Marilyn Monroe dans le bouddhisme
Je commence à me demander si l’incapacité des pratiquants Occidentaux à réfléchir est innée ou acquise. Je commence à penser qu’elle est acquise, qu’à partir d’un certain moment ils se disent qu’un autre (souvent indéfini) va les guider, un peu comme le faisaient leurs parents quand ils étaient petits, et qu’à partir de là ils se mettent le plus grand obstacle à la pratique. J’ai malheureusement peu de statistiques d’observation sur la question, parce que pour en avoir, il faut tomber sur des gens qui ont décidé de réfléchir, ou décider des gens à réfléchir.
Par exemple j’ai un ami qui me dit régulièrement des choses à s’arracher les cheveux, mais depuis que je ne lui dis plus où est l’erreur – je lui dis juste qu’elle est grosse comme une maison et qu’il ne lui reste plus qu’à chercher -, il revient avec des propos sensés. Preuve qu’il peut penser correctement, mais que quelque chose en lui a décidé de se priver de cette possibilité. C’est le cas de 99,9% des gens je crois, parce que toutes les conversations que j’ai eues avec des « pratiquants » (j’en ai eu beaucoup) démontraient qu’ils n’avaient pas réfléchi une seconde (même des traducteurs renommés) et tenaient pour acquis un lot de sottises achetées d’occasion sur Le bon coin spirituel.
Par exemple j’ai été ami pendant 7 ans avec un vieux pratiquant – quelqu’un qui avait consacré toute sa vie à la pratique pendant 30 ans, accumulant séminaires et retraite autant qu’il était permis compte tenu du fait qu’il ne maîtrisait pas la bilocation -. Il m’a raconté toute sa vie, et une grande partie de ses expériences, il était fait pour ça sans aucun doute, c’est le pratiquant le plus intéressant que j’aie jamais rencontré, à peu près 1000 lieues au-dessus des autres. En revanche, il n’était pas très intelligent, et la pratique ne lui avait pas éclairci l’esprit, du fait qu’il n’avait jamais pensé à s’en servir pour cela (il était artiste de son métier). Il avait donc sur lui-même un tas de jugements très assurés dont certains étaient justes et d’autres d’une stupidité sans nom. J’ai compris qu’il était bête et qu’il n’avait absolument aucun critère de discernement de sa propre pratique le jour où il m’a dit « Je n’ai pas de visions de thögal, je dois en être à la 4è vision ». Certes, il se peut que j’aie ignoré pendant 7 ans que je fréquentais un saint, mais ce dont je suis certain, c’est qu’il n’était pas sur le point de partir en corps d’arc-en-ciel. Autant on peut avoir des doutes sur le niveau d’une personne, autant on peut déterminer avec précision qu’il y a un niveau où elle ne se trouve pas, et qui est celui de parfait bouddha. Le plus extraordinaire, je l’ai appris ensuite, c’est qu’un lama de ma connaissance avait donné des enseignements sur le dzogchen et qu’au bout de 3 ou 6 mois, la moitié de la sangha avait estimé en être, elle aussi, à la 4è vision. C’est semble-t-il une maladie répandue. Le lama avait été furieux et avait juré qu’on ne l’y reprendrait pas à enseigner des choses pareilles. Quoi qu’il en soit, cela montre la folie avancées des gens. Je songe aussi à un forum où j’avais laissé quelques messages, les gens estimaient que la non-reconnaissance de leur réalisation par les lamas tibétains était anormale etc…
Je reviens à mon sujet. Donc j’ai trouvé bien peu de gens prêt à remettre en question leurs certitudes du Bon coin, et à essayer de lire les textes dans le bon sens. Parce même s’ils sont illisibles soi-disant, tout de même il est possible d’en tirer rationnellement un certain nombre de conclusions. Même si les pratiques ne sont pas livrées avec le mode d’emploi, les résultats sont livrés, et il est facile de voir où l’on se trouve (nulle part). A partir de cette constatation édifiante, on peut réfléchir plus avant et mener une enquête sherlock-holmesque sur ce qu’il y a à faire et la façon de le faire, ce que je fais depuis 10 ans. Et donc, partageant mes découvertes avec telle ou telle personne, je me rends compte que ces personnes ont le cerveau bloqué et que c’est ça qui les empêche de progresser comme elles le devraient. Par exemple j’ai un ami qui m’a souvent dit « Ah, ces questions nous dépassent ! » alors que c’était un « surdoué » à l’école. Mais il avait clairement décidé qu’il y avait tout un périmètre de questions à éviter – disons plus exactement que le périmètre des questions permises était une petite zone déterminée dans l’océan infini des mystères divins -. Cela fait quelque temps que je n’entends plus cette phrase d’ailleurs, preuve qu’il a finalement décidé de mettre ses capacités à profit et de réfléchir par lui-même. Ce qui lui permet de découvrir des choses intéressantes.
