06 - Le camp d'entraînement
Undalyn et Yaël partirent à l'aube. Le temps s'était dégagé, le ciel était vaste et bleu, l'air vif sentait l'humus, le bois et le champignon. C'était la mi-septembre, les arbres commençaient à se parer de couleurs magnifiques, jaune d'or, rouge vif, et parfois violet. La région était assez boisée, les rares champs qu'ils croisaient semblaient abandonnés. Dès qu'on s'éloignait un peu trop des villes, la campagne n'était pas sûre, et la plupart des habitants s'étaient réfugiés dans des villages fortifiés où il était plus facile de se défendre contre les monstres.
Après avoir chevauché toute la matinée et une partie de l'après-midi, ils parvinrent aux abords d'un camp d'entraînement : cinq bâtiments de taille moyenne à grande (administration, dojo, réfectoire, dortoir, écuries) derrière lesquels un parcours parsemé de divers obstacles partait en direction de la forêt. Il y avait également une dizaine de cercles en sable où l'on s'entraînait aux maniement des armes devant une audience de connaisseurs, et trois champs de tir à l'arc. A cette heure de la journée, le camp grouillait de vie, soldats, mercenaires, Rangers... des humains autant que des Eldars, il ne semblait pas y avoir de distinction d'espèce ou de rang, le seul mérite était celui des armes. La plupart semblaient se connaître, l'ambiance était à la franche camaraderie.
Ils laissèrent les chevaux au palefrenier avec un bon pourboire, sorti de la poche de Yaël, puisqu'il s'était engagé à couvrir toutes les dépenses. Ils se dirigèrent ensuite vers le bâtiment administratif pour se présenter à l'accueil, tenu par un Eldar à l'air particulièrement arrogant. C'était un peu une spécialité de l'espèce, mais certains y brillaient plus que d'autres. Celui-là estimait visiblement qu'il était au-dessus de cette tâche subalterne qui lui avait échu par un malheureux concours de circonstances, et prenait de haut tous ses interlocuteurs. Yaël était certain que s'il s'était présenté à la place d'Undalyn, ce type aurait continué à lire son journal sans prendre la peine de lui répondre. Par chance, Undalyn n'était pas le genre de personne qu'on ignore.
- Nous souhaitons utiliser les installations pour l'après-midi.
Peut-être finalement qu'on pouvait l'ignorer, car l'autre ne bougea pas d'un poil.
- Décolle ton cul de ce fauteuil, petit. Je n'ai pas que ça à foutre.
Toujours rien.
Finalement, Undalyn se pencha pour examiner l'arrière du comptoir, où il récupéra deux badges. Le type sauta de son fauteuil comme si raie l'avait piqué.
- Où est-ce que vous vous croyez ?
L'ignorant royalement, Undalyn reprit la direction de la sortie, Yaël sur ses talons.
- Eh ! Rendez-moi ces badges !
- Viens les chercher.
A la sortie, Undalyn fut hélé par un grand roux à la démarche souple et assurée, le genre de gars courageux et honnête que par le passé, Yaël aurait mis à la tête d'une compagnie de gardes rien que sur sa bonne mine. Vêtu tout en cuir marron, veste épaisse, pantalon à lacets, avec une épée longue dans le dos, il lui sembla que ce devait être un Ranger.
- Undalyn ? Ma parole c'est bien toi ! On te croyait mort ! Ça fait un bail.
- Salut Cedrik.
L'autre lui donna une grande tape dans le dos, qui d'ailleurs ne fut pas réciproque. Undalyn n'était pas du genre à donner dans la familiarité.
- C'est qui le connard de l'accueil ?" demanda-t-il simplement.
- Lui ? Bah, tout le monde l'ignore. Tu as un nouveau serviteur ?
- Un ménestrel.
- Il sait manier l'épée, ou juste la guitare ?
Evidemment, se balader avec un étui à cithare dans un camp d'entraînement, c'était s'exposer à ce genre de réflexion. En même temps, c'était une pièce unique, acquise chez un luthier réputé pour une coquette somme d'argent, et Yaël n'aurait pas risqué de la laisser sans surbeillance.
- C'est ce que je voudrais savoir.
- Tu auras le temps de t'entraîner avec moi ? J'ai progressé, tu sais, et tu me dois une revanche.
- Dès que je l'aurai testé.
- Je joue aussi au poker" ajouta Yaël qui ne voulait pas rater une occasion d'arrondir sa bourse, car il se doutait qu'avec Undalyn, il verrait plus de trous paumés que de bonnes tables.
Ce dernier lui donna un tape sur l'arrière de la tête pour le faire taire.
- Non mais ça peut m'intéresser" protesta Cedrik. "Il y a aussi Reno qui traîne dans le coin, on n'a rien contre une bonne partie.
- Laisse tomber, c'est un pro, vous allez finir en slip.
Cedrik haussa les épaules.
- Et donc, qu'est-ce que tu fais dans le coin ?
- Il paraît qu'il y a ces deux araignes...
