Comment fonctionne le cerveau du pratiquant (petit)
Aujourd'hui il m'est difficile de trouver un sujet tant ils sont nombreux, mais je vais essayer quand même. Peut-être que je devrais essayer de décrire le fonctionnement d'un minable pratiquant, afin que certains ne se scandalisent pas de mes propos envers les érudits.
Il y a quelques années, nous avons eu une longue conversation avec Pline, sauf qu'à l'époque il n'écrivait plus d'articles. Pour ceux qui ont un peu de temps, ils peuvent relire cet article http://rudiswork.canalblog.com/archives/2020/03/11/38093803.html puisqu'il sera question de la même chose.
La différence entre un pratiquant et un érudit, c'est qu'un pratiquant ne s'intéresse qu'aux faits, car il n'y a que les faits qui sont minimalement réels. Les idées, celles qu'on trouve dans les livres, n'ont pas d'existence. C'est le sens de la querelle des Universaux au Moyen-age. Les nominalistes disaient que seuls existaient les objets blancs, les réalistes (après Platon) disaient au contraire que les Idées existaient, comme l'Idée du Blanc par exemple. La philosophie moderne ayant découvert que ces Idées-là, étant des catégories générales (ou mentales), n'ont pas d'existence réelle, ont déclaré close la querelle, au profit des nominalistes. Il n'y a plus que des objets blancs. A ce compte, il n'y a plus de métaphysique. Personne aujourd'hui n'ose plus écrire de traités de métaphysique, sauf les théologiens.
C'est parce que les philosophes modernes sont des gens ordinaires, sans corps spirituel. En effet, chacun crée dans son corps spirituel des Universaux, s'il le peut. Car il n'est pas possible d'en créer ailleurs qui aient une existence réelle. On comprend donc que les auteurs anciens ne peuvent plus être compris.
J'en reviens à mon sujet de base : l'érudit raisonne avec de faux universaux, qui sont les connaissances qu'il croit tirer des livres avec son mental. Le pratiquant ne cherche pas de connaissances dans les livres, car il sait que ça ne lui servirait à rien. Il cherche des faits et des transmissions. Et pas que dans les livres. Toute la journée.
C'est pour cette raison que les intellectuels ne sont pas intéressés par les vies des saints. Car il n'y a pas de théologie dedans. On y raconte juste qu'Untel a fait ceci, Untel a fait cela, il s'est passé cela. Par exemple, le Père Arsène et le Père Joseph étaient tellement tannés par les disciples qu'ils se sont enfuis dans la neige, et qu'arrivant sous le sommet de l'Athos, dans la chapelle consacrée à la Mère de Dieu, ils ont trouvé sur l'autel deux pommes fraîches avec leurs feuilles. Et elles avaient un goût surnaturel. Car n'oublions pas que nous sommes dans les années 40 ou même moins, à cette époque il n'y avait pas de pommes en hiver, comme c'est le cas chez Leclerc aujourd'hui. Voilà un fait. Qu'est-ce que j'en tire en tant que fait, à part une anecdote marrante ? Rien. Mais mettez ensemble une centaine de ces anecdotes, et vous commencez à avoir un portrait assez réaliste du Père Joseph. C'est quoi l'intérêt ? C'est que, comme dirait Rudi, vous commencez à avoir accès à son corps spirituel (Rudi emploie le terme psychic mechanism, mais je crains que ce terme soit mal interprété). Mettez ensemble cent vies de saints, vous commencez à avoir un corpus de transmissions d'une réelle efficacité. Du moins, si on le compare à la vacuité qui hantent aujourd'hui les églises.
Les livres théoriques me servent à valider mon expérience. Par exemple, dans le livre Gate of Reincarnations, je trouve ce passage :"As the righteous person ascended from level to level in the World of Yetzira, he left behind previous levels of ruach as he received new ones in their place. The levels of ruach that were no longer used became available to descend to help others in need of Divine assistance in their service of G-d. It is these that descend and enter other people to help them. However, the highest level of ruach that the righteous person acquired as a result of his deeds is bound up forever with the “Bundle of Life” [after he dies], and it does not move from there". Qui confirme mon expérience. Au fur et à mesure que je relis la vie du Père Joseph, j'ai accès à des parties de lui auparavant cachées. Par contre, il ne m'est jamais apparu en corps de gloire. Je pense qu'il peut le faire seulement avec ceux qui ont un très haut niveau, ou qui l'ont connu en vrai.
