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Piano et entraînement de l'esprit
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13 mars 2017

Les Narcisses et les Tulipes

En fin de compte je me dis qu'il y a fondamentalement deux grands types de personnes. Ceux qui sont tournés vers eux-mêmes, et ceux qui sont tournés vers les autres. Peut-être devrait-on dire les Narcisses et les Tulipes, puisque c'est de saison.

Donc les Tulipes, ce ne sont pas que les saints. Ce sont des gens comme Simone Weil, Jacques Lusseyran, Kenneth Jiyu, Soeur Marie-Paul Ross, et JP Brouillaud dont j'ai lu récemment la bio. Ce dernier cas illustre bien la différence avec les autres. Il est aveugle, il ne me paraît pas, personnellement, sur la voie de la sainteté, car il reste très vital, et pourtant, quand je repense à son livre, et donc à son univers, je vois des gens. Des gens qui sont aussi importants que lui dans le paysage, des gens qui le constituent. Lui, on le voit encore assez bien, en ce sens je le trouve plus proche de la ligne de démarcation que les autres que j'ai cités. Mais quand même il est résolument tourné vers les autres, il a compris quelque part qu'ils sont sa terre pure, si j'ose dire. Et d'ailleurs il le dit, que sans eux il n'aurait pu absolument rien faire. (Pour autant, ce n'est pas la cécité qui peut transformer les gens en Tulipes à elle toute seule. Jacques Semelin est un pur Narcisse, et j'en ai lu d'autres du même genre).

Et puis donc de l'autre côté, les Narcisses. Les Solaris, les JY Leloup, les Alain Durel, pas mal de gens qui se prétendent spirituels mais comment peut-on être spirituel si on ne parle que de soi ? Quand je me remémore leurs livres, c'est l'inverse des autres. Les gens sont là pour orner le paysage, mais ils sont finalement interchangeables. C'est peut-être ça le vrai critère. Dans un cas, on sent que les gens ont tous une valeur en eux-mêmes, alors que dans l'autre cas, ils ne sont là que pour valoriser l'auteur. Par exemple JYL parle de Jacques Maritain, mais il n'en parle jamais que par rapport à lui-même. JM lui a dit ceci et cela, il a ressenti ceci et cela en sa présence... Il ne nous parle pas des souffrances de ce brave homme, de ses difficultés, bref de ce qu'il est en lui-même. Il ne l'observe pas en soi, mais seulement dans son rapport avec lui. Or il était déjà très vieux, sans doute fatigué, avec certainement des soucis en rapport avec le monde... bref. Quand Lusseyran nous parle de la mort de Saint Bonnet, il nous parle de son état, c'est-à-dire de son humanité finalement. Et chez tous les Narcisses, on retrouve ce même mécanisme qui à la longue devient insupportable. On n'apprend rien de ceux qui les entourent. Autre exemple, quand Schmemann nous parle de Soljenitsyne, ils nous le décrit, et ensuite il essaie d'entrer en lui pour savoir de quoi il est fait, son héroïsme, sa passion du peuple russe, sa grandeur d'âme, mais aussi son côté buté, idéaliste, qui ne voit pas forcément le monde tel qu'il est. Bref, Schmemann s'efface pour nous parler de ceux qu'il croise, de la même façon que Lusseyran s'efface pour nous parler des hommes remarquables qu'il a croisé. Même quand il parle de lui, c'est encore pour parler des autres. 
Alors que chez les Narcisses, même quand ils parlent des autres, c'est encore pour parler d'eux. Et chez eux la spiritualité ne fait que renforcer leur ego. JYL ne s'en cache pas tellement, même si c'est pour dire que "maintenant ça n'est plus le cas". Mais on se demande comment c'est possible, vu que quoi qu'il ait fait, ça a toujours été le cas, et que les Pères qu'il a rencontrés n'ont pas arrêté de le lui dire. Pour ce que j'en sais la somme de quinze bananes ne donne pas des oranges.
Et alors c'est quelque chose, on le sent très vite, et même immédiatement. Et j'y deviens allergique, parce que ces gens viennent nous parler d'humilité, d'altruisme, de Dieu et de tout ce qu'on veut, mais en premier lieu, ils n'ont jamais effectué leur conversion, la seule vraie, qui consiste à regarder les autres au lieu de se regarder soi-même. Comment peuvent-ils parler de Dieu, puisque Dieu ne peut nous venir que par les autres ? Ou au moins par le monde, c'est-à-dire par l'extériorité. S'il pouvait nous venir par l'intériorité, l'incarnation ne serait pas nécessaire, et nous serions des anges.
Sans cette conversion, je crois qu'au final on ne peut brasser que des idées, et jamais voir les faits, puisque les faits sont de l'ordre de l'extériorité.