- Ah, celles-là... elles ont encore embarqué un villageois hier soir. Mais personne ne veut s'y coller, trois cents florins, tu parles, une misère.
- Elles vont faire des petits.
- Le Roi n'aura plus qu'à envoyer son putain de Sorcier.
Undalyn tiqua légèrement à cette mention, puis se tourna vers Yaël.
- Allez viens, on ne va pas y passer la journée.
Il fit signe à Cedrik qu'ils se retrouveraient plus tard.
- C'est un Ranger lui aussi ?" demanda Yaël.
- Un bon.
Undalyn le conduisit ensuite sur l'un des champs de tir.
Pour commencer, il voulait vérifier qu'il était bien le tireur d'élite qu'il avait prétendu le matin-même, pour le rassurer. Mais on ne rassure pas ce genre d'homme avec des paroles.
Quand on ne connaissait pas Yaël, on avait l'impression qu'il se vantait de toutes sortes de choses extraordinaires, alors qu'il ne faisait qu'exposer des faits somme toute assez banals de son point de vue.
En l'occurrence, il avait toujours aimé le tir à l'arc, parce que son corps calculait tout seul les trajectoires en fonction de nombreux paramètres qu'il n'aurait même pas su énumérer. Atteindre une cible, fixe ou mouvante, lui était tout simplement la chose la plus naturelle au monde, peut-être parce que les Asûrim androgynes avaient une densité neuronale très supérieure aux humains, et même aux Eldars. Il avait pris avec lui son arc - un petit bijou de précision trouvé dans une boutique d'antiquités (!), un multicouches pas très différent de ceux en matériau composite dont il avait l'habitude dans son ancienne vie -, ainsi que ses flèches. Après qu'il en eût mis quelques unes dans le mille à cinquante mètres, Undalyn lui vola les pommes de Biscotte et les jeta en direction des nuages. Il en embrocha trois avant de mettre le holà. Des bonnes pommes comme ça, on n'en trouvait pas tous les jours. De toutes façons, Undalyn était amplement convaincu.
Ils se dirigèrent ensuite vers l'un des cercles réservés à l'entraînement aux armes.
Pas mal de gars s'entraînaient autour d'eux, la plupart étaient plus grands que Yaël. C'était un domaine presque exclusivement masculin, et les quelques femmes qui se trouvaient là n'étaient pas trop affriolantes. Elles faisaient au moins sa taille et son poids - un mètre quatre vingt quinze, quatre vingt cinq kilos tout mouillé, mais bien sec -.
Lors de son séjour sur Unasin, il avait constaté qu'il existait là une certaine mode de la femme combattante, toutes sortes de films et séries qui montraient des pin ups aux bras épais comme des baguettes de restaurant chinois, dérouillant des types plus gros que lui. Le mythe de l'amazone revisité par des mâles manquant totalement de sens pratique. Risible. Le métier des armes est dur, il demande de la résistance et de la force physique. Et les femmes ne sont pas plus rapides que les hommes, en vertu de quoi le seraient-elles ? Le système nerveux est le même. Alors forcément, celles qui s'y collaient n'étaient pas les plus appétissantes.
L'une d'entre elles, une grande fille de près de deux mètres de haut, le cheveu court et la mâchoire carrée, du genre à louer ses services comme mercenaire et à tirer sur un faisan à bout portant, s'approcha d'eux.
- Salut Undalyn. C'est ton nouveau partenaire d'entraînement ? D'où est-ce que tu le sors ?
- C'est mon serviteur.
- Encore un ? Mais qu'est-ce que tu en fais ?...
Il souffla violemment par le nez.
- Espérons que tu feras plus attention à celui-là" continua la fille : "Il est drôlement joli d'ailleurs... Tu as viré de bord ?
Undalyn s'immobilisa si brusquement que Yaël lui rentra dedans.
- Fais attention à ce que tu dis, Gerta.
- Moi tu sais, je m'en fiche. Et ne crains rien, je ne le répéterai à personne.
- Tu es juste en train de le dire devant tout le monde, et en plus, c'est faux. Tu m'en veux parce que je ne t'ai pas baisée la dernière fois qu'on s'est vus ? Fais moi une réputation, et je te promets, ce n'est pas d'être une femme qui te sauvera d'avoir tous les os cassés.
- Ça va, pas la peine de t'énerver.
- Je suis très calme. Et je suis disponible, si tu veux t'entraîner" fit-il avec un sourire mauvais.
Comprenant ce qui l'attendait, elle recula :"Ça va, je vais plutôt continuer avec Jenek. Je te souhaite une bonne journée".
- On dirait que vous partagez mon aversion pour ce type de femmes" déclara Yaël lorsqu'elle fut à bonne distance.
- J'en ai connu une, dans le passé, une Ranger. Aussi grande et forte que celle-là, mais un caractère assez doux. Son père était maître d'armes, elle avait perdu sa mère. Il n'avait pas su lui apprendre autre chose, je suppose, et elle avait des dispositions.
- Pour le reste aussi ?
- La pauvre, elle m'a fait pitié, d'autant qu'elle n'était pas si belle que ça. Il n'y avait pas tant de gars qui voulaient d'elle" fit Undalyn en soupirant.
