Les conséquences du christianisme après 2000 ans
Cette nuit, il m'est venu que si le monde est dans l'état où il est (pollution, capitalisme, communisme, consumérisme, nucléaire, OGM...) c'est finalement "grâce" au christianisme. En effet, si l'on regarde d'où viennent tous les fléaux de notre temps, cela vient de gens qui se sont tournés contre la religion, qui en réaction ont proclamé la liberté de l'Homme etc... Mais quelle religion ? Pas l'islam. En pays musulman, même les gens qui ne sont pas tellement croyants sont très contents de participer aux activités religieuses perçues comme des activités sociales. En effet, l'islam à pour première fonction de régler la vie en société et de légiférer quant à l'ensemble des activités humaines. Chez les hindous, on n'a jamais constaté non plus de rejet de la religion, et avant l'arrivée des anglais, l'Inde était un pays plutôt tranquille. De même pour la Chine, qui ne se portait pas si mal avec son taoïsme et son confucianisme. Le bouddhisme lui non plus n'a pas généré de rejet au sein de ses propres zones d'influences, ni le judaïsme. Aucun religion en fait n'a provoqué de rejet radical des élites (c'est-à-dire de ceux qui disent aux autres comment penser) à part le christianisme.
Maintenant, on pourrait se demander pourquoi.
A mon avis c'est parce qu'il essaie de contraindre l'imaginal des gens, avec des vues fausses de surcroît. En effet, le christianisme se définit par la profession de foi :
Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible, Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière, né de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, Engendré non pas créé, de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel; Par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate,
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour,
conformément aux Écritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts et son règne n'aura pas de fin.
Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie; il procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire; il a parlé par les prophètes. Je crois en l'Église, une, Sainte, Catholique et Apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J'attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir.
Il ne faut pas être grand clerc pour s'apercevoir que quelqu'un qui naît avec une certaine inclination de libre penseur va trouver que c'est là un fatras inextricable de superstition, rejeter l'ensemble en bloc, et mener sa propre vie. Beaucoup de gens n'ont pas tellement envie qu'on les oblige à penser toutes sortes de choses impossibles à prouver et qui de surcroît les mettraient sous l'autorité de clercs dont l'exemple est loin de démontrer la perfection. De fait, c'est le genre de procédé qui généralement désigne les escroqueries.
A l'inverse, on voit mal comment ceci pourrait se produire avec les religions orientales, dont la base est finalement très naturaliste et assez constatable. La loi du karma, c'est quelque chose qu'on peut constater tous les jours, ainsi que l'impermanence. Et même à un niveau un peu plus subtil, il est facile de constater la réalité du prana, des méridiens d'acupuncture etc... L'imaginal de ces religions se situe à un niveau plus élevé, dans les enseignements tantriques qui ne sont pas donnés à ceux qui n'y comprendraient rien. Certes, on y parle de Bouddha, Krishna etc... mais on ne menace pas les gens d'aller en enfer, on leur dir qu'ils vont revenir encore et encore dans le samsara, ce qui n'est pas si dérangeant, surtout pour ceux qui s'y trouvent bien. Bref, on ne contraint personne à croire des choses invérifiables. Alors que c'est finalement la base même du christianisme (en tous cas chez ceux qui n'y comprennent rien et font profession de le répandre), et ce dont ils sont tout fiers :
Un astronome me parle des canaux de Mars. Je le crois; ce n'est pas de la foi, car je puis refaire ses expériences; je puis, par les privilèges attribués aux adeptes, aller vérifier sur place ses renseignements. Un ange me dit : Jésus est le Fils unique de Dieu. Si je le crois, c'est de la foi, parce qu'il est impossible à la raison, comme aux sens, physiques ou transcendants, de s'assurer de ce fait. Les interprétations ésotériques, alchimiques, magiques, astrologiques, subjectives des mystères religieux n'appartiennent pas à la foi; ce sont des concepts naturels, humains, relatifs. La formule de l'acte de foi n'est pas précisément le fameux : « Je crois parce que c'est absurde », mais : « Je crois, bien que cela me paraisse absurde ».
La foi vise Dieu, et Dieu seul. Ainsi elle est unique de son espèce et véritablement universelle, car elle opère au-dessus des formes, des rites, des lois, des religions. Elle sauve tout homme; elle transmue en bien tout acte mauvais par lui-même, mais effectué dans l'intention pure de l'Absolu.
