Fonctionnement de l'ego
Le fonctionnement de l'ego est vraiment très simple, si simple que personne ne peut le voir. Il est tel un acrobate qui se cache dans votre dos en vous suivant comme votre ombre pour vous faire des oreilles d'âne. Quelle que soit la vitesse à laquelle vous vous retournez, vous ne voyez jamais personne, mais sur toutes les photos, vous avez des oreilles d'âne. Pourtant le mécanisme est très facile à identifier chez les autres, ce qui par réflexion pourrait permettre de l'identifier chez soi.
L'autre jour, Petit Dragon m'a écrit ainsi qu'à Petit Renard pour nous demander de l'aide au sujet de son pauvre frère. Nous lui avons décrit la situation familiale en détail, tant il est vrai que c'est l'ensemble de la famille qui va mal dans cette maison, même si les symptômes s'expriment majoritairement à travers un individu suicidaire et sociopathe. Elle a bien entendu réfuté tous nos arguments point par point, en nous expliquant pourquoi nous avions tort. Nous lui avons donc répondu que, puisque sa clarté était très supérieure à la nôtre, il n'y avait aucune raison qu'elle sollicite notre aide. En réalité c'est ce qui se passe à chaque fois qu'une personne demande de l'aide. Elle désire en réalité être confortée dans sa vision des choses, afin que preuve soit faite publiquement qu'elle est une malheureuse victime bien courageuse, et que le monde entier devrait la plaindre et l'admirer.
Examinons notre comportement à la lumière de cette constatation. Combien de fois, lorsqu'une personne nous propose une chose nouvelle, à laquelle nous n'avions jamais pensé, l'écartons-nous sans même y réfléchir, en y opposant des arguments ridicules si on y réfléchit deux secondes ? L'autre jour, j'ai proposé à ma mère la lecture d'un texte que j'avais écrit sur "la relation parfaite". Elle a commencé par me répondre qu'elle n'avait pas le temps de le lire, et puis après l'avoir finalement lu, elle m'a dit que cela serait valable si ça résistait à l'épreuve des décennies. Autrement dit, si ce texte contient quoi que ce soit qui pourrait lui être utile, on le saura dans 30 ans, mais elle sera morte. Mais en réalité, je ne vois pas en quoi l'épreuve du temps serait supérieure à celle de la logique. Le couple de ma grand mère a tenu cinquante ans, il n'avait rien de remarquable pour autant. L'Empire romain a tenu des siècles, et la pratique de l'esclavage encore plus longtemps. L'inertie permet à certaines choses de tenir très longtemps, dans le samsara, va-t-on pour autant en déduire qu'elles sont remarquables ?
Ce qui fait qu'une chose est remarquable, c'est sa capacité a produire un bonheur non transitoire, ce qui est facile à juger en fonction des principes sur lesquels elle est bâtie.
Revenons-en au sujet de ce post. L'esprit humain, à partir d'un certain âge (très jeune) refuse radicalement la nouveauté et l'inattendu. Les psychologues ont longuement expliqué pourquoi, mais nous ne voyons rien de satisfaisant dans cette explication, parce qu'elle nous explique que nous n'avons pas d'autre choix que d'être misérables. Vaut-il mieux être misérable avec de bonnes justifications, ou heureux d'une façon qu'aucune personne ordinaire ne comprendra ? L'ego choisit sans conteste la première solution. C'est dire que si l'on peut s'ouvrir à la nouveauté, on n'est déjà plus dans le mécanisme égotique, à supposer que le principe de la démarche consiste à ne jamais s'arrêter.
Chacun constatera d'ailleurs que le monde spirituel fonctionne précisément de cette façon. Bien que la source soit toujours la même dans son aspect statique, son rayonnement est infini , et si l'on ne s'en tient pas à l'aspect statique, les expériences sont infinies. Voyager dans le royaume divin, c'est voyager dans un espace infini qui se renouvelle sans cesse. Si l'on n'est pas capable de considérer la proposition d'un ami qui nous invite à voir certaine chose différemment, comment pourra-t-on voir les merveilles du royaume divin qui ne se répète jamais ? Cette faculté qui permet de s'ouvrir à la nouveauté, c'est précisément ce que les chrétiens appellent "humilité". Percevoir que la somme de nos expériences et de nos connaissances, qui est finie, est zéro en comparaison de l'infini des possibilités. Autant donc cesser de nous y accrocher.
















