le départ, car aussi riche que soit l'intérieur de leur cercle ils sont des prisonniers quoi qu'il arrive.
J'ai tendance à penser contrairement à ce qu'affirment les traditions qu'il est possible de s'en sortir seul, mais qu'il faut avoir une tendance très forte à rechercher la nouveauté, c'est à mon avis la seule façon de briser le cercle sans l'aide d'un maître, et en même temps de bénéficier de l'expériences de saints, ce dont personne ne saurait se passer à moins d'être un Avatar. A l'inverse, avoir toutes sortes d'expériences et s'imaginer complet par soi-même sous prétexte que nous sommes tous divins (mais les chiens aussi) ne fait que renforcer l'auto-préoccupation. Il est extrêmement rare de trouver des gens qui ont une réelle ouverture envers les autres. C'est pourtant le cas de V*, la prof de yoga chez qui j'ai été invité à montrer mon yoga l'autre jour. Petit Renard me l'avait présentée comme une personne qui n'était pas vraiment tournée vers la spiritualité et chez qui le yoga était plus une formule de bien-être au quotidien. La vérité c'est qu'il s'agit d'une personne extrêmement pragmatique, ouverte aux situations, et donc bien plus spirituelle que tous les illuminés de France et de Navarre en réalité. Simplement, il y a un problème avec la définition de la spiritualité, ce qui est logique dans une société dont la spiritualité est quasiment absente. On croit qu'une personne spirituelle est une personne qui a des expériences et qui se promène d'un air béat, alors que cette personne est en plein matérialisme spirituel, c'est-à-dire à l'opposé de la véritable démarche spirituelle. De même, on croit aussi que le brave moine à l'esprit complètement borné est une personne spirituelle, parce qu'il est sûr de lui et si fort de la certitude que lui donne son esprit borné, alors que c'est un automate. La véritable personne spirituelle, comme l'a signalé Trungpa, est une personne ouverte aux situations, qui ne croit rien, qui ne s'auto-valide pas, et qui s'adapte en permanence.
On pourrait me demander en quoi V* est plus spirituelle que le fermier du coin qui mène ses troupeaux. En effet, elle mène sa petite-entreprise, sa maison, sa famille, d'une main experte, d'une façon tout à fait pragmatique, et ne parle pas de spiritualité. Pourtant, elle a une qualité ouverte que n'a pas le fermier du coin, que rien n'intéresse en dehors de ses vaches et des récoltes. Alors que V* saisit tout de suite les qualités des personnes et des situations (il suffit de l'entendre parler de ses élèves), elle est curieuse, elle invite des professeurs de yoga à donner des cours chez elle. Mais elle ne se paie pas de mots, bien sûr.
Quoi qu'il en soit elle m'a invité à donner des cours de méditation chez elle à partir de janvier - et si elle ne l'avait pas fait cela ne changerait pas mon opinion sur elle, car là encore, c'est la situation qui a dicté la choses. Elle a des demandes en ce sens et ne souhaite pas s'en charger, donc je tombe bien. Cela dit je n'en attends rien de spécial, à part une interaction instructive avec des tas de gens que je ne connais pas. Cela n'est le signe de rien, et certainement pas de ma valeur. J'ai bien plu à V*, le sentiment a été réciproque, et la situation s'y prêtait. Pour le reste, il y a des escrocs qui ont des milliers de disciples, et des gens remarquables qui n'en ont pas, être invité à enseigner quelque part n'a donc pas de signification en ce sens. J'espère juste pouvoir être utile à quelques personne, mais même de cela il est difficile de juger.
















