Extrait de lettre, christianisme et bouddhisme
Entre christianisme et bouddhisme, il n'y a pas le hiatus qu'on pourrait imaginer. Le christianisme travaille sur le contenu de l'esprit, et le bouddhisme sur le contenant (la structure de l'esprit). Dit autrement, le christianisme nous dit ce qu'il faut faire, et le bouddhisme comment le faire. Exemple simple, faire "la volonté de Dieu". Sans méthode spécifique, tout le monde va se précipiter sur la première pensée qui lui vient et décréter que c'est la volonté de Dieu. Les plus intelligents vont prendre un directeur spirituel et lui obéir à la lettre, au risque qu'il ait peu de discernement, Thérèse d'Avila a bien parlé des mauvais confesseurs, cela dit ils peuvent être aussi les instruments de Dieu. Mais en l'absence de directeur spirituel, il faut une méthode de discernement. C'est éminemment compliqué puisque l'outil est faussé en raison du péché originel, mais c'est comme en science, on expérimente et on observe le résultat. L'expérience montre par exemple que si l'on choisit d'aimer Dieu, même si l'on ne croit pas à son existence, on finit par réaliser qu'il existe. Pour cela il faut avoir réalisé que la foi, ce n'est pas de croire qu'une chose est vraie objectivement pour ensuite devenir un fanatique, c'est de l'accepter dans son esprit et de vivre avec. Sa vérité se révélera dans ses effets. Pour avoir vécu avec Bouddha, Allah et Jésus, je peux dire que les trois sont valables, mais que Jésus est plus intéressant.
L'avantage du bouddhisme, c'est qu'il nous dit clairement que nos conceptions sont fausses, et qu'il nous faut chercher à les améliorer. Tu vas me dire que tous les chrétiens intelligents le savent et qu'il n'y a pas besoin d'être bouddhiste pour s'en rendre compte, alors je vais prendre un exemple pour illustrer mon propos. Presque tous les saints se sont crus abandonnés de Dieu à un moment ou à un autre. Pourquoi ? Parce qu'ils ont tous cru à leur conception initiale, qui leur disait que la présence de Dieu s'expérimente dans un certain type d'expérience qu'on appelle ordinairement les consolations. Ce qui se manifeste dans une grâce d'appel, c'est généralement une joie surnaturelle et pure, qui sera ensuite prise comme point de référence. Et tout le monde tombe dans le piège. Alors que les bouddhistes et les soufis te diront clairement que ça n'est qu'une face des choses. Le chrétien va donc expérimenter ce qu'il interprète comme un abandon, dont il ne sortira qu'en s'apercevant qu'il se trompait. Dieu n'est pas ce truc qui vient le consoler, il est tout autant présent dans les ténèbres et la désolation. La modélisation bouddhiste en outre permet de ressentir clairement l'action de Dieu dans le corps physique (la corporification de l'esprit), alors on ne s'inquiète plus de savoir si c'est dans la lumière ou les ténèbres, on s'occupe juste de lui faciliter la tâche.
















