Pourquoi ça ne marche pas avec les pratiquants Occidentaux
J'ai eu envie de te poser (telle question) parce que récemment je suis tombé sur le blog d'un moine theravada américain qui expliquait qu'il n'avait strictement rien obtenu au bout de 20 ans malgré tout le temps passé à méditer en Thaïlande. Il expliquait également qu'il n'avait jamais croisé le moindre Occidental ayant obtenu le moindre résultat, malgré les prétentions des uns et des autres. Et puis un peu auparavant, j'ai recontacté le moine que j'étais allé voir vers 2006 je crois, à l'époque il m'avait laissé dubitatif, mais vu que c'est un brave gars et que sa biographie était quand même intéressante (il a suivi un vrai maître au Japon dans les années 70, qui lui a donné toutes les transmissions nécessaires pour enseigner, et il a suivi une vraie ascèse)... Bon, il s'est avéré que le pauvre gars, bref, il tient son temple comme il peut, mais c'est à peu près tout. J'aurais pourtant aimé qu'il en fût autrement, vu sa diligence et sa bonne volonté. Bref.
Quand tout a vraiment disparu, on notera qu'est apparu le néo-advaita avec ses faux maîtres confondant un éclair de compréhension avec la réalisation. Certes, il n'y a pas à douter qu'ils parlent bien de l'état naturel. Mais il est également indubitable qu'aucun n'en a rien fait. L'âge venant, ils ont tous l'air de vieux renards alors qu'ils devraient avoir l'air de petits enfants. Quant à l'énergie qui émane d'eux... rien à voir avec les tibétains. Alors que les saints de n'importe quelle autre religion, ça y ressemble beaucoup, même les chrétiens soi-disant si différents.
Il n'y a en fait aucun doute que pour être nés dans les familles où nous sommes nés, nous avons déjà à la base un très mauvais karma. Ensuite, bien sûr tu as eu des transmissions, mais à mon avis pas le centième ou le millième de ce que tu aurais reçu si le Lopön tout à coup avait décidé que tu serais son successeur. Au Mont Athos, quand un Saint prenait un disciple, le minimum était qu'il vive avec lui pendant au moins 3 ans, recevant sa transmission quotidienne, après quoi il pouvait commencer à prier par lui-même. Il y en a quelques uns qui ont réussi sans l'aide d'un maître (Saint Paisios, Saint Iakovos Tsalikis) mais quand tu lis leurs biographies, tu vois qu'à l'âge de 10 ans ils étaient déjà à un niveau où aujourd'hui les moines ne se trouvent plus même à 80 ans. ** m'a raconté que chez les Chartreux, ils étaient obligés d'empoisonner les rats tellement ils se pullulaient. Autrefois, un saint leur aurait parlé et ils seraient partis. Au 19è siècle au Mont Athos, dans la communauté de l'Ancien Hadji Georgi, il y avait presque des enfants, qui faisaient la même ascèse que les vieux, ne mangeant presque rien, ne dormant presque pas, priant toute la journée, ils avaient le teint frais et brillant, respiraient la sainteté. Ce n'était pas grâce à leurs qualités, mais en vertu du pouvoir spirituel de leur Ancien. Ça donne une idée de ce qu'est une vraie transmission. Et aussi de ce qu'est un bon karma.
Les tibétains sont à peu près le dernier bastion, mais on voit que les jeunes tulkous sont pour la plupart en chute libre comparés aux "anciens".
Pour ma part, ce serait un miracle si j'arrivais à quelque chose et à vrai dire je n'y crois pas trop. Cela dit, je n'ai pas besoin de croire le résultat possible pour pratiquer, vu que mieux vaut un gramme d'état naturel que rien du tout. Rien du tout, c'est être comme les vampires que tant de gens admirent tant, sans âme, et certes on devrait s'inquiéter de quelles entités peuplent maintenant l'atmosphère quand on voit les films et séries qu'elles inspirent.
Certes, quand on écoute tel lama qui enseigne l'easy-dzogchen, ça a l'air possible, mais tout de même il faut être réaliste. Les conclusions tu les avais tirées en 1992, et il me semble bien que si tu es sorti de ta dépression, c'est parce que tu as réussi à te rattraper aux branches. Les Karl Renz et autres ont pour leur part décidé que comme il n'y avait "rien" à faire (vu que ce n'est effectivement pas en s'agitant dans le samsara qu'on va sortir du samsara) ils allaient en profiter un max, se payer des croisières et des villas, mais en fin de compte, je ne donne pas cher de leur peau dans les bardos, parce que même s'il n'y a "personne" qui puisse être réalisé, il y a en revanche "quelqu'un" qui peut souffrir. Sais-tu que Byron Katie a dit que si elle avait un cancer, elle se suiciderait ?
L'autre jour j'en parlais à ** qui me semblerait un peu trop guilleret avec son dzogchen, en lui expliquant que "faire" une pratique qui en essence contredit chaque instant de son existence, il ne fallait quand même pas trop s'illusionner sur le résultat.
A mon sens, "rester" dans l'état naturel ne sert à rien tant que chaque millimètre de notre personne refuse le résultat. Parce que si on s'est incarnés, ici, maintenant, c'est parce qu'on a voulu avoir des choix, choisir ce qu'on aime, ce qu'on déteste... "Vouloir sortir du samsara" parce qu'on est fatigué, c'est une blague. Redonne sa jeunesse à une personne "fatiguée" du samsara, tu vas voir qu'elle va faire des choix et y tenir. Le gars va aimer telle ou telle fille, tel ou tel livre, tel ou tel pays, il aura des amis. Et en fait il aimera être attiré par toutes ces choses. Combien parmi tous ces gentils pratiquants du dzogchen serait prêt à ne plus reconnaître sa maison, ses parents, sa copine, ses enfants... à ne plus faire la différence entre rien et rien ? Tout leur être respire le désir de faire des choix, et d'ailleurs ce serait le contraire qui serait étonnant, n'est-ce pas le but de l'incarnation ? Qui est réellement prêt à ne contempler que la "base" et non pas les phénomènes ? Toi-même tu vis dans un joli appart avec des jolies plantes et des jolies peintures et tu vas voir en Thaïlande des jolies filles. Tu peux dire que tu n'es pas attaché, mais si tu ne l'étais pas, tu oublierais de te laver, tu mangerais n'importe quoi qu'on mettrait devant toi, et tu te perdrais dans la rue, comme le père de Jigmé. Je ne te jette pas la pierre, moi-même je fais tous les jours des choix qui prouvent que je n'ai nullement le regard fixé sur la base. Mais j'ai conscience que ça a quand même peu de chance de marcher. Et que si je veux que ça ait une chance de marcher, ce n'est pas en méditant que ça va le faire. Mais déjà en essayant ce comprendre comment je m'attache moi-même des boulets aux pieds à chaque instant qui passe. en préférant ceci à cela. Ensuite il n'y a pas 36 solutions, on ne sort pas du samsara par le bas, par défaut ou par dégoût. Ce qu'on aime, il faut l'aimer plus, et plus, et encore plus, tellement que ça finira par devenir universel et s'auto-consumer... avec le risque bien réel de s'y attacher plus. Enfin, c'est la définition des tantras, l'étape que tout le monde semble oublier pour passer directement à la conclusion.
















