Au sujet des lions et des moutons, et de la volonté
En fait, je ne sais trop pourquoi Bertrand a parlé de lions et de moutons, car ce n'est pas ma vue. Ma vue, c'est qu'il existe certainement des gens qui se comportent comme des moutons dans leur propre univers du fait de leur vue dualiste, et certainement d'autres gens qui se comportent comme des lions dans leur propre univers du fait de la même vue dualiste. Que ces personnes intègrent l'aspect opposé, c'est certainement une bonne idée, quoique cela ne leur donnera pas la vue de la vacuité, qui est : ni A, ni non-A, ni A et non-A, ni non (A et non-A) (cf Nagarjuna). Dans ma propre vue, je fais un avec la nature de mon esprit, il serait donc un peu étrange de vouloir accepter ou refuser quelque chose (tomber d'un côté ou de l'autre, pour reprendre les mots de C* Rinpoche), puisque c'est mon esprit qui crée tout. Certes je n'ai pas déraciné les vasanas qui produisent de l'attraction et de la répulsion au niveau de l'action, et ma méditation est loin d'être parfaite. Mais au niveau de la vue, c'est parfaitement clair.
Il me semble que si une personne doit me prêter une vue dualiste qui n'est pas la mienne, c'est qu'elle-même pourrait bien s'imaginer qu'il y a un certain Dieu qui aurait certains plans pour nous. Mais ce n'est pas la façon dont je traite les situations pour ma part, que je conçois comme un mélange de mon propre karma et de ma propre volonté.
L'autre jour par exemple, je me retrouvais dans une situation extrêmement compliquée avec 4 ou 5 issues possibles présentant toutes des avantages ou des inconvénients. Ici on voit clairement l'avantage de la vue dualiste "Mon Dieu que Ta volonté soit faite". Malheureusement, je sais que dire cela revient simplement à laisser le karma suivre son cours, car dieu n'a aucune volonté. En l'absence de volonté claire c'est donc la force motrice du samsara qui agit = le karma. L'autre position consistant à dire "Je veux que ça tourne comme ci comme ça", n'est pas bonne non plus, puisqu'ici c'est l'ego qui parle avec sa vue limitée.
Ne reste plus qu'à contacter ma propre volonté indicible qui est un pouvoir en cours de développement appartenant à mon état naturel. Cette volonté a potentiellement tout pouvoir, mais elle n'est pas un Dieu extérieur, pas plus qu'un instrument de l'ego. C'est la même chose qui permet aux avatars de formuler des sankalpas, à ceci près que les avatars ayant consciemment unifiés à cette volonté (alors qu'une grande partie est inconsciente chez moi), ils peuvent agir directement. Quand on dit qu'un saint est toujours exaucé par Dieu, il n'y a pas deux, le saint et Dieu, il y a une conscience consciente de sa nature divine. Même si on ne l'a pas réalisé pleinement, cela n'empêche pas que la vue (qui précède ontologiquement la méditation et l'action) soit claire.
Pour en revenir au début de ce post, la distinction que je fais serait plutôt entre ceux dont la vue est dualiste, et qui doivent donc choisir des pratiques en rapport avec cette vue dualiste où samsara et nirvana sont séparés (sutras et tantras inférieurs), et ceux dont la vue n'est pas dualiste, qui doivent également choisir des pratiques en rapport avec leur vue (tantras supérieurs et dzogchen).
Ensuite s'il m'arrive de demander l'aide de Gourou Rinpoche, ce n'est pas pour réclamer une aide "extérieure", mais plutôt dans l'optique de demander à un bouddha de m'aider à contacter/clarifier/développer ma propre volonté, puisque tous les bouddhas perçoivent ces sortes de choses à mon avis, en sorte que j'ai tout à fait confiance qu'il ne me fera jamais faire quelque chose que ma part divine ne souhaite pas.
On pourra me demander comment un bouddha pourrait nous faire faire quelque chose que notre part divine ne veut pas. Je dirais plus exactement que si cette volonté n'est pas développée, elle ne sait pas trop ce qu'elle veut, en plus on ne l'aide pas, et on laisse alors ceux qui ont une volonté décider à notre place. Par exemple, Amma a une volonté propre, qu'elle fait passer pour la volonté de Dieu, et il est évident que tous ses dévôts la laissent choisir pour eux. Ce qu'ils ignorent, c'est qu'elle n'hésitera pas à les sacrifier pour ses propres plans, et que le bien commun ne se marie pas forcément avec le bien individuel contrairement à ce qu'on essaie de nous faire croire. Par exemple, si elle a besoin d'une personne pour diriger son organisation dans un pays, que cette organisation va faire beaucoup de bien à un grand nombre, mais que cette personne va développer en même temps de nombreux défauts, comme le goût du pouvoir et des jolies filles, tant pis pour elle. C'est ainsi qu'on peut constater que les maîtres utilisent des gens dans leur staff, et que ça n'est pas toujours au bénéfice de ces personnes. En fait dès qu'on entre dans l'entourage d'un maître, il y a le risque d'être utilisé à ses propres dépens pour un bien qu'il estimera supérieur. Par exemple une personne cherchant sincèrement la réalisation va faire de la maçonnerie et de la peinture tout sa vie, et n'aura rien réalisé du tout à sa mort. En plus, certains maîtres mettent en garde contre cela. D'un autre côté, si on est assez idiot pour faire confiance à quelqu'un d'autre, il ne faut pas s'étonner. Comme l'a dit un grand lama à un ami "Ne fais confiance à personne, pas même à ton lama". Et pour appuyer ses dires il lui a "volé" un objet très précieux en lui faisant croire qu'il n'avait aucune valeur, disant ensuite que ce dont il avait besoin, il le prenait (aux dépens des autres, donc).
La leçon cependant n'a pas été entendue, car cet ami est persuadé que l'homme n'a aucune volonté propre, que tout est le déroulement du karma. Alors même que quelque part il voudrait quand même bien quelque chose (un enfant et plus d'argent), détecté à plusieurs reprises par des voyantes. Le problème, c'est qu'il croit que cet enfant et cet argent font partie d'un plan divin qui ne se révélera que si lui-même ne veut plus rien. En conséquence de quoi ça fait 5 ans qu'il attend (puisqu'il y avait une date donner par les voyantes et astrologues). De même il voulait devenir un bouddha, mais pensait aussi qu'il ne fallait pas le vouloir. En conséquence de quoi sa sadhana piétine loin de la bouddhéité. On trouve un autre exemple éclatant de cette confusion chez Mère, qui a obtenu tout ce qu'elle "voulait". Mais concernant la transformation complète du corps physique, elle croyait ne rien devoir vouloir, elle pensait que le Suprême avait un plan. Elle lui a demandé pendant 20 ans quel était ce plan, et apparemment n'a jamais eu de réponse, ne comprenait pas pourquoi il restait tellement silencieux. La raison, c'est qu'il n'avait aucun plan, et que c'était à elle de choisir. ça s'est donc fini en queue de poisson, elle est morte stupidement parce qu'elle n'a pas manifesté de volonté à ce sujet. Si elle avait manifesté une volonté, elle aurait trouvé, car il existe des pratiques pour réaliser ce qu'elle voulait (un corps d'immortalité doté d'une volonté propre, c'est-à-dire actif).
