- Pourtant il y a plein de gars qui aiment les femmes plus fortes qu'eux.
- Pas dans notre métier. Elle était respectée, certainement, mais pas davantage.
- Vous l'aimiez bien.
Il haussa les épaules.
- C'était une brave fille, gentille.
- Elle est morte ?
- J'ai eu la bêtise de la prendre avec nous, à l'époque je faisais équipe avec Cedrik. La pauvre, elle était encore bien jeune. En même temps, elle n'a pas souffert... Son père m'a haï. Il me hait encore. Quoi qu'il en soit..." il se tourna soudain vers Yaël :"Tu vas me faire le plaisir de trouver une soutane ou quoi que ce soit qui pourrait y ressembler.
- Quoi ?!
- Tu m'as bien entendu. Désormais, tu seras le Père Evangelos. L'autre possibilité, c'est que tu t'habilles comme un homme. Un vrai.
- Négligé, sale, et puant, vous voulez dire.
- Ton choix.
Yaël ne répondit rien.
- Et puis montre-moi ça" fit Undalyn en lui prenant son épée. "Tu sais t'en servir ?
- Raisonnablement.
Il fallait savoir qu'une des activités favorite des classes supérieures, chez les siens, consistait à s'embrocher mutuellement au cours de duels à l'épée, qui avaient lieu pour les motifs les plus futiles, voire pour le simple plaisir. En effet, la capacité de régénération des Asûrim leur garantissat de s'en tirer à bon compte la plupart du temps. Comme tous les jeunes gens doués, il avait péché par orgueil et s'était quelque peu surestimé, avant de comprendre que les meilleurs bretteurs étaient les plus vieux, et qu'il lui faudrait beaucoup d'entraînement pour devenir bon. Chez une espèce quasi-immortelle, le don inné et la génétique ne pouvaient pas compenser des siècles d'entraînement, comme c'était le cas chez les humains. Il s'était donc pris au jeu, multipliant les cours particliers avec les meilleurs maîtres d'armes, et en trois ou quatre siècles il était devenu un adversaire assez respecté.
Vers l'âge de mille ans, alors qu'il ne se trouvait plus que deux ou trois adversaires à sa mesure dans tout le Royaume, une curieuse aventure lui était arrivée. Il avait été défié par un parfait inconnu - apparu comme par magie sur la terrasse qui jouxtait sa chambre malgré toutes les défenses du Palais - qui avait véritablement tenté de le tuer. Après un duel épique au cours duquel il avait évité la mort de justesse, son adversaire lui annonça qu'il était admis dans le cercle restreint des meilleurs épéistes de l'Empire, un groupe d'une centaine de personnes qui se réunissaient régulièrement. Il s'agissait pour la plupart de haut fonctionnaires originaires des provinces les plus variées des neuf Royaumes, dont le plus jeune n'avait pas moins de cinq siècles, qui partageaient entre elles toutes leurs découvertes et bottes secrètes. Il y avait appris des choses intéressantes, pas seulement sur le combat à l'épée, s'y était fait quelques amis, et avait affronté des gens meilleurs que lui.
Après cette pause d'une dizaine d'années passées en compagnie du Père Seraphim, un homme dont les seules armes étaient l'hesychia, le travail et le jeûne, il pensait ne jamais s'y remettre. Mais les Lophora, ces étranges créatures, en avaient décidé autrement. Il avait été rappelé sur Akanishta, où il avait fait la connaissance d'un certain androgyne, un dénommé Ryndil, vieux de plus de trois mille ans, un expert comme il n'en avait jamais vu, qui s'était mis en tête d'améliorer sa technique. Au final, il ne devait pas être trop mauvais selon les standards des Eldars puisque Andreas Némès avait jugé qu'il lui serait plus utile comme sparring partner que comme source de revenus. Ils étaient devenus amis, et Némès lui avait même proposé de devenir son associé, ce qu'il avait diplomatiquement refusé. Mais Undalyn... quels étaient ses standards ?
Aucun des cercles n'était libre malheureusement. Ils n'avaient pas la possibilité d'utiliser les aires d'entraînement, réservées aux maîtres d'armes salariés par le camp, en revanche trois cercles de duel étaient disponibles en libre service.
Ceux-là fonctionnaient comme des tables de ping pong. Le vaincu laissait sa place au suivant, et ainsi de suite. Un vainqueur pouvait bien entendu se retirer quand il le souhaitait.
Undalyn lui désigna les trois cercles :"Vert, rouge, noir. Débutant, intermédiaire, confirmé. Qu'est-ce que tu choisis ?
Ça marchait comme au ski.
- Noir, avec les télésièges.
Undalyn me regarda bizarrement.
Du matériel était mis à disposition, des épées, des sabres, des dagues, des tridents, des boucliers... et des ceinturons, qui semblaient générer un champ de protection magique autour du corps. On voyait des étincelles jaillir de chaque point d'impact, à chaque fois qu'un combattant faisait mouche.
