Des chenilles, enfin
Je viens peut-être de récupérer une deuxième chenille, en plus de ma fidèle chenille qui me suit partout. Du moins, j'espère bien que c'en est une deuxième, car plus il y en aura, mieux ce sera. Disons que le style semble plus vulgaire, moins élaboré, mais bon, seul l'avenir nous dira ce qu'il en est. A dire vrai, j'éprouve surtout de la compassion pour leur état, car le ressort fondamental en est toujours le même. C'est la haine qui vient du manque essentiel. Elle sont comme ces crocodiles qui ont mangé trop de sacs en plastique et ne peuvent plus rien digérer, et se jettent sur tout. Au fond, chaque chenille vient me confier son manque et son impossibilité totale à jouir de l'existence. C'est le cas de la grande majorité des gens dans ce pays, mais peu le confient car tout le monde fait semblant d'être heureux. Il n'est donc pas si courant d'être mis directement en contact avec cette énergie, qui est très forte. La chenille ressasse et ressasse et ressasse, et quand la coupe est pleine, elle envoie sa flèche, qui est le concentré de tout son travail, même si elle ne le sait pas. De même que le coup d'un maître de karaté est l'expression totale de toute une vie de discipline, la flèche de la chenille contient toute l'énergie de son ressentiment accumulé. Du grand art, je vous l'assure. Si je me sens fatigué, il me suffit de m'y reconnecter pour me sentir mieux.
Pour prendre un exemple, personne n'est plus idôlatre que la chenille, qui cristallise son affection sur des formes fixes par incapacité à se nourrir des flux d'énergie. Si l'on attaque ces images, la chenille est prise de folie, parce que c'est son identité même qui menace de voler en éclats. Et bien sûr, elle croit que tout le monde est comme elle, alors elle envoie ses flèches sur ce qu'elle croit être les idoles de ses "ennemis", s'imaginant ainsi leur porter un coup fatal. La violence de son attaque ne fait que révéler la profondeur de son mal. Comment ceci peut-il se transformer en énergie qui nourrit ? Si un crocodile me mord, ce n'est pas sa faim que je sens, c'est les 3 tonnes de pression qu'il a dans la mâchoire. Et ça, c'est du concentré de puissance. Ce qu'il faut pour utiliser cette énergie, c'est une sorte de mécanisme interne configuré spécialement pour emmagasiner le dynamisme des situations - et non l'objet.
En fait, ça va plus loin, car il y a aussi la perception de l'état même de la chenille qui est une source d'énergie, mais alors là je suis un très mauvais écrivain, et incapable de décrire ce qui se passe exactement. C'est comme si chaque blocage renvoyait à l'énergie dont il aurait besoin pour être guéri. En espérant donc que cette énergie-là finira par revenir aux chenilles et les aider... ce qui serait la moindre des choses vu le don qu'elles me font.
















