Dans tes rêves
Au fond, je me demande ce qu’un individu normal peut dire d’un tulkou ou d’un Rinpoche, de même que de quelqu’un qui aurait fait la guerre du Viêt-nam. C’est vrai, je n’ai pas fait la guerre, et je ne sais pas ce que c’est. Je n’ai pas non plus traversé le Pôle Sud à pied ni l’Atlantique à la nage. Je ne sais pas ce que ça peut changer chez un individu. De même que certaines épreuves peuvent changer complètement une personne, certaines pratiques ont également ce pouvoir, à conditions qu’on les fasse. Or, justement, les tulkous sont obligés de les faire, de même que nous sommes obligés d’aller à l’école. C’est leur école. A 8 ans, on les enferme dans une cabane avec un vieux pour faire leurs préliminaires. A 10 ans, on les enferme pour leur première retraite de 3 ans. A 15 ans, à l’âge où ils commencent à regarder du côté des jeunes filles, on les réenferme pour faire les yogas de Naropa, parce qu’il n’est pas question qu’ils baisent à droite à gauche avant de maîtriser tout le machin-bidule. Après ça, plus tellement intéressés par les jeunes filles, ils se réenferment éventuellement eux-mêmes pour une autre retraite de 3 ans… etc…
Au fond, qu’est-ce qu’on sait de tout ça ? Pas plus que de la vie de Rambo. Alors on peut dire de loin « Rambo a l’air ceci ou cela », mais à part nos propres projections, qu’est-ce que ça peut être ?
J’en parlais ce soir avec Alix. Si vous prenez n’importe quelle gosse et que vous lui faites subir le traitement des tulkous, est-ce qu’il n’est pas obligé d’être réalisé à 20 ans ? Pourra-t-il faire autrement ? Peut-on passer à travers certaines pratiques et ressortir idiot ? Surtout si on est un gamin ?
C’est comme le piano. Si on le commence à 40 ans, le résultat sera très aléatoire. Si on commence à 5 ans, et qu’on est obligé d’en faire 8 heures par jour, on finit virtuose. Virtuose obligé.
De même, je pense que les tulkous sont des réalisés obligés. Ce qui me fait dire ça, c’est que si vous faites à 40 ans le dixième de ce qu’il on fait à 10 ou 15 ans, vous allez déjà voir ce que ça va bousculer chez vous.
On peut mesurer la puissance d’une pratique à ce qu’elle bouscule. Par exemple, si vous commencez le tai-chi, vous allez voir dans les cours qu’il y a des gens qui manifestent des symptômes bizarres, ou tombent malades. Cela veut dire qu’il y a chez eux des résistances qui ont été touchées. Si elle est bien faite, la pratique va brûler ou dénouer ces résistances, et quand ce sera fait, on pourra aller plus loin. Et toucher d’autres résistances. Etc. C’est pour cette raison qu’on dit que certaines pratiques sont dangereuses. Vu comment certains pètent déjà les plombs au chi-qong ou au vipassana, on n’ose pas imaginer ce que ça donnerait avec le reste. On dit d’ailleurs des tantras qu’il y a 4 résultats possibles : « La folie, la maladie, la mort, ou la réalisation ». Si on n’est pas passé au travers, on peut éventuellement se gausser de ceux qui l’ont fait, mais on sera comme le gars dans son fauteuil qui en regarde un autre grimper l’Everest à la télé « bah qu’est-ce qu’il se traîne ! Moi j’irais plus vite ! ».
Ce qu’il y a derrière cette attitude, c’est que certains tout simplement ne veulent pas savoir qu’il existe des gens différents d’eux. « On est tous au même niveau et basta. Le Rinpoche qui se la pète sur son trône, il n’a rien de plus que moi ». Et moi, l’Everest, je te le grimpe au petit-déj’.
