- Comment ça marche ces ceinturons ?" fit Yaël en s'asseyant à côté d'Undalyn pour attendre son tour.
- Ils fournissent différents genres de protection. Bouclier intégral, demi-bouclier uniquement sur l'avant du corps, ou bouclier au dixième, qui laisse passer un dixième des impacts. En fonction du type d'impact ils se déchargent plus ou moins vite. Chacun contient trois vies. Si tu reçois trois blessures mortelles ou invalidantes, tu as perdu. Les blessures moins graves sont également comptabilisées, selon un calcul complexe.
- Ça doit coûter cher, ce genre de matériel, non ?
- Le camp emploie deux mages à plein temps pour les recharger. C'est le vaincu qui paie le matériel. Cinquante florins à chaque tour, ou une journée de corvée. Enfin ça dépend, il faut consulter le règlement.
- Payables avec mon argent je suppose.
Undalyn esquissa un sourire.
- Les armes sont gratuites, en revanche, sauf si on les casse.
Lorsqu'une place se libéra, Undalyn le prit par le col et le jeta dans le cercle sans prévenir, avant que quiconque puisse s'avancer. Yaël se réceptionna comme il put, évitant tout juste de finir à plat ventre. Son adversaire était un grand gaillard qui maniait une épée relativement longue mais pas trop lourde, un bouclier rond dans l'autre main. Un gaucher. Il l'avait observé un peu, il était fort, mais il avait répéré une faiblesse sur son côté droit. Cela dit, il n'était pas certain qu'il se laisserait prendre deux fois de suite.
Il rentra sa tresse dans le dos de sa veste et prit un ceinturon. Ensuite il tira sa dague et son épée.
Le type s'aperçut très vite qu'il n'avait pas affaire à un novice, ce qui n'y changea rien. Ni pour les suivants. Yaël resta une demi-heure dans le cercle, où il épuisa sept hommes de diverses capacités. Il commençait à se sentir très sûr de lui lorsqu'il se retrouva subitement face à Cedrik.
Ce dernier ne se battait pas avec sa propre épée, qui devait être enchantée, mais il avait pris dans le râtelier deux épées raisonnablement longues, d'un poids modéré.
Yaël n'aimait pas les combattants qui maniaient deux épées. Soit ils étaient très mauvais, soit ils étaient très forts. Par chance, c'était la spécialité de son ami Ryndil, en sorte qu'il en avait quelque expérience.
Comme on s'en doute, Undalyn, qui semblait proche du sommeil profond un instant plus tôt, manifesta un soudain regain d'intérêt. Et Yaël, qui ne s'était pas trop fatigué jusque-là, fut contraint de se trouver des ressources insoupçonnées.
Il n'y eut pas de round d'observation, Cedrik le prit juste par surprise, sachant qu'il ne le connaissait pas, ni lui, ni la force et la rapidité des Rangers. Il se fit tuer dès le premier assaut, bien qu'il parvînt à dévier le premier coup. Ses adversaires précédents l'avaient habitué à un certain rythme, bien trop lent, il dut vraiment se réveiller. Pendant une minute, il évita de l'affronter, multipliant les esquives tout en étudiant les schémas de ses attaques - si le cercle avait été plus grand ils auraient fait une compétition de course. Il lui sembla finalement qu'il était plus rapide des bras que des jambes, en sorte que lorsqu'il initiait une combinaison, il lui était difficile d'en changer en plein milieu sous peine de se déséquilibrer. Il se fit tuer une deuxième fois en essayant de lui faire sortir ses combinaisons favorites. Et une troisième fois plutôt bêtement. Quel dommage.
Le brave homme, constatant son chagrin, lui lança un second ceinturon. Personne ne s'interposa.
Yaël ne parvint jamais à tuer son adversaire, qui après tout était un mutant, mais il parvint à le toucher à plusieurs reprises, et à l'éviter avec un certain succès. Il se fit avoir à l'usure, tout ce sport lui coûtait beaucoup trop d'énergie, et il n'en avait pas une quantité infinie. Ce qui lui manquait, c'était d'avoir étudié le combat à l'épée lourde et de s'être finalement cantonné à une arme légère, qui demandait surtout de la finesse. Avec la force qui était la sienne en tant qu'Asûrim, il aurait pu faire jeu égal avec Cedrik. Au fleuret, elle ne lui servait à rien.
Après sa sixième mort, il était prêt à s'effondrer sur le sol, lorsqu'à son grand étonnement Cedrik le prit dans ses bras et le serra très fort, comme les hommes virils savent le faire.
- Tu me plais petit ! Viens chez nous, tu ferais un bon Ranger.
- J'aime mieux jouer de la cithare...
Il le déposa à côté d'Undalyn, qui le considérait avec un respect nouveau.
- Alors ? Ma revanche ?" demanda Cedrik.
Un autre type s'était levé pour l'affronter, mais quand Undalyn s'avança, après avoir confié ses épées à Yaël, il fit prudemment marche arrière.
Undalyn se dirigea vers le râtelier pour en tirer deux épées à deux mains, lourdes et longues. Vu son poids, il pouvait se le permettre.
