Le processus du roman dharmique
Pour illustrer le processus du roman dharmique, je pense qu'il serait bon de prendre des exemples. Je crois qu'une des règles fondamentales serait : la fin justifie les moyens. La fin, c'est celle que définit le psychique. Par exemple, une fin difficile à obtenir dans mon roman, c'était qu'Erik et Anton deviennent amis, car tout a très mal commencé entre eux. La façon Ptitominenne de procéder (le malheureux il est à l'hopital et en plus il faut que je dise du mal de lui en son absence) serait de dire : "Anton regarda Erik avec plus d'attention, et il s'aperçut que finalement il avait plein de qualités". Sauf qu'en premier lieu Anton n'a pas besoin de nouveau amis, et il n'a aucune raison d'observer Erik qui extérieurement ne manifeste pas de qualités de toutes façons puisque sa méthode c'est de faire peur à tout le monde pour qu'on le respecte. A l'inverse, Erik n'a aucune raison de vouloir devenir ami avec un miwok minable alors qu'il gouverne 100 planètes et qui lui vole son petit ami de surcroît.
Il est donc nécessaire de les confronter, sans tuer ni l'un ni l'autre ce qui serait contre-productif. C'est au cours de la confrontation que les qualités vont se révéler (un peu comme avec deux maîtres d'arts martiaux finalement qui seraient rivaux et qui décideraient d'en finir). Mais dans le cas présent, les forces étaient clairement déséquilibrées, et je n'allais pas les rééquilibrer tout à coup, car l'intérêt, c'était aussi qu'Anton gagne un peu en humilité. Donc il est aidé par Amtar, et Erik commence vaguement à le respecter, comme un animal familier. Là, ils peuvent commencer à développer une relation, et ce qui impressionne le plus Erik, c'est qu'Anton accepte sa position inférieure sans discuter, il est content d'obéir. En fait, il devient ouvert à la situation, sans devenir une larve. Il assume sa position de petit renard du mieux qu'il peut et sans arrières-pensées négatives. Du coup, Erik peut baisser ses défenses, sachant qu'il ne sera pas mordu. En sorte qu'ils finissent par constater qu'ils sont dans la même situation etc. Mais ça aura pris du temps, il y a des étapes. Si on les saute, on brise la logique énergétique et on ne peut plus écrire.
L'ouverture répond à l'ouverture - comme on le voit dans le chapitre 1 et plus tard, Ryndil n'est pas spécialement l'ami des miwoks, c'est son troupeau, il le gère à sa façon, mais il répond à l'ouverture d'Anton. En quelque sorte, l'ouverture est la qualité fondamentale qui permet de débloquer toutes les situations. Mais il ne s'agit pas d'une ouverture molle, genre le gars qui a pris du MDMA et qui kiffe tout le monde, qui devient pote avec la terre entière (et donc avec personne, puisqu'en réalité il ne connaît personne).
De même, les deux maîtres d'arts martiaux qui s'affrontent ne vont pas se tomber dans les bras l'un de l'autre avant même d'avoir commencé. Ils vont révéler leurs qualités réciproques et apprendre à se connaître en s'affrontant (c'est d'ailleurs pour cette raison que le premier endroit où Ryndil emmène Anton, c'est au dojo, il veut voir comment il agit par rapport à un adversaire plus fort que lui. Ici, l'ouverture pour Anton consiste à admettre son infériorité sans refuser le combat pour autant. Le but n'est pas de vaincre mais d'apprendre à se connaître).
On peut dire en fait qu'ouvrir un personnage revient toujours à faire sortir les divinités, ou qualités divines, qui sont dans ses canaux. C'est logique, puisque ces qualités sont dans le canaux. Donc en les ouvrant, elles sortent. Un couple qui se marie et qui finit dans la routine n'est pas dans l'ouverture mais dans la fermeture. Dans l'ouverture, les qualités sortent l'une après l'autre, et veulent connaître les qualités des autres, donc elles créent des occasions de les faire sortir. C'est ainsi que procèdent les maîtres, à mon avis. Leurs propres divinités veulent rencontrer celles du disciples et créent les occasions pour les manifester. C'est pour cette raison que ça ne risque pas de se finir dans la routine. C'est aussi ce qui différencie le maître dangereux du maître pas dangereux. Le maître dangereux a ce dynamisme très présent, c'est ainsi que son disciple perd sa famille, son boulot, sa maison... car toutes ces épreuves sont autant d'occasions de manifester des qualités.
Mais il n'y a pas que les maîtres qui font ça. Je repensais tout à l'heure que si la famille de Ptitom s'acharne tant sur lui, c'est parce qu'il est fermé. Quand sa mère ou son père lui disent un truc normal, ils voient bien qu'il n'entend rien, alors quelle solution leur reste-t-il pour se faire entendre, à part prendre le couteau à huître et essayer de le couper en deux ? Evidemment il réagit comme l'huitre et il en résulte un cercle vicieux, maintenant ils le guettent cachés dans des buissons avec des machettes à noix de coco...
















