Entre ses mains
Ce soir je suis allé voir « Entre ses mains ». Il est intéressant de voir comment les américains et comment les français traitent un même sujet (en l’occurrence, la Belle et la Bête). En France, c’est cru, on voit les boutons sur la gueule des gens, les banlieues blafardes avec les camions poubelles, la tristesse d’une sortie au restaurant « en amoureux », les gens qui n’arrivent pas à se parler, la vie en entreprise telle qu’elle est vraiment… Aux US, ils vous enrobent ça de quelque chose de totalement onirique qui fait qu’on est carrément dans un autre monde, dans un rêve, en fait. Ce rêve peut être un cauchemar, mais c’est clairement un rêve, et il s’avoue comme tel. Je préfère nettement la façon américaine, les forêts dans la brume, les pas qui résonnent sinistrement dans les couloirs, et les acteurs bien maquillés. Evidemment, les histoires américaines sont factices d’un bout à l’autre, tout est fabriqué, mais d’une certaine manière ça résonne plus profond. Les discussions entre Hannibal et Clarice sont bien plus archétypales que les conversations entre Claire et Laurent. Pourtant, ça commençait assez bien, au niveau des dialogues. Mais assez rapidement, les personnages se sont mis à ne plus rien dire, et c’est devenu moins intéressant. Très bien joué par contre. La nana est un peu énervante, à moitié coincée, à moitié au bord de la crise de nerfs, et pas franchement attirante à mon avis (comme je l’ai dit plus haut, on voit trop de détails). Le mec n’est pas plus attirant, d’ailleurs, mais il joue vraiment bien. Il a d’ailleurs perdu son accent belge, depuis « C’est arrivé près de chez vous ».
Un autre point qui m'a frappé, en dehors de l’aspect merdique de la vie de tous ces gens qui se font chier à mort et attendent toute leur vie qu’ils se passe quelque chose qui n’arrivera jamais, c’est l’orgueil de la nana. Certains pourront y voir de la bonté, de l’amour, je n'en sais trop rien (ils sont aussi dépressifs ensemble que séparés, on se demande où est l'amour), mais on peut y voir l’orgueil à coup sûr. Croire qu’elle peut l’aider, c’est de la folie. Mais bon, les gens sont fous. A sa place, je pense que je l’aurais dénoncé et que je serais allé le voir en taule. Je n’aurais jamais pensé pouvoir l’aider – il n’y a que la pratique qui puisse défaire des trucs pareils.
J’ai remarqué la même chose pour la série Lost. Très bonne série, d’ailleurs. Les gens essaient de s’entraider, de se réconcilier, se pardonnent etc… en ce qui me concerne, je veux bien aider les gens, mais quelqu’un qui m’envoie chier, je n’insiste pas, il continue sans moi. Je veux bien faire le premier pas, mais pas le deuxième. Et pour connaître quelqu’un qui fait le premier, le deuxième et le troisième, il en a résulté bien des problèmes. Aujourd’hui, Kathok Rinpoche a fait un enseignement sur cette question : à vouloir trop aider les gens, on donne la mauvaise chose à la mauvaise personne, et il peut en résulter beaucoup plus de mal que ce qu’on imagine. De la colère, de la haine. Quelqu’un a demandé « pour qui ? ». Le lama a répondu : « pour celui qui donne, et pour celui qui reçoit ».
Le blog, c’est une bonne formule. On ne donne pas. On dépose, comme on déposerait quelque chose sur le trottoir. Prend qui veut. Il y a même des masos qui prennent mon blog pour une crotte de chien et qui viennent régulièrement y mettre leur chaussure.
