- On se règle au dixième ?" proposa Cedrik.
- Tu vas avoir mal.
- Toi aussi.
- Je ne pense pas.
Ils se mirent torse nu pour éviter de réduire leurs vestes en lambeaux. Cedrik était un beau gars fin et musclé, assez dans le genre de Yaël. Quant à Undalyn, malgré sa masse, il bougeait comme une panthère, on aurait dit que ses épées ne pesaient rien, Yaël se disait qu'en face de lui, il aurait simplement pris la fuite. Mais Cedrik était un Ranger, rien ne lui faisait peur.
Ils commencèrent à se tourner autour, multipliant les feintes, mais sans s'affonter vraiment.
Le premier impact réel fit tinter les oreilles de tous les spectateurs, le deuxième projeta Cedrik à terre, et le troisième fit voler en éclats l'une de ses épées, tandis que sa ceinture émettait un bip caractéristique. Il avait une large traînée de sang sur la poitrine. Undalyn lui tendit la main pour l'aider à se relever.
- Prends le bouclier intégral, je suis obligé de retenir mes coups, et ça me ralentit.
- Merde, tu déconnes.
- Prends-le.
Au même moment, un brun râblé s'assit à côté de moi, plus tout jeune, une large cicatrice en travers du visage. Lui aussi portait l'insigne des Rangers.
- Je m'appelle Reno.
- Yaël.
- Tu es vraiment ménestrel ?
- Bien sûr.
- Je n'ai jamais vu un naturel aussi rapide que toi. Ni aussi fort.
C'était ainsi qu'ils désignaient les non-mutants.
- Vraiment ? Moi j'en connais un qui l'est bien davantage.
Reno le regarda bizarrement.
- Mais il n'est plus tout jeune..." ajouta Yaël avant de se râcler la gorge.
Le regard de Reno s'éclaira, sous l'effet d'une compréhension soudaine :
- Ha ! Tu ne serais pas l'Asû... le type dont la tête a été mise à prix ?
Yaël secoua énergiquement la tête.
- Une médisance, de la part d'une peste que j'ai refusée en mariage. J'ai dû m'enfuir de chez moi, les voisins voulaient ma peau. Je suis allé voir le Préfet, pour corriger le problème, mais le mal était fait, je suis maintenant poursuivi par une horde de chasseurs de prime.
Il avait toujours eu de l'imagination. Le plus difficile, c'est de se souvenir à qui il avait raconté quoi.
- Mon pauvre gars, il n'y a pas pire qu'une femme éconduite.
Reno n'avait pas cru un mot de son discours, mais les Asûrim, ça n'était pas son problème.
Yaël soupira, puis :
- J'aimerais vous poser une question. Comment se fait-il que vous ayez cette cicatrice en travers visage, et qu'Undalyn n'en ait pas une seule sur tout le corps ?
Reno me considéra d'un air étonné.
- Comment le sais-tu ?
- Eh bien... je le suppose, puisqu'il n'en a pas sur le haut du corps, que nous pouvons tous admirer présentement.
Cedrik venait de se faire exploser une deuxième épée avec fracas. Couché par terre, il essayait de retrouver sa respiration, à moitié assommé. Le bouclier protégeait des blessures, mais ne diminuait pas l'énergie cinétique des impacts.
Reno avait un sourire jusqu'aux oreilles.
- Ah. Parce que, vois-tu, on aurait pu croire...
- Vous savez ce qui va se passer si vous dites des choses pareilles ? Il va me casser la tête. Plus sûrement qu'à vous. Je vous serais infiniment reconnaissant de m'éviter cela.
- Je ne dirai rien, mais tu ne l'éviteras pas, il faut être réaliste. Quand on vous voit ensemble, c'est probablement la première chose qui vient à l'esprit.
- Malheur à moi..." se lamenta Yaël.
- Rassure-toi. Il finira par l'accepter. Il se dira même que, tant qu'à faire, autant en profiter...
Yaël fronça les sourcils.
- Comment pouvez-vous en être si sûr ?
- Je suis vieux, je connais les hommes. Et lui je le connais depuis qu'il a vingt ans.
- Et vous l'avez déjà vu sortir avec un gars ?
- Jamais. Mais avec toi, je suis prêt à parier ma chemise qu'il le fera. Pour répondre à ta première question, il existe des sorts de guérison très efficaces.
Mieux valait en effet changer de sujet.
- Alors pourquoi avez-vous gardé votre cicatrice ?
- Pour me rappeler que c'est arrivé, et que ça peut arriver à nouveau.
- Vous avez été blessé combien de fois ?
- Je ne compte plus depuis longtemps.
- Les sorts permettent de tout effacer ?
- Potentiellement, presque. Mais ces sorts, on ne les a pas forcément avec soi. Certains sont très difficiles à trouver. Ils sont souvent incomplets, cela dit. Ils sont efficaces, mais on peut avoir mal pendant longtemps, alors même que la blessure semble guérie.
- Undalyn a souvent été blessé ?
Il hocha la tête.
