Alchimie taoïste
Encore une lettre qui va rester sans réponse, cette fois à l’attention du tenancier du site http://qigong-zhen-pai.com/
En ce qui concerne le contenu (j’ai lu une vingtaine de chapitres de différentes livres), je trouve que c’est une perspective intéressante en ce sens qu’elle introduit des nouvelles conceptions par rapport à d’autres modèles plus connus (je cherche toujours de nouvelles choses et je ne dirais pas que j’ai tout lu, mais j’ai lu beaucoup. Et j’ai d’ailleurs découvert qu’il existe une multitude d’auteurs intéressants mais très peu connus car en dehors des courants dominants de pensée. Ils sont donc difficiles à trouver).
Cependant, je lui trouve le même défaut que toutes les autres approches du chi-qong et plus généralement des méthodes énergétiques. On traite le lecteur comme s’il savait se concentrer correctement, or ce n’est pas le cas. Je veux dire que l’approche est quantitative. On va dire que les débutants vont savoir se concentrer un petit peu, et que les avancés vont mieux mobiliser leur chi par exemple, mais il n’y a pas de saut qualitatif. Or ce n’est pas du tout ce que j’ai découvert dans ma pratique.
Cela fait environ vingt ans que je pratique toutes sortes de choses, et j’ai commencé comme tout le monde par supposer que je pouvais me concentrer correctement. J’ai suivi des cours de chi-qong, de taichi, du yoga, j’ai tout fait comme indiqué, je l’ai fait en outre avec des amis avec qui j’ai beaucoup échangé (ceci pour dire que je ne suis pas seul dans mon cas), mais quelque chose n’allait pas. J’ai échangé avec d’autres pratiquants, lu beaucoup de livres, et c’était toujours la même chose : des promesses mirifiques mais des résultats très faibles, malgré beaucoup de pratique et de motivation, pendant des années.
J’ai donc repris les choses tout à fait autrement, et j’ai découvert au bout de quelques années supplémentaires, que l’esprit ordinaire se concentre sur un faux système énergétique, une copie mentale du vrai, parce que sous sa forme ordinaire, il est incapable d’entrer dans la matière. Il s’imagine qu’il le fait, mais il y a d’un côté le corps, d’un autre côté la pensée. C’est vrai pour 99,9% des gens, ou davantage. Pour entrer réellement dans le système énergétique, cela ne peut pas se faire directement en se concentrant avec son esprit sur son corps. Il faut engendrer une nouvelle substance, qui est une union d’information + matière, en langage taoïste, du jing informé par du chi purifié par du shen du niveau le plus élevé possible, ce qui donne naissance à un nouveau « corps » (ce qui est d’ailleurs le processus de toute alchimie traditionnelle). Et là, curieusement, les résultats commencent à ressembler à ce qu’on attendait.
Quand l’esprit ordinaire tente d’entrer dans la matière, il ne peut pas, comme du sirop qu’on verserait sur de la glace. Seule le chi purifié a la capacité de faire fondre la glace, mais non le chi « ordinaire ». Dit autrement le jing sous son état ordinaire est congelé, et il faut le faire fondre. A ce moment il peut recevoir l’information et la conserver : le résultat est un nouveau corps où l’esprit est uni à la matière. Tout cela n’est jamais abordé nulle part, et c’est vraiment la chose qui est étonnante, parce qu’en dehors de cela, on brasse surtout du vent.
Quoi qu’il en soit, la question fondamentale n’est alors plus d’appliquer des techniques. Elle est de savoir « où » trouver l’information qui aura le pouvoir de purifier le chi.
Il me semble évident que dans le système traditionnel, elle est transmise par le corps du maître, sans même que le disciple s’en aperçoive. C’est pour cette raison que les systèmes de yoga, chi-qong etc… ne se sont jamais donné la peine d’expliciter cette partie. Mais voilà que dans notre monde moderne, il n’y a plus de maître qui soit capable d’informer le disciple. En sorte que toutes les pratiques deviennent vides, on reste toujours à côté. Le fondement de toute pratique vient à manquer, et personne ne s’en rend compte.