Cet Absolu, Dieu, dont la présence est universelle, plénière, physique, oserai-je dire, faute d'un terme plus exactement expressif, nous ne Le voyons, ni ne Le sentons; cependant nous sommes certains qu'II est là, parce que notre principe intérieur d'éternité connaît et reconnait le principe extérieur d'éternité dont Il procède; mais les organes de cette âme divine : l'esprit, l'intelligence, le sensorium, ne sont pas assez affinés pour l'enregistrement de ces lumières sublimes. Tout ce que l'homme peut arriver à percevoir par ses propres forces n'est pas éternel.
La foi, c'est, en dépit de l'incompréhension, de la non-perception, de la non-intuition même, un acquiescement entier, un assentiment inébranlable de la volonté à la parole de Dieu. Seule de toutes les religions, celle du Christ réclame de nous cet effort. A vrai dire, ce n'est pas nous seuls qui l'accomplissons; c'est le Christ dans le centre de notre coeur qui nous rend sensibles aux paroles anté-séculaires de la Sagesse éternelle. Par ainsi, la foi nous unit au Verbe Jésus, nous unifie avec Lui, opère notre régénération en Dieu et nous sauve. (Sédir)
Du point de vue de l'analyse du fonctionnement de l'esprit, ce texte est un pur non-sens, puisqu'il élève la croyance correcte (qui ne vaut rien du point de vue du dharma) au rang d'une cognition valide d'ordre supérieur, voire même de percepteur yogique direct (cf Kelsang Gyatso, Comprendre l'esprit), puisque cela aurait la force de nous "sauver". je ne dis pas que croire cela est négatif, puisque c'est un moyen habile qui a fonctionné avec les saints, mais que vouloir faire avaler cela à des gens rationnels (comme des philosophes ou des hommes de science), c'est la catastrophe assurée. Car non seulement c'est faire l'apologie de l'invérifiable et le lit des escrocs, mais c'est aussi professer des vues fausses, du point de vue du fonctionnement de l'univers. Les phénomènes sont impermanents, les terres pures de Jésus sont du domaine du créé et donc de l'impermanent. Non seulement il n'y a pas de vie "éternelle" telle qu'elle nous est décrite, mais il n'est pas l'unique Fils de Dieu (après tout, c'est un titre qu'on peut donner aux bouddhas). De plus, aucune réalisation ne peut venir de l'extérieur. A nouveau, le croire n'est pas un souci, cela peut avoir de bons effets, mais le présenter comme une vérité à ceux qui ont l'esprit assez clair pour voir que c'est faux, c'est une erreur funeste qui discrédite l'ensemble. C'est ainsi que le christianisme s'est peu à peu discrédité aux yeux des élites et des penseurs, qui ont ensuite influencé le reste de la population.
Bref, il est tout de même extraordinaire que Jésus n'ait pas prévu que son enseignement allait fiche un bazar pareil sur la planète, parce que des gens un peu moins idiots que la moyenne allaient s'apercevoir de l'escroquerie, et vouloir se libérer de toute religion pour n'en faire qu'à leur tête. Sans lui, il y aurait encore une religion (et donc un semblant de bon sens) dans les pays occidentaux, qui en seraient probablement restés à des religions assez légalistes, comme l'islam ou le judaïsme. Il a soi-disant aboli les anciennes lois pour venir nous enseigner l'amour du prochain, il faut voir le résultat. C'est à se demander s'il avait l'esprit si clair que ça. Sans lui, on se porterait globalement beaucoup mieux. Il y aurait évidemment des guerres, comme il y en a toujours eu, mais au moins on ne serait pas en train de respirer et de manger des produits chimiques toutes la journée. Ensuite, la sainte Vierge a beau jeu d'apparaître et de dire que Dieu n'est pas content du tout de notre comportement, et les prélats de vitupérer, mais qui a pris les gens pour des idiots en premier lieu en enseignant des vues fausses ?
(Ce post n'annule pas ce que j'ai dit ailleurs sur l'inspiration qu'on peut trouver dans le christianisme. C'est un autre aspect des choses, plus global).
