- Oh oui. Nous avons voyagé ensemble pendant des années. Il m'a sauvé la vie bien plus souvent que l'inverse, mais il n'est pas invulnérable...
En attendant, Cedrik avait abandonné la piste, dégoûté. Undalyn s'apprêtait à quitter le cercle lui aussi lorsqu'un géant blond, un guerrier du Nord de deux mètres vingt, une montagne de muscles non dénuée de graisse, fendit l'assemblée, attrapa un marteau et une hache dans le râtelier, et lui barra le passage pour l'empêcher de ranger ses armes. Undalyn tenta de le contourner, mais l'autre ne le laissait pas passer.
- Le Chevalier Undalyn aurait-il peur de Thorgar le Brave ?
- J'ai de la route à faire.
La foule se mit à siffler et à huer, comme elle sait si bien le faire dans ces cas-là. Thorgar le repoussa assez brutalement au centre du cercle et l'attaqua bille en tête. Undalyn n'eut pas d'autre option que de parer le coup et de se défendre.
Reno se pencha vers Yaël :
- Depuis quelque temps, Thorgar est le vainqueur incontesté de ces duels dans toute la Province. Malheureusement, sa réputation souffre de celle d'Undalyn. Il ne le laissera pas partir tant que la question n'aura pas été réglée.
Thorgar fut capable de subir les coups sans broncher et d'en distribuer quelques uns qui auraient assommé un éléphant, mais il n'était pas assez rapide. En cinq minutes, il était mort trois fois. Et totalement furieux.
Il jeta ses armes et sa ceinture.
- Bats-toi comme un homme, mutant !
Undalyn comprit que ce fou ne le laisserait pas partir tant qu'il n'aurait pas eu son compte. Il planta ses épées dans le sol, quitta sa ceinture, Thorgar se jeta sur lui sans attendre qu'il soit prêt, précédé par un nuage de sable. Ils roulèrent sur le sol. Yaël nota qu'Undalyn avait le nez en sang, il avait dû prendre un coup de tête au passage, prévisible après le sable dans les yeux. Thorgar ne fit pas dans la finesse, il tenta de l'étrangler de son bras énorme. Undalyn parvint à se retourner et à lui mettre à son tour un coup de tête, mais Thorgar l'avait ceinturé et serrait avec la force d'un python géant. Undalyn réussit à lui assener sur les oreilles des claques assez puissantes pour lui faire lâcher prise, avant de le balayer et de lui placer une clé de bras. Il me semblait avoir une excellente technique de combat à mains nues, mais il ne parvint pas à finaliser sa clé, Thorgar était trop massif, et ne semblait pas tellement sentir la douleur. Toujours en profitant du fait qu'il n'avait pas récupéré une vision normale, ce dernier riposta en lui infligeant une profonde blessure au cou et à la poitrine, avec des ongles probablement taillés en pointe et renforcés, car Undalyn commença à perdre pas mal de sang. Yaël se dit tristement que s'il avait été un homme ordinaire, la foule n'aurait pas accepté une telle tricherie, même si deux mages se tenaient prêts à intervenir avec des sorts de guérison pour le cas où sa vie se serait trouvée en danger.
Sous l'effet du choc, physique ou psychologique, son aura vira soudain au rouge, et il parut basculer dans un autre état de conscience. Il se jeta sur Thorgar comme un fauve furieux et le mordit au cou, comme si tout à coup il se battait pour sa survie, ce qui en un sens n'était pas faux. Lui non plus ne semblait plus sentir la douleur, et sa force semblait décuplée. Abattu sur le sol, Thorgar se protégeait comme il pouvait des coups qui lui pleuvaient dessus. La foule était médusée, personne ne s'attendait à cela. Undalyn était connu comme le brave type fair-play qui se maîtrise en toutes circonstances, pas comme un tigre enragé.
A côté de Yaël, Reno faisait une sacrée grimace.
- Il va le tuer.
Il se leva tout à coup. "Arrêtez le combat ! Stop !
L'un des mages, un type vêtu d'une longue cape noire, s'avança dans le cercle et ses mains jetèrent un éclair bleu, comme une puissante décharge électrique, qui projeta Undalyn cinq mètres plus loin.
Reno courut vers lui, le prit dans ses bras, pour essayer de le remettre sur pied.
- Ça va aller mon vieux, ça va aller. C'est fini. Remets-toi.
Undalyn, en sueur, couvert de sang, commotionné et tremblant, s'effondra sur un banc. Avec une serviette, Yaël essuya le sang qui coulait de sa blessure, mais il lui apparut que cette dernière était en bonne voie de guérison... L'atteinte psychologique était plus sérieuse que l'atteinte physique.
