Georges Saint-Bonnet Maître de Joie
J’ai lu Georges Saint-Bonnet Maître de Joie, un initié français au 20e siècle, de Jacques Lusseyran, et cela m’a suscité pas mal de réflexions.
La première chose, vraiment étonnante, c’est que l’auteur, par lui-même, a donné la priorité aux pensées sur les faits, ce qui est assez extraordinaire compte tenu du nombre de faits dont il était pourtant témoin. Il voyait la lumière, il savait comment ça fonctionnait, son bonheur ou son malheur étaient un fait d’expérience, et pourtant il s’est laissé enfumer par la société et les études universitaires. En plus ce n’était pas un faible, il a monté un réseau de résistance, et il a survécu à Büchenwald (1% de ceux qui sont arrivés en même temps que lui s’en sont sortis je crois, les conditions étaient plus dures qu’au camp du Père Arsène, mais il faut dire aussi qu’étant aveugle, il n’a pas travaillé comme les autres, il était interprète).
Bref, quand il a rencontré Saint Bonnet, en 1952, il écoutait ses pensées et préjugés plus volontiers que son propre vécu et sa propre expérience, il avait presque les réactions du disciple classique, il n’était pas heureux, mais heureusement beaucoup plus de sensibilité, ce qui lui a permis quand même de faire le ménage de ses conceptions erronées.
C’est ici que l’on voit que la sensibilité est finalement notre seul outil, en spiritualité.
Le livre est intéressant dans la description qu’il fait de Saint Bonnet, en revanche on aurait aimé que Lusseyran décrive un peu mieux ses propres progrès à son contact, et qu’il décrive également les progrès des autres disciples. Car c’est là généralement que les Athéniens s’atteignent. Saint Bonnet a-t-il réussi à faire évoluer vraiment les gens ? Combien ? En un mot est-ce que ses efforts de ce point de vus ont été payés ? Est-ce que son enseignement et son influence se sont révélés valables ? Quelque part j’ai des doutes car même Lusseyran qui avait de rares dispositions s’est laissé paresseusement porter. Il dit que les gens guéris par Saint Bonnet ne se posaient jamais de question, que tout ce qui les intéressait c’était d’être guéris et rien d’autre. Mais lui-même, quelque part, ce qui l’intéressait, c’était de se laisser porter, on le voit quand il s’est retrouvé aux USA, seul. Il s’est retrouvé dans le vide, signe qu’il n’avait jamais chercher à intégrer ce que lui donnait Saint Bonnet, mais qu’il en profitait simplement sans se poser de questions. C’est ce qui arrive avec tous les gourous, les gens viennent manger le poisson, mais ne s’occupent pas de fabriquer des cannes à pêche, et quand je gourou meurt, adieu veau vaches cochons couvées…
Lusseyran est assez proche de Steve Jourdain à sa façon. C’est un poète mais pas réellement un intellectuel. Il décrit bien son expérience, mais il ne cherche pas vraiment à comprendre où il va, ni à trouver des moyens d’y aller plus vite. Il ne se pose pas de questions, comme Ryndil saison 8 qui a l’omniscience à portée de main et qui se promène tranquillement dans le jardin.
Bon, à l’inverse, c’est peut-être parce que j’essaie de fixer les choses qu’aucun gourou ne m’a mis l’omniscience à portée de main. Peut-être qu’on ne donne les grandes grâces qu’à ceux dont on est sûr qu’ils ne vont pas faire un double des clés.
