Hier par exemple, j'ai commencé à lire Le sage et l'ermite. Je dois dire que c'est assez décevant au sens où pour le moment je ne vois que des conseils généraux. De plus "le sage et l'ermite" (premier écrit), ne contient pas réellement une histoire, il ne s'y passe rien, on ne sait pas ce qu'a fait le sage, comment il est rentré chez lui, comment le Démon l'a attaqué etc... Par contre, je pense que le livre contient dans son ensemble une sorte de bénédiction, ou de transmission, laissée par ses auteurs. Pour l'obtenir, j'oublie en quelque sorte tout contenu, et je me concentre sur les esprits qui l'ont écrit. De la même façon, quand Mécoubal me parle du maître bouddhiste, j'essaie de me concentrer sur son esprit, et de là en tirer l'esprit du maître. Cela n'est pas simple, il y a très peu de détails, pas de quoi écrire une biographie. Si j'étais d'un plus haut niveau, je n'ai pas de doute que je pourrais me connecter à l'esprit du maître par l'intermédiaire de Mecoubal. Disons que pour l'instant, il y a un petit goût de quelque chose.
C'est ainsi que je passe mes journées. Je ne regarde pas vraiment les choses, mais seulement s'il pourrait y avoir, au-dessus, de l'énergie utilisable pour évoluer. En connexion avec l'action de Dieu.
Par exemple, l'autre soir, j'étais furieux et j'ai observé des choses intéressantes. Pour résumer les choses de manière simple, l'albendazole qui je prends actuellement, crée une tension dans le Coeur du bas, qu'il a tendance à bloquer. L'autre soir c'était très évident, donc j'essayais d'utiliser ma 3è session pour le débloquer. Mais au bout de 20mn d'échec, je commence à me dire que mon amie n'est pas rentrée, que c'est bizarre, en plus de la chienne qui aboie depuis des heures parce qu'elle est coincée dehors avec le chat. En même temps on ne peut pas les laisser toute la journée dans la maison. Bref, je rentre les animaux, je vérifie mes messages, et 10mn plus tard, je me réinstalle. A peine sur mon fauteuil, mon amie déboule dans ma chambre. Il est 21h27, je n'ai plus le temps pour continuer cette session car il faut aller se promener avant la nuit. Et puis j'apprends qu'il faut aussi nourrir les lapins, évidemment les ciseaux pour couper l'herbe ont disparu. Je me rends compte à ce moment là que je ne devrais pas imposer mon état à mon amie, mais qu'il m'est strictement impossible de ne pas le faire. J'ai des vents coincés, plusieurs chakras coincés, ma volonté ne peut pas agir là-dessus. Il me faudrait m'asseoir pendant une bonne demi-heure, et encore, pour avoir une chance de défaire cela. Mais c'est précisément ce que je ne peux pas faire. Donc je me comporte de manière désagréable, je vais nourrir les lapins, et quand on sort pour la promenade, waow, un coucher de soleil absolument démentiel. Des couleurs de fou. Bref, ça me calme pas mal, j'y vois un cadeau de Dieu au moment où je suis franchement impuissant. Je marche en regardant le soleil, et puis 50m plus loin je m'aperçois que mon amie regarde ses pieds :"Eh bien, tu ne regarde pas le soleil ?
- Je suis fatiguée j'ai mal aux yeux.
- Ben si t'es fatiguée rentre à la maison.
- Non, laisse-moi tranquille.
- Dans ce cas marche plus loin, je n'ai pas envie de récupérer ton état.
