Présence (ou absence) du monde imaginal
En discutant avec les gens, je m'aperçois que tout le monde a son avis sur tout. Un avis très arrêté bien sûr. D'où vient cet avis ? Soit d'un dogme, soit d'une intuition personnelle, soit d'une expérience personnelle.
J'ai l'impression d'être le seul sur terre à avoir construit un modèle (de l'expérience spirituelle) d'après l'expérience des autres. (Mais je serais vraiment ravi qu'on vienne me contredire. Toute personne faisant la même démarche est invitée à me signaler ses biographies préférées, il s'en trouvera peut-être que je ne connais pas. Parce qu'en trouver des bonnes, ce n'est pas une sinécure).
A ce sujet, je viens de relire Le chemin de Dieu de Catherine Delorme, et ce livre me laisse de plus en plus perplexe. Probablement parce que tout cela est perdu, de nos jours. Dans ma "théorisation", j'avais placé à peu près à 50/50 la transmission, et la compréhension juste (la vue, dirait le bouddhisme). Mais ce livre semble un exemple de 90/10. Et encore.
Cette femme n'a aucune sphère intellectuelle. C'est une femme, complètement, un genre de tête de linotte - ce n'est pas vraiment péjoratif, ma copine aussi est parfois une tête de linotte, ça fait partir de son charme -. Pour donner un exemple, quand elle a 30 ans, son mari la somme de choisir en lui et Dieu. Il faut préciser qu'elle fait des miracles depuis qu'elle est petite, elle a toujours eu un pied dans le monde spirituel, elle voit des apparitions sortir du monde imaginal... Que choisit-elle ? Le mari et sa vie mondaine... Pendant 14 ans elle en oublie donc ses recherches, et puis finalement il meurt, on comprend que Dieu en a eu assez d'attendre. Et ensuite, elle se met à courir de Cheikh en Cheikh, et c'est très étrange, parce qu'il semble y avoir hétérogénéité totale entre l'âme (ou plutôt l'être psychique) et son véhicule (le corps-vital-mental). D'un côté, à chaque fois qu'elle invoque un nom divin, il se manifeste. Par exemple, elle peut guérir des gens de maladies mortelles, faire tomber un déluge en plein été au Maroc quand il n'a pas plu depuis des mois, mais aussi faire tomber la justice divine sur la tête des gens (elle a vite arrêté vu le résultat, les gens mouraient ou presque). Elle avait également une science infuse de la guématrie, semble-t-il. D'un autre côté, elle était capable de faire n'importe quoi, un peu comme une feuille qui vole au vent. Et les gens en face d'elle semblaient bien en peine de savoir à qui ils avaient affaire, d'ailleurs.
Mais ce qui est vraiment impressionnant dans ce livre, c'est l'importance des êtres invisibles, le monde imaginal. Apparemment, toute l'aire musulmane, par les soufis, a vécu pendant longtemps dans une sorte de mélange de monde physique et imaginal. Je pense que c'était dû au nombre des saints, qui formaient une sorte de maillage assez serré. En sorte que toute personne qui entrait dans leur aire d'influence changeait quasiment d'univers. Ce livre en est un témoignage, mais on peut en trouver beaucoup d'autres. Qu'on ne prend pas forcément à la lettre, tant ça pourrait paraître délirant dans notre monde où tout cela a disparu. Mais il n'y a pas si longtemps, c'était une réalité. Des saints pouvaient se matérialiser comme ça, devant vous, venus de nulle part, et redisparaître. Quant aux Noms divins, ils sont une réalité. Je ne l'avais pas tout à fait compris avant de relire ce livre. Mais par exemple, si on invoque correctement le Nom de l'Essence divine, on a une expérience de claire lumière (qui à mon avis ne signe pas du tout l'obtention du corps illusoire). Si on invique la Justice sur le voisin, il meurt. Si on invique la Miséricorde, il guérit de son cancer. Mais soi-même on n'a pas la moindre idée du pourquoi du comment. On invoque à partir de son être psychique, et ça marche. On trouve quelque chose de similaire chez Jeanne Libermann. C'est en quelque sorte le contraire du bouddhisme, qui consiste à tout comprendre.
Quoi qu'il en soit, en lisant par exemple des témoignages du Mont Athos (milieu XXè siècle), on retrouve la même présence des êtres invisibles. Et aussi dans l'air bouddhiste. Ou hindoue. Il semble en fait que cela a été la condition ordinaire de l'humanité pendant des millénaires. Or, j'ai beau chercher, je ne trouve plus aucun témoignage de cette sorte autour de moi. Il y a bien quelques récits de synchronicités, des gens qui trouvent de la vibhuti sur leur photo de Sai Baba ou une statue de Sainte vierge qui se met à faire de l'huile ici et là. Mais enfin, j'ai fait parler pas mal de gens dans les milieux spirituels, ils vivent tous bien dans le monde matériel, sauf ceux qui vivent parmi les esprits de la nature et toutes sortes d'entités plus ou moins bizarres. Mais ceux-à, étrangement, ne font plus de miracles, pas au sens "ancien". Je ne vois pas C Allain arrêter une épidémie ou une armée. Je ne le lui reproche pas, je dis juste que ça n'est plus du tout dans l'air du temps. Autrement dit, que l'air a bien changé, et qu'on n'y a pas gagné. De toutes façons, il me semble évident que la présence du monde imaginal est proportionnelle au nombre de gens capables de l'invoquer.
Bref, il est temps de trouver une solution.
