Je voudrais pouvoir décrire ce qu’est l’interdépendance (que les bouddhistes prennent généralement de très haut « oui d’accord tout est interdépendant, on a besoin qu’un paysan cultive les légumes qu’on mange, on est au courant »). C’est ce qui rend possible l’omniscience. Et avant l’omniscience, cela permet de savoir beaucoup de choses qui ne sont pas forcément écrites dans les livres, à partir des choses qui y sont écrites. Cela permet aussi d’éliminer de fausses informations et de garder les vraies, parce que tout ce qui est vrai entre dans la trame globale, alors que ce qui est faux n’y entre pas. Les maîtres peuvent donc cacher les enseignements tant qu’ils veulent et écrire ou dire n’importe quoi, ils ne peuvent pas tromper quelqu’un qui se fonde sur la vision de l’interdépendance. Trungpa dit autant de conneries que de choses vraies, tout ça dans un océan de « bruit ». Mais il dit quelques choses vraies extrêmement précieuses. On ne les détecte que dans une trame déjà bien constituée. Par exemple « Le pratiquant du dzogchen ne vit que dans la sensation ». Mais attention, c’est une phrase qui entre dans la catégorie décrite par Shenphen Dawa : « These writings hide the real meaning deeply between lines, words and letters. The sentence that you read is not the sentence of the meaning. No, it is not. It is a sentence that is grammatically correct, makes sense and seems to be clear, but it is not ». Le sens caché, concerne le mot « sensation », et il a autant de relation avec le sens commun qu’un démonte-pneu avec Marilyn Monroe.
Donc je reprends l’exemple très grossier de mon ami peintre. A partir d’une seule phrase il était possible de déduire qu’au bout de 30 ans, il avait une écoute des enseignements totalement partiale (dit autrement, qu’il n’écoutait rien), qu’il n’avait jamais réfléchi à un grand nombre de choses, qu’il était donc très mauvais juge sur lui-même comme sur les autres, ce qui a été amplement prouvé d’une autre manière.
Je peux prendre aussi l’exemple du gars avec qui je m’étais pris la tête récemment et qui me sort que les corps d’arc-en-ciel ne sont bons qu’à produire des phénomènes météos – quoique ayant étudié un peu le dzogchen -. C’est fou là encore ce qu’il est possible de déduire d’une seule phrase. Le manque total de respect pour les enseignements et pour les saints d’une tradition étudiée – et donc un manque de respect général pour tout, mais déguisé sous un faux respect pour certaines choses -. La partialité absolue de son jugement. Ajoutons à cela qu’il m’a dit « vous ne pouvez pas juger vos interlocuteurs ». Maladie de la paille et la poutre : il peut juger Shardza Rinpoche avec qui il n’a jamais parlé, mais moi, je ne peux pas le juger lui. Quand il prétend fréquenter de vrais maîtres, le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne lui a pas été profitable. En revanche, on ne peut rien déduire des maîtres en question. Quelques phrases supplémentaires auraient permis de savoir ce qu’il en était, mais là encore je suis tombé sur un cachottier.
Je ne dirais pas que c’est C* Rinpoche qui m’a appris à réfléchir. Mais j’ai pu déduire par quelques exemples que lui-même passait beaucoup de temps à réfléchir, de la façon que je décris plus haut. Il expliquait par exemple que nous devions interroger le sens de tous les mots que nous employons, afin de leur donner un sens plus correct. Que si nous le faisions pour 4 ou 5 mots ce serait déjà une grande avancée (il voyait donc parfaitement à quelle sorte de crétins il avait affaire). Par contre il n’a jamais su expliquer comment faire, et moi-même je ne saurais pas, parce que c’est un processus très long et complexe, assez bien décrit dans Comprendre l'Esprit de Kelsang Gyatso. Cela commence par des petites choses que la perspective rend immenses à notre vue. Qu’est-ce que la pratique ? A quoi ça sert ? Harada Roshi explique que c’est le jour où sa réponse à cette question a changé que sa vie a changé. Mais ce n’est que le début. Une fois qu’on a la réponse correcte, tout reste à faire. Il faut remettre le enseignements dans le bon sens et on ne peut commencer que par les petites choses : la vacuité et l’interdépendance, ce n’est pas pour demain. Je me souviens qu’un jour C* Rinpoche parlait de l’interdépendance comme d’une chose extraordinaire et fondamentale. Ce jour j’ai au moins compris que je n’avais pas la moindre idée de ce dont il parlait. Moi j’avais un démonte-pneu entre les mains et lui me décrivait Marilyn Monroe. Grâce à Marylin Monroe on peut même remettre à l’endroit les enseignements du dzogchen dont absolument tout le sens réel est caché – en fait autant certains enseignements du type sutra sont presque compréhensibles, autant ceux du dzogchen se trouvent tout entiers dans la 4è dimension -. D’ailleurs vous pouvez voir ici un processus de codage à l’oeuvre. Imaginez que plus tard je reparle de Marilyn Monroe sans préciser ce que c’est, les nouveaux lectuurs du blog pourront trouver que je dis des choses vraiment très étranges : »Marilyn Monroe m’a permis de déterminer précisément où en est cette personne ». (« Tiens, je suis tombé sur le blog d’un fou qui pense que l’esprit de Marilyn Monroe lui donne des infos sur les gens »). Bref.
Donc hier je parlais avec un ami. Je lui expliquais qu’à mon avis l’image est chose extrêmement préjudiciable, parce que je note que mon cerveau cesse d’être créatif quand je regarde des séries télé ou des films. Je deviens un légume – ce qui pourrait d’ailleurs expliquer pourquoi nous sommes environnés de tant de légumes, non comestibles je précise. Et donc cet ami m’objectait que la réalité dans laquelle nous vivons nous présente un tas d’images qui n’ont pas cet effet délétère. Je lui ai opposé la richesse de l’un et la pauvreté de l’autre. Il m’a donc ressorti cette donnée scientifique comme quoi 99% de notre image de la réalité est reconstruite par le cerveau. Je n’ai pas tiré de conclusions mais il n’y en a que deux possibles : soit il manque totalement de clarté, soit il ne sait pas ce qu’il voit. En revanche il n’a pas encore réalisé que les conclusions de la science ne sont valables que pour les personnes ordinaires.
