- Ouiiiinnn !!!!!!". Grosse crise de larmes. N'étant pas d'humeur à m'en occuper, je continue à marcher en regardant le soleil. Je ne veux pas gâcher le cadeau de Dieu. Parfois, il y a des choix à faire. Je m'excuserai le lendemain. Il faut se mettre à la place de la pauvre fille qui rentre à la maison après une dure journée, et moi je ne peux que ronchonner sur le mal-à-propos de son arrivée. Du coup, je remarque que le Démon m'attaque maintenant quand j'ai les mains liées. Quand il est impossible de s'asseoir pour méditer et qu'on a les vents en vrille, on ne peut plus compter que sur la Providence divine. Peut-être que la Charité eut imposé que je m'occupe en premier de mon amie, mais c'est un cas où je ne sais pas discerner. La dernière fois que j'ai raté (en partie) un coucher de soleil magnifique, don de Dieu, je m'en suis voulu pendant des jours. Ce n'était pas pour recommencer. Mais peut-être que j'ai eu tort. C'est le cas où il faudrait avoir un confesseur omniscient comme le Père Joseph.
Quoi qu'il en soit, je n'étais donc à dire que le pratiquant ne regarde que les faits, ou plutôt, le plan N+1 au-dessus du plan N. C'est-à-dire le plan de l'énergie au-dessus des faits. Au départ on n'y est pas sensible. Au départ on ne s'intéresse même pas aux faits parce qu'on n'y trouve rien d'intéressant, à part les anecdotes à rapporter pour faire le clown devant ses amis. De tous les gens que je connais, très peu s'intéressent aux faits, car au départ les faits sont plats, et fades. Mais au bout d'un moment quand même on remarque les énergies, qui sont notre vraie nourriture. L'énergie du nuage gris, l'energie de la feuille qui bouge avec le vent, l'énergie du coucher de soleil, l'énergie du Vert au printemps, l'énergie de la fourmi qui travaille, l'énergie de l'ingénieur qui a créé le taille-haies, l'énergie de la Beauté d'une personne à qui on parle par hasard, l'énergie du chat qui ondule comme un serpent... C'est plus que de l'énergie, en fait, c'est du Sens. Et c'est avec le Sens qu'on nourrit le corps spirituel. On poursuit toutes les lignes génératrices de Sens et on devient aveugle au autres. Aveugle à l'actualité et aux activités des gens qui se démènent dans le samsara, pour rien. Tous ces Sens, on les met dans un yidam, et dans un mantra (ou une prière). Quand on est dans un endroit où on n'est pas capable de trouver du sens, dans la cuisine en train de faire des gélules du ginseng, si on oublie ses pensées et qu'on récite son mantra, on est consolé. Par contre, si on n'a pas chargé son mantra de Sens, ce n'est pas la peine d'en attendre autre chose qu'une vision du Néant.
Charger le mantra et le yidam, c'est du stade de génération. Ensuite, il est possible de se concentrer juste sur le yidam, et tous les Sens qu'on y a mis se réunissent en un point unique, qui permet la single-pointed-concentration, le graal des bouddhistes, et même du monde entier. C'est le stade d'accomplissement. On peut le pratiquer dès qu'on a fait un peu de stade de génération, mais on ne peut arrêter le stade de génération avant d'avoir attribué au yidam la totalité de ses vents, en les chargeant d'une énergie supérieure. Cette énergie se raffine elle-même au cours du temps, c'est l'orbite microcosmique des taoistes. Quand ils sont assez raffinés, ces vents peuvent entrer dans le canal central et s'y dissoudre, c'est la respiration embryonnaire des taoïstes, le tummo des tibétains. Le résultat de tout cela, c'est la claire lumière. On constatera vite que les connaissances trouvées dans les livres ne peuvent nous aider dans ce processus. Quand on se nourrit de connaissances, c'est malheureusement le signe qu'on ne voit pas la signification cachée des faits. C'est comme essayer de se nourrir de papier. Pourtant la vie des gens est riche de Sens, beaucoup plus que la mienne. Au final, je me retrouve souvent à me nourrir des Sens de la vie des gens dont je parviens à obtenir des descriptions factuelles, alors qu'eux-mêmes ne savent pas comment s'en nourrir.
Bref, je vais aller tondre pour essayer de trouver un peu de Sens dans le jardin.
