Cela me fait penser à la conversation que j'ai eue récemment avec un éminent érudit, qui est maintenant chrétien après avoir été bouddhiste. C'est un Narcisse, qui ne parle jamais que de lui, même s'il dit qu'il ne veut pas en parler (paradoxal, mais pourtant bien vrai). Il a évidemment échoué dans le bouddhisme, mais il s'est engagé dans le christianisme avec le même défaut de fond, et il y a toujours cette absence de lien avec l'extérieur. La forme est différente d'un JYL où les autres sont là pour nourrir son affectivité. Dans le cas de cet érudit, les autres sont là pour magnifier son intellect, mais c'est toujours le sien, il n'y a pas de place pour l'intellect de l'autre. S'il lisait cela, il se défendrait en disant qu'à notre niveau, on n'a pas idée de ce qu'il y a dans la tête des autres et que je suis un dangereux illuminé. Mais il ne s'agit pas tant de prétendre savoir que d'essayer d'y unir son esprit, qu'on réussisse ou non. Et puis d'ailleurs c'est le même qui va nous parler ailleurs de la "connaissance par connaturalité", chère aux théologiens. Bref.
Ensuite, on comprend pourquoi il se demande à quel niveau vient la connaissance des principes généraux, inquiet sans doute de ce qu'elle ne lui vienne pas. Parce qu'elle ne lui vient pas, et ne peut pas lui venir du fait de sa structure. Donc il estime avoir atteint un certain niveau contemplatif, peut-être a-t-il toutes sortes d'expériences décoiffantes, mais cela ne se traduit pas en termes de clarté. Parce que ces expériences lui viennent malgré lui, à force de fréquenter toutes sortes de maîtres. Forcément il se produit une collision avec leurs lumière spirituelles, surtout s'il est un peu poreux. Mais c'est une collision, pas une intégration.
L'intégration ne peut pas venir tant qu'on n'est pas sorti de soi, car ainsi que je l'ai déjà dit, "moi" est un abîme sans fond dont rien ne peut sortir tant qu'on le regarde. Quand l'oeil se regarde lui-même, ça ne produit qu'un effet larsen qui le transforme en trou noir s'effondrant sur lui-même. Alors que s'il regarde le monde, le monde apparaît et se multiplie. C'est ce qui est arrivé à Harada Roshi. Il n'était préoccupé que de son zazen et de sa réalisation, et puis un beau jour il s'est rendu compte qu'il devait cesser de penser à lui, et de ce jour, tout s'est éclairé.
Voilà pourquoi il est assez erronné de juger ses progrès sur ses expériences, car les expériences n'ont pas forcément de rapport avec l'intégration du monde, certains Narcisses en ont des faramineuses. J'ai eu un ami, à une époque, qui a eu une expérience d'omniscience dans sa jeunesse. Le souci, c'est qu'il se l'est attribuée, car c'est un Narcisse. Alors qu'à mon avis, elle lui a été obligeamment "prêtée" par un bouddha. 
Plus on avance, plus le défaut devient rédhibitoire, ce sera l'objet d'un prochain article.