Ce qui amène une autre remarque : à partir du moment où l’on devient capable d’opérer ce mélange, on sort de tous les systèmes que vous décrivez. Vous parlez de spectres, des expériences qui sont plus ou moins en accord avec le spectre de telle ou telle personne, et qui dont vont déprimer les gens ou les rendre heureux etc… Cela j’ai pu le constater par le passé. Par exemple j’ai commencé par être bouddhiste, et quand j’ai tenté d’intégrer le modèle chrétien, cela a été très perturbant, parce que c’était fait à un niveau incompatible. Tel modèle crée certaines rigidités et certaines structures, le modèle d’en face les détruit etc… Mais dans le « corps » dont je parle plus haut, on peut intégrer absolument tout ce qu’on veut, ça ne bouscule aucune rigidité parce qu’on a affaire à une substance tout à fait plastique. La limite, c’est l’information à laquelle on peut avoir accès, c’est pour cette raison que je cherche des auteurs originaux et inconnus. En effet, en croisant des informations très différentes de niveau n, on devient capable de percevoir le niveau n+1 et ainsi de suite. Par exemple, si je regarde la vidéo d’un certain maître, je peux capter un certain nombre d’informations (rien à voir avec quelque chose d’intellectuel, cela se présente plutôt comme des « lumières », ou des qualités). En intégrant ces informations, et en regardant d’autres vidéos contenant des lumières différentes, il se crée une densité informationnelle qui donne accès à une nouvelle finesse de perception. Un an plus tard je regarde la même vidéo, et d’autres informations d’un ordre plus élevé me sautent aux yeux. Ce n’est pas de l’imagination, c’est quelque chose d’absolument évident, qu’on ne voyait pas auparavant. Plus ce qui apparaît est élevé, plus c’est frappant. Et ainsi de suite. L’idée étant de remonter à la source originelle de toutes les lumières.
Une « preuve » pratique de ce que j’expose là m’est apparue récemment avec un ami qui s’est mis à jouer de l’orgue baroque. En principe c’est la musique que je déteste par excellence (sans doute parce que mes parents aimaient cela). Mais je me suis rendu compte que je ne la déteste plus du tout et qu’elle contient des « lumières » très intéressantes. Dans le même temps je me suis découvert une sensibilité musicale que je n’ai jamais eue. J’ai pratiqué le piano pendant des années sans même percevoir ce que pouvait être une intention musicale, alors que maintenant après 20 ans d’arrêt, je commence à les sentir et à pouvoir détecter si une personne qui joue transmet ou non ces intentions.
Bref, les capacités ou la programmation qu’on a à la naissance, tout cela ne tient pas une fois qu’on a trouvé ce qu’il faut faire. J’ai commencé ma vie d’une manière assez grossière, en faisant beaucoup de sports vraiment idiots, en ayant très peu de sensibilité musicale ou littéraire ou autre, en ne comprenant rien à la spiritualité… et en quelques années tout cela a complètement changé, simplement en essayant de trouver et d’assimiler des informations d’une qualité supérieure (j’ai mis 15 ans à comprendre que c’était ce qu’il fallait faire, parce personne n’en parle jamais). Mais le point clé, c’est qu’elles ne s’assimilent que dans un jing décongelé, sinon ça ne laisse aucune trace, on a juste des « expériences » mais rien ne change en profondeur.
Bref, toutes mes recherches visent à créer une méthode où l’on peut se passer de la transmission des maîtres avec lesquels autrefois le disciple passait sa vie, puisque cela ne nous est plus disponible.
J’espère ne pas vous avoir ennuyé, mais comme votre site témoigne que vous êtes un vrai chercheur… Et pour que mes intentions soient claires, c’est uniquement l’échange. Je vous dis ce que je sais dans l’espoir d’apprendre ce que vous savez, pas pour vous assommer. J’ai tout à apprendre, et tous les jours j’essaie d’apprendre de nouvelles choses. C’est pour cette raison que j’essaie d’échanger avec des gens qui savent déjà beaucoup de choses et qui sont des pratiquants sérieux. Maintenant, vous pouvez parfaitement juger que je n’ai rien à vous apporter de mon côté, c’est en général la façon dont les gens réagissent parce qu’ils ne lisent pas ce que j’écris.
