Thorgar fut récupéré par les siens sur une civière, dans un piteux état, et il avait pas mal d'os cassés apparemment car l'un des mages ordonna qu'il soit conduit vers l'infirmerie. L'assemblée commença à se disperser en murmurant. Tout le monde n'appréciait pas les mutants dans le coin, même si Undalyn avait des admirateurs qui se réjouissaient de la défaite de Thorgar. Ici comme ailleurs, amitiés et inimitiés étaient fondées sur des facteurs tragiquement superficiels. Si Yaël n'avait rencontré Undalyn, peut-être se serait-il résigné à redevenir ermite. La société des Eldars était surfaite, comme tout ce qui était mondain, et ne tenait pas ses promesses. Les Eldars se croyaient supérieurs aux humains, mais ils leur étaient très semblables. Un peu plus jolis et un peu moins bêtes, mais pas plus avancés pour autant.
Assis en silence, Undalyn buvait à la gourde que Reno lui avait tendue. Ses esprits lui étaient revenus, et il avait l'air sombre d'un homme qui vient de réaliser qu'il y a quelque chose de pourri au Royaume de Danemark. Cedrik les avait rejoints.
- Je suis désolé, vieux, je ne pensais pas qu'il était dans le coin, il aurait dû partir ce matin.
- Quelqu'un l'aura prévenu de la présence d'Undalyn, et il est revenu" déclara Reno.
- C'est vrai que ça faisait un moment qu'il parlait de toi...
- Tu devrais aller prendre une douche, ça te rafraîchira les idées.
Undalyn finit son sandwich en silence, très concentré. Puis il prit sa serviette et se leva pour se diriger vers les sanitaires. Cedrik le suivit.
- Vous êtes sûr que les gars de Thorgar ne vont l'attendre dans un coin de douche ?" s'inquiéta Yaël.
- S'ils faisaient une chose pareille, ils se déshonoreraient définitivement. Ce sont des hommes fiers, ils ne vont pas se couvrir de honte pour un leader qui a perdu en bonne en dûe forme" fit Reno.
Yaël hochai la tête.
- Il avait une sacrée blessure. Elle a quasiment disparu.
- Il est différent de nous tous. Il a un accès spontané à la magie.
- Quel est le rapport ?
- La magie, c'est le résultat d'un ensemble de mutations. Il est d'une constitution différente. On ne sait finalement rien des enfants qui naissent avec la magie en eux.
D'après les lectures de Yaël, le "sorcier" était par définition une personne dont les émanations étaient alignées sur celles de Una, ce qui lui permettait d'utiliser l'éther. On disait qu'il existait sept degrés d'alignement, sept initiations, sept mutations. Jusqu'au quatrième degré, on parlait d'Apprenti. Au cinquième degré, on parlait de Mage, et au sixième d'Archimage. Il n'en existait guère plus de trois cents sur toute Eldara. Les Archimages étaient sous l'autorité du Gardien, un être supposément omniscient, le seul à détenir la septième initiation, qui ne la confèrait qu'à son successeur. Il est également le seul à pouvoir conférer la sixième. En revanche, les Mages étaient initiés par les Archimages, constituant en quelque sorte leur cercle de disciples. Et ainsi de suite jusqu'au niveau le plus bas.
- Je croyais que les Archimages ne pouvaient pas avoir d'enfants.
- Ils peuvent, c'est seulement interdit. Les contrevenants sont punis d'un aller simple sur Unasin. Sachant qu'il est impossible de se soustraire à l'autorité du Gardien, il y en a très peu. Très très peu.
- Pourquoi est-ce interdit ?
Il haussa les épaules.
- Il paraît que les enfants ne sont pas viables.
- Il m'a l'air assez viable.
- Il ne s'est jamais adapté à la société. Il dort par terre, sans tente, sans couverture, sous la pluie, sous la neige... s'il n'y avait pas ce besoin qu'il a des femmes, ça serait une bête sauvage. Il peut rester sans parler pendant des mois. Il ne se lie pas, psychiquement. Sauf avec les femmes, et seulement pour une certaine chose.
- Avec moi, il parle.
Reno hocha la tête.
- C'est bien ce que je disais. Je suis content qu'il t'ait rencontré. Je finissais par me faire du souci pour lui...
La conversation revenait décidément toujours au même point.
- Vous êtes maître d'armes ?
Reno hocha la tête.
- Il a été votre élève.
C'était une affirmation plus qu'une question.
- Pas très longtemps.
- Comment devient-on Ranger ?
- Tu veux le devenir ?
- Non...
- Alors je ne peux rien te dire. Undalyn t'en parlera s'il en a envie.
- Pourquoi n'est-il pas devenu Archimage ?
- A cause des femmes.
- Les femmes ?
Reno plissa les yeux, puis :
- C'est bien ce que je pensais. Mon pauvre petit, tu n'es pas sorti d'affaire.
- Moi ?
- Tu ne réalises même pas ce que tu viens de me dire.
- Qu'est-ce que je viens de vous dire ?
- Que tu es un Asûrim" fit-il à voix basse. "Malgré tes dénégations.
- Oh... j'ai dit ça ?
- Incontestablement.
- Mazette... je ne peux même pas commencer à comprendre comment j'ai dit une chose pareille. Si vous me faisiez la bonté de me l'expliquer, cela m'éviterait de futurs ennuis.
Reno l'examina attentivement, et dut décider qu'il était un brave type qu'il aimait bien. En même temps, Yaël émanait un incontestable courant de sympathie à son endroit.