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Commentaires
D
Depuis que je me souviens de moi-même, j’ai toujours été un narcisse. Mais jusqu’à un certain âge, cette structure me faisait du mal. Incapable d’observer vraiment les autres, de prendre leur place et sentir leur esprit, j’avais quand même le pressentiment de ce trou noir qui ne peut que s’effondrer sur lui-même (et parfois en lui voyant de face). J’étais déjà assez « écorché vif » et avec une presque assurance que tout allait mal se passer. Mais après une série de crises, dans mon ado, j’ai quand même réussi à me créer une carapace de protection. Comme tout le monde, finalement. Une carapace qui a rendu 1) invisible ce trou noir (mais quand même il en remontait des fois), 2) encore plus improbable l’ouverture pour voir les autres et comprendre le mode des tulipes.<br /> <br /> <br /> <br /> Ce n’est que juste à très récemment que j’ai dû reprendre le processus inverse, détruire un peu de cette carapace, devenir à nouveau un écorché vif et commencer à me poser questions sur ces « histoires d’observer les autres ». <br /> <br /> <br /> <br /> Il y a une série de difficultés qui font obstacle à ce changement de mode d’être. D’abord, on ne le croit pas vraiment, parce qu’on n’a aucune idée de comment c’est possible que les autres existent (vraiment) dans mon esprit sans que « moi » soit détruit par cet acte. Parce que quelque part on croit que c’est ça qui va arriver. Ensuite, on n’a aucune conception sur comment le faire vraiment. Comme Ian fait remarquer, on a juste la conception que les autres n’existent que par rapport à nous, alors que pour les faire exister vraiment, il faut effacer, ou réduire grandement, ce rapport où le « moi » prends toute la place.<br /> <br /> <br /> <br /> Il faut l’essayer, même si on ne croit pas au départ. Toucher à l’autre et sentir finalement qu’il peut aussi faire partie de notre esprit. Ou plutôt que notre esprit peut être vraiment construit et constitué de tous ces « autres » et du monde dit extérieur, en sorte qu’il n’y a plus aucun besoin de faire cette scission affreuse, mais au contraire il devient de plus en plus riche et varié.<br /> <br /> Je n’ai pas trop d’exemples et détails à en donner (Ian va me tomber dessus, c’est sûr…), ça se fait un peu partout, la pratique de l’yidam, observer la nature, les gens (quoique là c’est affreux de constater leur vide de « matière » réelle), les lectures.
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D
Je n'ai jamais tellement fait de rencontre décisive. J'ai toujours été intéressé par les autres, mais c'est à partir de 2008 que j'ai commencé à comprendre cette histoire de connaissance par identité. Quand on essaie de comprendre toutes les religions, on y est quelque peu obligé si on ne veut pas que ça se termine en gloubi-boulga. Et je me suis aperçu assez vite finalement que c'était la seule chose qui marche vraiment si on veut y comprendre quelque chose. Depuis, j'essaie d'en parler mais les gens ne semblent pas trop intéressés et j'ai du mal à comprendre pourquoi. Enfin... ça fait quelque peu voler en éclats les frontières du "moi", et au début c'est un peu déstabilisant quand on préférerait croire que la vérité est simple comme le font croire des auteurs du style René Guénon ou Ken Wilber. Si on doit le faire seul c'est difficile, mais aidé, c'est bien plus facile. Il n'empêche qu'il semble y avoir des barrières énormes pour certains.<br /> <br /> Après je ne dis pas que je n'ai plus d'ego, jusque que j'ai acquis une facilité à me glisser dans la peau d'un certain nombre d'autres. Et un intérêt du détail.
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M
Salam<br /> <br /> Soit, et ne parlons donc point des tulipes que nous ne sommes point, lol !<br /> <br /> Bon, toi, mon pote, tu sembles virer vers les tulipes depuis que tu as fait une rencontre décisive...C'était ton coup de grâce ! Ce que tu dis dans ton post m'est bien clair, et je n'ai à me plaindre que de "moi-je"....en guettant ma possible grâce.
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M
Pour HR, sa pratique lui a quand même permis de se rendre compte son "erreur" ou autre chose ? Est-ce que un être profondément narcisse(ique) peut devenir tulipe ? Bon sans doute car tout est possible. Et peut-être un jour la narcisse se rend compte qu'elle serait plus heureuse en tulipe... Et donc pour HR ca a dû lui coûter beaucoup quand même pour s'en rendre compte non ?
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Enseignements de Rudi

Fear
We have the capacity in our minds to create that which we are most afraid of; in the same way that we bury some ignorance like a grain of sand inside the shell of an oyster and build around it until we come up with the end product, which in this case is not a pearl.

