On nettoie son jardin pour le cultiver
Claudio Naranjo: “What We’ve Left Behind” Years ago I was exchanging notes with a friend with whom I had a similar background…and looking back, we were saying things like, “Well, do I suffer less?” “No, really not, no. It’s just a different attitude, but I don’t suffer less than before.” “And what about virtue? Do you feel more virtuous than you were?” “Oh no, definitely not.” “No, I don’t either”… “And what about the quality of your experiences? Do you have richer, more profound experiences?” “No, I would rather say the opposite. In the beginning, my experiences seemed to be much deeper.” There was nothing we could name that we were doing better at, but we ended up saying, “But I think I’ve come a long way.” We were in agreement that we were evolving, but we couldn’t point at anything in particular. It was more a sense of evolving through the awareness of what we’ve left behind.
Il me semble que ce texte exprime assez bien une certaine croyance actuelle, comme quoi il suffirait de supprimer les ronces de son jardin pour y faire pousser des orchidées.
Au départ, il y avait des expériences, certainement justifiées par la structure égotique, comme une sorte de coup de pouce consenti par "l'âme supérieure" pour aider le malheureux singe qui serait censé l'héberger. Après tout ce nettoyage, il devrait y avoir plus d'expériences, et plus profondes. Mais il y a probablement chez ces auteurs une certaine prétention à se comparer aux "parfaits" de la Tradition. En effet, d'après Saint Jean de la Croix, ce ne sont que les commençants qui ont des extases et des ravissements tandis que les parfaits n'en ont plus. Si l'on ne veut pas faire insulte à cet auteur, il faudrait comparer sa définition de la perfection avec celle du bouddhisme tibétain, par exemple la "voie au-delà de l'étude" des tantras. Et certes, dans le cas de ces pratiquants, la claire lumière étant intégrée à la vie de veille, la différence entre le samadhi et le reste, s'estompe.
Dans le texte cité plus haut, rien de tel, car ces pratiquants qui sont "au-delà de l'étude'' vivent dans une suite ininterrompue d'expériences merveilleuse, ainsi que l'a mentionné Milarepa à son propre sujet. Rien à voir avec un retour raisonnable à la vie quotidienne, fait de factures de gaz et de cafetières (selon Jeff Foster). Ces auteurs ont tout simplement raté leur entrée dans le monde spirituel, pour cette simple raison qu'ils n'ont pas compris qu'il y a deux aspects dans la pratique : le nettoyage du jardin, et la croissance de nouvelles plantes. Parce que nettoyer son jardin pour n'y rien faire pousser... (en réalité, le mieux c'est encore de faire du compost avec les mauvaises plante, afin de fournir de l'engrais aux bonnes).
Ici l'on touche à une croyance moderne, comme quoi tout devrait pousser spontanément dans un jardin nettoyé. C'est faux au plan matériel, faux au plan intellectuel, faux au plan artistique, pourquoi cela devrait-il être vrai sur le plan spirituel ? Ou alors il nous faudrait admettre que finalement, ce qui est en haut n'est pas comme ce qui est en bas ? C'est ainsi que de nombreux chercheurs modernes se retrouvent avec une terre complètement nue, ce qui n'est absolument pas le cas des petits moyens ou grands pratiquants d'aucune tradition. Le comble, c'est qu'ils s'en vantent, et qu'ils veulent conduire tout le monde dans le même genre d'ornière. Ils prétendent que ceux qui cherchent quelque chose sont des imbéciles qui ne comprennent rien.
Donc au final ces gens n'ont rien fait. Mais rien. Parce qu'on ne nettoie le jardin que pour y cultiver des fleurs, pas pour s'asseoir béatement au milieu de plates-bandes vides pour regarder tomber la pluie. Il suffit de comparer des vidéos de Naranjo avec la vidéo de Suzuki postée récemment. On voit que Suzuki sous son air simplet a reçu les lumières d'une lignée authentique, et que son jardin est abondamment fleuri. L'autre par contre a l'air vide, et on voit briller ici et là des petits éclats de méchanceté. Car, par quoi peuvent être remplacée les ronces si l'on ne cultive pas son jardin, sinon par d'autres mauvaises herbes apportées par le vent ? Le chardon notamment n'a besoin d'aucun entretien, et ça fait même des fleurs. Parce que nous ne sommes même plus dans le cas de la nature sauvage primordiale, le résultat de la négligence ne sera pas de grandes plaines avec des sequoias, des clairières pleines de jolies herbes. Nous sommes environnés d'une atmosphère hautement contaminée psychiquement et matériellement. C'est la première chose qu'on attrape, et c'est pour cette raison que la Tradition a créé des ashrams et des monastères. Non pas pour "fuir la vie" mais pour pemettre aux débutants de vivre dans un milieu moins contaminé, ce qui leur laisse une chance de cultiver les plantes qu'ils veulent. Une fois que ces plantes sont grandes, il y a possibilité pour certains ne retourner dans le monde, mais sinon... Parce qu'une personne qui voudrait cultiver un jardin dans une atmosphère très contaminée, je me dis qu'elle devrait construire de hauts murs, et que ces murs risqueraient bien de lui cacher la lumière du soleil au final.
