- Tu as quatre mutations.
- Vous le voyez ?
- Bien sûr que je le vois. D'ailleurs, tu devrais voir que c'est également mon cas.
- Je vois votre aura, pour sûr. Elle est jolie mais beaucoup moins brillante que celle d'Undalyn.
- Lui, c'est un cas vraiment spécial... Quoi qu'il en soit, il n'y a que deux moyens d'avoir ce que tu as. Avoir reçu quatre initiations dans la carrière de mage, ce n'est pas le cas puisque tu n'y connais manifestement rien, ou bien, être un Asûrim. Vous avez spontanément des pouvoirs nés d'une certaine parenté avec les Lophora, et ils se développent naturellement avec l'âge. Non seulement tu es un Asûrim, mais tu es plus vieux que moi.
- Il y a une troisième possibilité : être né de deux parents qui les ont. Jusqu'au cinquième niveau, c'est permis, je crois.
- Oui. Mais dans ce cas tu en saurais bien davantage.
Yaël n'avait plus qu'à admettre sa défaite.
- Alors c'est quoi cette histoire de femmes, dites-moi. Ça m'intéresse.
- L'éther passe par certains canaux qui sont à moitié physiques et à moitié subtils, comme tu le sais.
Yaël hochai la tête.
- Le corps subtil.
- Lorsqu'on s'entraîne, ce corps se développe.
- Oui, il canalise de plus en plus d'énergie.
- A partir de la sixième mutation, cela engendre comme un feu... un feu froid.
- Ah, comme les coeurs des Lophora.
Il avait failli dire "les réacteurs de vaisseaux spatiaux". C'eût été avouer d'où il venait, en plus du reste. Il avait commis assez d'impairs pour la journée.
- Tu connais ça ?
- Oui.
- Tu as touché ce feu ?
- Bien sûr que non.
Il avait beau être "froid" d'un point de vue purement physique, il n'en brûlait pas moins.
- Précisément. Ensuite, c'est une question de dosage, personne n'atteint la température d'un Lophora, sauf le Gardien, qui n'a plus rien d'humain.
- Bon, mais personne n'est obligé de manifester ce feu quand il est au lit.
- Penses-tu ?
Yaël plongea dans ses propres souvenirs. Indubitablement, son corps subtil connaissait une puissante activation quand il faisait l'amour. Sauf qu'il ne s'était jamais mis à briller comme un Lophora sur le point de passer en hyperpropulsion. Il connaissait un autre genre de feu, plus subtil, mais pas celui-là.
- La sixième initiation, dites-vous, engendre ce feu dans le corps de l'adepte ?
- Proportionnellement à son usage de la magie. C'est pour cette raison que finalement peu réclament la sixième initiation, malgré le pouvoir qu'elle confère. Elle est de toutes façons très difficile à obtenir, les Gardiens choisissent soigneusement leurs disciples.
- Vous voulez dire qu'Undalyn ne fait jamais usage de la magie ?
- Très peu. Des sorts de guérison et de sorts de protection modestes, qui n'utilisent pas ce feu mais seulement l'énergie qui en est le support. Quand il a besoin de sorts plus puissants, il va voir un Archimage. Mon petit, sitôt que l'un d'entre eux utilise son pouvoir de manière offensive, ou quotidienne, tu peux être certain que c'est plié... A vrai dire, pour beaucoup d'entre eux, c'est pire que cela. Il sont contraints de se préserver de ce Pouvoir, car la sixième initiation leur confère une si grand affinité qu'il entre naturellement en eux.
- Que se passerait-ils s'ils laissaient faire ?
- La magie amplifie tout. L'esprit devient instable, et finit par se briser sous l'effet de ses propres tendances incontrôlées.
- Mais les Gardiens ?
- Ce sont des êtres réalisés. Ils n'ont plus de voiles émotionnels.
Il se tut.
- Undalyn sait-il qui sont ses parents ?
- Il ne les a jamais rencontrés. C'est pour lui un grand sujet de tristesse.
C'est à ce moment qu'Undalyn revint de sa douche, tout frais tout propre.
Ils entendirent la sonnerie de la cloche de la cantine.
- L'heure du repas !" s'exclama Reno. "Je suis mort de faim.
- On va y aller" déclara soudain Undalyn.
Reno eut l'air déçu.
- Tu ne manges pas avec nous ?
- Excuse-moi, je suis désolé" fit-il avec une grimace.
Il avait besoin d'être seul.
- Je comprends.
Reno serra la main de Yaël. "C'est dommage, j'aurais aimé t'entendre chanter.
- Une autre fois, peut-être.
Undalyn alla chercher deux poulets à la cantine, qu'il engloutit l'un après l'autre en chevauchant devant Yaël, dans la nuit tombante. Yaël, lui, humait les odeurs de la forêt, toute cette verdure était entêtante, et les odeurs de la nuit, chargées d'humidité, remplaçaient peu à peu celles du jour, toutes chaudes des rayons du soleil.
















