Taoïsme, suite et fin
Puisque les études tibétaines progressent d’année en année (disons que les traductions deviennent un peu plus rigoureuses), je me suis dit qu’il devait en être de même pour les études taoïstes, dont l’état était vraiment ridicule il y a 20 ans. De fait, j’ai trouvé un traducteur qui fait du bon travail. Mais en creusant un peu, j’ai vu qu’il était inutile d’aller plus loin. En effet, son travail est loin d’être avancé, pour le moment je dirais plutôt qu’il consiste à mettre par terre tout celui des autres sans rien construire. Par la traduction de quelques vieux traités, il montre (sans le faire exprès à mon avis, puisque comme tout le monde, il ne s’intéresse qu’à son propre travail) que l’édifice actuel ne tient pas débout. Un édifice déjà très élaboré – finances obligent -. Le réseau de profs de chi-qong, de taichi et de médecins chinois étant déjà très dense, il n’y a aucune chance que les véritables informations fassent surface alors que le bizness a tout envahi. Les véritables informations, il y en a peu, de toutes façons, et se résument simplement : les termes alchimiques n’ont pas le même sens que les termes médicaux. Par exemple, en médecine, l’Essence se situe dans les reins car il s’agit d’essence post-céleste. En alchimie, on parle d’essence pré-céleste, et ce n’est pas la même : elle est dans toutes les cellules, comme une sorte de vapeur. De ce fait, les chercheurs d’immortalité ayant pris tous les termes post-célestes pour définir leurs pratiques, on se retrouve à faire croître un embryon hypothétique dans le ventre, où on aurait mélangé du « feu » avec de « l’eau » pour l’obtenir. Mais, comme le remarque finement ce traducteur, en alchimie, le feu désigne l’esprit alors que l’eau désigne l’essence (celle qui est partout). Et l’endroit où cela se mélange, c’est un endroit qui à la fois est physique et à la fois ne l’est pas, qui est petit de l’extérieur et grand de l’intérieur (tel le vaisseau du Dr Who), et on y entre uniquement par la méditation sur la vacuité. Le gagnant est donc : le chakra du coeur. Il y a quelques termes qui sont ainsi redéfini dans un tout autre sens que celui qui est généralement admis, et j’ai assez confiance en l’auteur car son travail est extensif. Il donne à peu près 30 synonymes pour le Kan et le Li, et il explique tous les processus de transformation, comme le yin qui contient le vrai yang, le yang qui contient le vrai yin, et on se rend compte qu’en fonction de l’endroit où l’on se situe dans le processus, tout se retrouve inversé. Les auteurs (à peu près tous les autres) qui ont définit les choses en disant : « ceci est ceci, cela est cela » ont tout bonnement ignoré que toute la philosophie chinoise est basée sur ces processus de transformation. On peut donc tout jeter au panier, du moins si l’objectif est l’alchimie. De même, le grande circulation n’est pas la petite circulation améliorée, la grande médecine n’est pas la petite médecine améliorée etc… Bref, ce qu’on va finir par retrouver entre les lignes, c’est simplement le processus de formation du corps illusoire décrit dans les tantras tibétains. Mais l’information a été tellement déformée à cause du passage par la médecine chinoise qu’elle a été complètement perdue. Et comme je l’ai dit plus haut, nous pouvons faire confiance à ceux qui tiennent le marché pour qu’elle ne soit jamais retrouvée. De fait, c’est vraiment pratique de faire des stages où on fait imaginer des tas de trucs aux gens, par exemple une sorte d’embryon d’immortalité qu’ils déplaceraient ici et là, tout ça en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes qui permettent de se payer des vraies villas… Vraiment tout le monde y trouve son compte, alors que dans la vraie solution, il n’y a ni argent ni immortalité, parce qu’on n’a vraiment pas le niveau. Reste la médecine chinoise et les arts externes (waidan) qui je pense ont des vues intéressantes sur la meilleure façon de rester en bonne santé. De moins c’est un début.
Extraits : 1. The Mysterious Barrier. The One Opening of the Mysterious Barrier (xuanguan yiqiao) is the spaceless and non-material center of the human being. Liu Yiming agrees with earlier Neidan masters in saying that this center is neither in the body nor in the mind. The One Opening harbors the Precelestial Breath of True Unity. With the shift from the precelestial to the postcelestial, the precelestial True Yang becomes concealed within the postcelestial Yin, and the recognition of the spaceless center is lost. In the images of the Yijing (Book of Changes), True Yang becomes the solid line (⚊) found within Kan ☵, surrounded by two broken Yin lines. The purpose of Neidan consists in recovering the Yang within Kan ☵ and in using it to replace the Yin within Li ☲. This allows Qian ☰ (True Yang) and Kun ☷ (True Yin) to be reconstituted and then newly joined to one another. Their conjunction occurs in the One Opening of the Mysterious Barrier.
2. The stage of « refining Breath to transmute it into Spirit » constitutes an advanced stage of the alchemical work, in which one’s practice progresses from « doing » to « non-doing. » The Great Medicine is called Embryo of Sainthood (shengtai) or Infant (ying’er). Both terms are actually metaphors for Spirit and Breath coagulating and coalescing with one another. Wu Shouyang explains the meaning of these terms saying: « Metaphorically it is called ’embryo,’ as if there is truly an embryo. In fact, however, there is no embryo. Why is it so? Because according to the principle of giving birth, one generates the embryo of a child in the womb; and according to the principle of cultivating immortality, one generates an embryo of Spirit in the Heart. The worldly people hear the word ’embryo’ and say that within the womb there is truly an embryo, which then leaves and becomes ‘a body outside the body’ (shen wai shen). This is truly risible. Essentially, the human nature is perfectly empty and perfectly numinous; it is devoid of a form and a body. »
Quoted from Wu Shouyang (1574-1644), Xian Fo hezong yulu (Recorded Sayings on the Common Origin of the Immortals and the Buddhas), with minor omissions and changes
3. Exemple de contradiction entre traducteurs :
Yang Jwing Ming :


















