Suite de l'échange sur le roman
C'est très clair que je ne regarde rien autour de moi. Je marche la tête baissée 99% du temps.
Je dirais qu'on fait ça quand on déteste ce qui nous entoure. On le déteste parce que ça n'a aucun sens. Il faut reconnaître que des trottoirs et des maisons construits par des fous, c'est détestable, puisque ça n'exprime que leur folie, qui se voudrait contagieuse en plus. Une fois j'étais dans un TGV et je me suis demandé quelle était l'intention du gars qui avait conçu ce truc. Que ça doive être fonctionnel et qu'on manque d'espace, OK, mais pourquoi est-ce que ça devait être laid et déprimant ? Le RER et le métro c'est encore pire. Mais si on y réfléchit, pourquoi ? Est-ce qu'avec la même somme d'argent, on ne pourrait pas faire des trucs jolis ? Je crois que la laideur de tout ce qui nous entoure est un parti pris, du moins qu'elle représente le malheur de ceux qui les conçoivent. Et qui se transmet à ceux qui les regardent comme une maladie. Pas étonnant que personne ne veuille voir ça. Bon maintenant ils commencent à s'en rendre compte et à mettre des banquette multicolore, mais il y a encore des progrès à faire. Par exemple ils pourraient mettre des plantes dans les couloirs du RER. Quitte à ce que ça soit tout le temps éclairé, ça ne coûterait pas plus cher que ça soit le bon spectre pour des plantes. L'autre problème aussi c'est que de plus en plus de pognon va aux riches et de moins en moins pour les infrastructures et ce qui est d'utilité publique.
Ca ne me fait pas du tout ça avec les gens. Autant je ne regarde pas les décors que je tente de comprendre ce qui se passe dans la tête des gens que je croise.
La question à laquelle je n'arrive jamais à répondre, c'est pourquoi ils ne se demandent jamais réellement ce qui les rendrait heureux. Peut-être aussi que ma perception a changé. Ce qui me semblait acceptable autrefois (au niveau de la sensation physique que j'ai de moi-même) me paraîtrait intolérable aujourd'hui. Si on me redonnait aujourd'hui les sensations que j'avais il y a 20 ans et que je n'aie pas d'espoir de les changer, je me tuerais. Je soupçonne que les gens qui vont dans le mur avec la drogue ont un sentiment de ce genre (un truc inatteignable mais qui serait la seule chose acceptable), et qu'en réalité ils sont suicidaires.
(...)
Je ne trouve rien à dire sur le passage sur comment le héros aurait pu utiliser sa télépathie, si ce n'est que oui les axes que tu donnes auraient été intéressants. Mais si je les avais écrits, on n'y aurait pas cru une seule seconde : je n'aurais pas exactement su de quoi je parlais, et en général ça se ressent tout de suite dans l'écriture.
Après ça dépend du temps que tu mets pour concevoir ton truc. Pour moi, chaque nouvelle saison est une exploration d'une nouvelle facette de l'esprit (ou de la même chose à un autre niveau), du coup ça prend au moins un an. Parfois je relis des anciens trucs et j'ai franchement honte. Je me dis "heureusement que les gens sont fous et ne savent pas décoder les romans".
Ce qui est marrant, c'est que j'ai l'impression de complètement manquer de ce sens (capter les structures spirituelles). C'est pas nouveau tu me diras.
Bon je te rassure, c'est devenu aussi rare que l'or en barre. Ça fait des années que je cherche des gens qui en ont (tout simplement pour en profiter, hein), et c'est introuvable. Le peu qu'il y a sont entourés de nuées de disciples idiots qui rendent leur approche impossible et qui le tirent vers le bas en plus. Amma va finir misérablement. Malheureusement, je l'ai connue à l'époque où je ne détectais pas ces trucs. Pareil pour les autres maîtres que j'ai connus, j'y voyais rien. En plus les tibétains se masquent. On en trouve un peu en vidéo. Là où il y en a le plus c'est dans les bouquins. Mais quand même, rien à voir avec l'animal vivant.
