Les âmes ont des formes différentes
(Lettre à ami)
Eh bien dans ce cas c’est que tu bénéficies de grâces particulières, ce qui n’a jamais été mon cas dans le cadre du christianisme. Pourtant, je sais bien ce que c’est. La première fois où j’étais allé voir swami A., j’avais été dans 3 jours dans un état qui n’était nullement justifié par ma pratique. Idem une fois avec Amma.
Donc, je définis la grâce comme un état qui nous tombe dessus alors qu’aucun de nos efforts ne le justifie.
J’espère que tu voudras bien me croire si je te dis que je n’ai jamais rien constaté de tel avec le dieu chrétien, et pourtant je l’ai probablement plus demandé que chez les autres. Je ne peux qu’en déduire que l’entité à qui je me suis adressé en croyant m’adresser à Dieu n’était pas Dieu, mais simplement un aspect chrétien de Dieu, et qu’elle n’en a rien à faire de moi, surtout vu la façon dont elle a répondu à mes prières concernant la conversion de C* – en faisant en sorte qu’il soit dégoûté à chaque fois de l’Eglise – et de M* – à qui j’ai demandé de faire des efforts en ce sens, et ça n’a jamais payé. Alors le discours comme quoi l’effort incombe aux gens c’est bien beau, mais il y a quantité de gens qui reçoivent une grâce d’appel pour bien moins que ça. Il ne faut pas non plus raconter n’importe quoi et tomber dans le même discours que chez les gourous, comme quoi le gourou est omniscient et sait ce qu’il faut faire. Quand le résultat c’est que les gens ne veulent plus aller à l’Eglise, c’est clairement que le gourou n’a pas su ou voulu. Comme tu le dis toi-même, nos capacités ont des limites, surtout les capacités des catéchumènes qui ne sont pas censés être des saints. Dans toutes les traditions, en effet c’est le maître qui choisit en appelant le disciple, pas l’inverse. Si donc il n’y a pas d’appel, c’est que le maître ne veut pas, et il n’y a rien à faire chez lui.
Cela ne remet pas en cause ma foi en Dieu, mais je ne le limite certainement pas à l’entité Jehovah. Quant au Christ, c’est encore autre chose, qui ne se limite pas du tout au christianisme.
Ce que je veux dire au final, c’est que toutes les âmes ne sont pas destinées à être chrétiennes, que Dieu en a voulu des bouddhistes et des musulmanes et des juives et des autre chose, et que vouloir diriger vers telle ou telle religion une âme qui n’est pas faite pour cela (et ça se voit vite, parce qu’elle ne reçoit pas d’appel), c’est quelque part lui faire un grand tort sous prétexte de lui faire du bien, comme ces gourous qui acceptent dans leur sangha des disciples qui sont clairement faits pour aller ailleurs. Chaque âme a une forme spécifique voulue par Dieu (le vrai) et c’est cette forme qu’il faut l’aider à trouver, plutôt que de vouloir l’insérer de force dans un moule qui ne lui convient pas.
De même, il y a des âmes qui sont faites pour recevoir des grâces qu’elles ne méritent pas (selon leurs propres mots), et d’autres qui sont faites pour accumuler des mérites en rassemblant leurs vents dans le canal central (selon leurs propres mots). Je ne vois pas ce qui devrait nous autoriser à choisir pour elles, aucun magistère humain n’a ce droit. Tu me dis en gros que je limite la grandeur du créateur alors que tu la maintiens, de mon point de vue ce serait plutôt l’inverse, puisque tu as décidé (avec le magistère) de la relation que le créateur devait avoir avec les âmes, indépendamment de ce que nous montre l’expérience (qu’il y a des saints dans toutes les traditions).
Tu semblais dire que vraiment c’était une grande faute de nier l’évidence (dans le cas de la pollution par exemple), en matière religieuse c’est la même chose, il y a aussi des évidences, et les nier c’est faire du tort aux âmes.
Maintenant il est bien possible que tu ne puisses donner aucun conseil dans un autre cadre que celui du christianisme, mais dans ce cas il faut être conscient de cette limitation, et commencer par vérifier que l’âme que tu as en face de toi est bien faite pour être chrétienne, avant de lui dire des choses qui pourraient l’éloigner du vrai Dieu, car c’est précisément ce qui se passe si l’on tient un discours inapproprié.
Je parle pour le cas où tu te sentirais une mission d’enseigner.
