God
It is finally this consciousness that allows a human being to feel God as the constant energy that is absorbed by all of the chakras, filling him with sweetness and joy. Not feeling happy is only the result of not being in tune with this force and not having the consciousness to contain it. For whatever reason we fail in holding onto energy, we must look to ourselves. We cannot blame anybody or anything. It is only our lack of capacity to hold that which is given.

Revelations

In all teachings, the temptations that appear during the revelation period are those things we identify with, that take away the energy or content from the experience. It is the courage to put the bottom on the void, so that the incoming energy is not lost during any experience, that is required. This enables a person to grow endlessly, by surrendering content as fast as it manifests itself.

Seekers
It is a remarkable event when somebody presents a situation that exposes their real need. It is rare when even half the truth is given. Usually a situation is distorted beyond recognition. It is as if somebody is saying to me that if I can dig out the real situation, maybe they will allow me to help them. When a situation occasionally is presented in all its nakedness, it is only because the person is defenseless at a particular moment. As soon as they have one stitch to put on their back, they again retreat into themselves, distorting what they said and what they think you said. The ability to hear and see is rare in this world. It only exists in somebody who truly wishes to grow. This has not, unfortunately, been the attitude of most seekers. So few succeed in reaching their goal that it is safe to assume that there are few who honestly pursue a spiritual life, and even then, very few teachers who cater to anything that brings the realism that allows for enlightenment.

Spirituality

Spirituality is not about being where you think you should be. It is not about being where you want to be. Spirituality is about being on the highest point of an ascending energy that keeps growing and growing.
As this energy grows, it completely destroys every level of truth as you live it. This does not mean the truth that has been destroyed was not real. It was real for the level on which you existed before. With students, I am not interested in how long they are with me; I am just interested in one thing: whether or not they are strong enough to break up the horizontal level and continue growing. For myself, I do not want to limit myself by what I was. I do not think, "I did all this work to get to here." That is baloney. That is making a drama of your life and trying to build an image for yourself. The point is to keep growing. It is to have the courage to keep growing, even if it pulls apart the structure of your life. Then it is freeing you. There is nothing wrong with pulling apart the structure. What is wrong is to build yourself into a coffin and then stay there and try to justify it. Either you are working to live on a higher level all the time and to have a rebirth all the time, or you are trying to find justification for staying the way you are.
The whole point of what we do is to destroy matter, which is this horizontal plane we sit on: the earth. It is to translate this physical and material matter into spiritual force. This is our work.

Surrender
You sit down. Inside you, what is going on? You want to be right. "I'm a nice guy, how could this person do this to do me? How could someone take advantage of me in the business world," or "How can somebody not love me? Don't they understand what I did?" Inside you, these muscles close up; they are protecting you. They are protecting your ego, protecting the image you have of yourself. You sit down to take your breath, and you find that something has robbed you of your heart. What robbed you of your heart ? The need to be right. These muscles do not want to open. They would rather you were safe and secure behind the wall than outside the wall.
Surrendering is opening all the muscles. This is the real test of your surrender in a situation. Can you breathe ? Does the throat open to receive the energy ? Are you free to receive this energy and open and see what your condition really is ? If you find out you are constricted in your heart, you have a pain in your back, or you can't get the air down, what does it mean? It means you are closed. What closed you? It does not matter what closed you, you do not have to find the rational reason, you just have to open. You sit and work, and you breathe. I do not have that problem anymore, but I used to sit and take that breath six hundred times in one day, sometimes, to begin to feel a little crevice start to open. If you are closed, you are dead. You can't be right if you are closed. Can a closed person know what he or she did or did not do ? So, if you find that you are closed, you have to drop the whole issue of whether the other person is or is not right.


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