Bref, je cherche à mon niveau social, petit gourou de quartier, auteur pas encore trop connu, blogueur éclairé qui médite, prof de yoga, ceux qui restent approchables en somme, mais là je ne trouve pas. Ils sont tous dans les choux.
Une autre fois, je m'étais réveillé en étant quelqu'un d'autre. Complètement. J'étais encore dans le personnage du rêve où j'étais. J'étais complètement désorienté, et ma mémoire et structure habituelle sont revenues assez vite (une vingtaine de secondes), mais ça m'a fait super bizarre. J'ai d'ailleurs senti le vase communiquant entre les deux personnalités : plus je revenais, plus l'autre partait.
Ah ça me rappelle un rêve lucide où j'étais une étrange créature, et ce rêve était trop bizarre, il était plus réel que la réalité, et je commençais à soupçonner que c'était la réalité, qui était le rêve. Ou que ça pouvait s'inverser. Ce qui me fait penser que mes rêves lucides ont pas mal changé, ils sont devenus super malléables, il n'y a plus trop de structures, en même temps il reste une forte densité énergétique. Parce qu'autrefois quand la structure disparaissait, l'énergie n'en sortait pas pour autant, je me retrouvais dans l'état intermédiaire et en fait l'énergie restait bloquée dans cet espace noir. Là ça devient plutôt comme une mer d'énergie quand les murs gondolent.
Arf je ne vois pas du tout de quoi tu parles, c'est pas bon signe (énergie spiritulle)
ça me fait penser à ta devise sur le pigeon à la table du poker, au sens où c'est pas bon signe de ne pas trouver le pigeon. En fait c'est marrant, je cherche dans ton roman un épisode qui pourrait servir de fil. Parce qu'en fait, le principe de la pratique, c'est de prendre un sentiment intéressant, d'isoler la partie "pure" et de l'amplifier, et ce indéfiniment. C'est comme le raffinage de l'or, mais infini. Donc je cherche le minerai. Et l'épisode qui se présente à moi, c'est celui où les chats sont noyés. Une douleur spirituelle horrible, pour peu que tu essaies de te concentrer dessus, j'imagine. C'est une version courroucée du sentiment spirituel. La version paisible, c'est cette douleur pure transformée en jouissance pure. Ça n'est pas très éloigné en réalité, c'est pour ça que les saints se servent beaucoup de la souffrance. Le minerai du sentiment paisible, il faudrait probablement aller le chercher dans quelques souvenirs d'enfance. Et ensuite détecter dedans ce qu'on aime précisément, se concentrer pour l'amplifier etc.
Je comprends d'ailleurs de moins en moins pourquoi tout le monde ne fait pas pareil (essayer d'avoir des bonnes relations au boulot).
Je pense que les gens se détestent tellement les uns les autres qu'ils n'ont pas envie d'avoir la moindre relation, bonne ou mauvaise. Si je reprends la psychotique dont je parlais, elle avait majoritairement des perceptions horribles, de se faire assassiner, que son psy la violait etc... lui il trouvait ça bizarre mais en fait ça n'a rien de bizarre. C'est ce que nos inconscients perçoivent, et c'est très juste. L'autre jour je regardais la vidéo d'un réalisateur qui s'est fait passer pour un gourou pendant 1 ans, assez sainement d'ailleurs, il n'a pas vraiment menti sur ses capacités. https://www.rts.ch/play/tv/dans-la-tete-de----/video/dans-la-tete-dun-gourou-coach-de-vie?id=8954460 A la fin il révèle ce qu'il a fait à ses disciples. Et je te jure, là j'ai eu peur pour lui. Je me suis dit "ils vont le tuer". C'était une impression super forte, chez moi. Bon, ils ne l'ont pas fait. Mais c'est pour dire que plus tu as l'esprit clair, plus tu perçois ces trucs, et ça peut devenir assez violent. C'est exactement comme les tentacules dans ton roman, sauf que ça craint vraiment. Donc après on s'étonne que les psychotiques, qui n'ont pas de défense contre ces perceptions, voient partout des trucs horribles. Et donc c'est pour dire que les gens sentent tout ça inconsciemment, et donc ils ne veulent rien avoir à faire les uns avec les autres.
















