La méthode Hida (extraits du PDF)
« Le 18 Juin 1922 (il était âgé de 39 ans), dans la nuit, je suis monté dans mon dôjô qui est une petite cabane de 4 m² solidement bâtie sur les grosses branches d’un arbre énorme… J’ai fait l’exercice des muscles grand oblique, qui est le quatrième de mes exercices de base. C’est celui des exercices de base auquel j’attache la plus grande importance.
Je me suis mis en position debout, les pieds largement écartés, en cambrant le bassin, j’ai levé les mains par les côtés jusqu’au-dessus la tête, tout en inspirant. A ce moment les genoux sont bien tendus et il faut sentir le poids du corps descendre jusqu’aux orteils J’ai croisé les mains au-dessus de la tête et abaissé les bras tendus en expirant. En même temps, j’ai rentré la poitrine, creusé le plexus solaire, poussé le bassin en arrière et donné une forme ronde à la partie basse du ventre. En même temps, j’ai fléchi les genoux et j’ai abaissé le centre de gravité en ramenant le poids du corps sur les talons. J’étais absorbé dans la répétition de cet exercice, ignorant ce qui était en face de moi. J’ai ressenti tout d’un coup une grande puissance, effrayante, qui a jailli à partir du centre de mon corps, situé entre le bassin et le ventre, comme si j’avais entendu un son puissant. J’ai eu l’impression que cette force traversait le parquet, pénétrait dans la terre, atteignait le centre de la terre, puis partait vers l’infini de l’univers. Je me suis dit : « Oh ! C’est une force infinie ! » J’ai été convaincu qu’il s’agissait de l’énergie infinie, celle de l’univers, la source même de la vie. J’ai été rempli d’une immense joie, une joie consistante et tranquille à la fois, comme une montagne dans le calme profond du cosmos…
Rempli de joie, j’ai effectué l’exercice des muscles obliques en utilisant du kiaï.
Lorsque j’ai posé puissamment mon pied droit sur le sol avec un kiai, j’ai entendu un bruit sourd. Qu’est ce qui était arrivé ? J’ai vu un trou de la forme de mon pied dans une solide planche de 2,5 cm d’épaisseur. Une seconde fois, puis. une troisième fois, j’ai effectué le même exercice. A chaque essai, mon pied a traversé la planche qui n’offrait aucune résistance. Au quatrième essai, en traversant la planche, mon pied a rompu le bois de support de 12 cm d’épaisseur en marquant nettement la forme du talon. Aujourd’hui je conserve dans mon dôjô la planche et le bois du support cassé pour commémorer cette expérience.
Qu’est ce que cela veut dire ? Par la suite j’ai examiné avec soin la position et le mouvement de mon corps lorsqu’une si grande énergie l’a traversé. J’ai attentivement cherché pour quelle raison une telle force avait jailli. J’ai compris. C’est du centre, brûlant comme un fer rouge, qu’émane une sincérité pure. J’avais traversé et étais allé au-del à des exercices basiques du kata, c’est-à- dire que j’avais formé deux forces équivalentes dans le ventre et dans l’arrière de bassin, ce qui nécessite une forme cambrée du bassin, les fesses sont bien poussées en arrière, le bas du ventre est poussé vers le bas, le plexus solaire n’est plus creusé et le centre de gravité était dirigé au-dessus du centre de chaque pied. C’est cela la forme juste.
Après avoir traversé bien des difficultés, j’étais parvenu à une victoire finale. Il n’y a que ce principe qui puisse renforcer le corps et l’esprit à ce degré. Que cette sensation est agréable et pure. Comment pourrais-je communiquer aux autres cette expérience ?
« Dans les écoles de sabre, la transmission était voilée, car il fallait à la fois transmettre aux successeurs choisis et dissimuler aux regards des concurrents. L’habilitation à transmettre l’enseignement de l’école Nen-ryû était, selon les usages de l’époque, limitée à une seule personne, dans une province. Si une autre personne la recevait, elle devait s’installer dans une autre province. Le double jeu qui consiste à transmettre et en même temps à cacher a engendré nombre de mystifications. Si je n’avais pas lu l’ouvrage de M. Morita, je n’aurai pas pu penser que l’exercice de « suburi » que je fais régulièrement pouvait avoir un autre objectif que d’acquérir la rapidité, la précision et la force, et que cet objectif est de stimuler et de renforcer le centre du corps et peut-être aussi d’améliorer la perception. Dès que j’ai commencé à effectuer cet exercice en le sachant, la qualité du travail a changé et je lui ai trouvé une grande similitude avec la méthode Hida que je pratique en parallèle. C’est grâce à la lecture de M. Morita que j’ai pu m’ouvrir à cette sensibilité, car la transmission est parfois faite de sorte que le praticien détourne son regard de l’essentiel aussi longtemps qu’il ne reçoit pas l’information nécessaire, généralement donnée par oral ».
















