Saint Bonnet
Hier j'ai trouvé en pdf le livre de Saint Bonnet "Initiation et pouvoirs". Le titre est évidemment racoleur, cela dit le gars était une sorte de Maître Philippe parisien qui a fait un paquet de miracles, donc il sait quand même de quoi il parle - il semble d'ailleurs appartenir au même courant de christianisme ésotérique. Enfin, je ne sais pas si Maître Philippe était rattaché à quelque chose, mais Lusseyran cite la Christian Science pour Saint Bonnet, curieusement il la cite aussi pour Jérémie Regard, le forgeron rencontré à Büchenwald, et qui semblait une sorte de saint.
Bon, je n'ai rien trouvé de si fabuleux dans ce livre, il est évident que Saint Bonnet comptait sur sa présence plus que sur ses écrits pour communiquer ce qu'il voulait. Cela dit, il y a quelques curieux passages. Je n'y aurais pas fait attention de la part d'un occultiste de bas étage, mais de la part d'un gars aussi sérieux, ça intrigue, car il avait sans aucun doute la vision directe de ce dont il parle.
"J'affirme que n’importe qui, croyant ou incroyant, déiste, indifférent ou négateur, peut obtenir en moins de six mois des résultats tangibles et concluants…"
"Ici, nous nous adressons à ceux de nos lecteurs qui nous auront suivi avec une attention suffisante, et à eux seuls. Car eux seuls seront à même de tirer parti de l’indication que voici :
Allongez-vous sur un divan, sur un lit ou sur une natte, et laissez-vous aller. Soyez comme des poupées de son qui se seraient vidées de leur contenu et ne seraient plus que des pincées de chiffons.
Et demeurez ainsi le plus longtemps possible, sans une idée, sans une pensée. Il se peut alors que vous sentiez passer en vous « le courant » par quoi vivent les êtres et les mondes. Et si cela se produit, vous aurez gagné la partie. Il n’en faut pas plus : sentir passer le courant, plus exactement : prendre conscience de son passage. Tout est là… Dès qu’on l’a senti, on est « branché » et l’on peut intensifier le flux en soi de mille manières, pour son profit aussi bien que pour celui d’autrui…
Le courant qui passe est l’Absolu en nous, c’est l’Absolu « qui nous vit », et, si nous savons tendre l’oreille, qui nous parle…"
"Un jour intervient l’appel. Si nous l’entendons et faisons un effort pour y obéir, nous passons dans la deuxième case, où il y a encore beaucoup de monde.
Et le travail commence…
Si nous ne réussissons pas, nous sommes renvoyés à la marmite, à moins que ce soit plus loin, beaucoup plus loin, dans les flammes qui lèchent la marmite et sont chargées de liquider ce qui n’est décidément bon à rien...
Si nous réussissons, nous passons au rang des élus et nous avons droit à l’air libre. Reste encore à parcourir le tracé c.b. pour parvenir à l’échancrure qui donne sur l’Absolu…"
"Parlons encore de l’âme, voulez-vous ? Car il y a un détail qu’il faut qu’on sache. Et quand je dis un détail… Enfin, vous allez voir :
Nous croyons tous, sur la foi des enseignements reçus, que tous les hommes ont une âme. Et c’est exact en ce sens que tous ont une âme d’où résulte leur unité animale. Mais tous n’ont pas une âme susceptible de les unir à l’Absolu. Tous n’ont pas, en d’autres termes, un reflet de l’Absolu en eux…
Ils sont comme des machines, ceux-là, comme des machines qui peuvent être très intelligentes, mais ils ne sont que des machines. Le spirituel leur est fermé. Et ceci explique que pas mal de gens s’avèrent incapables d’en tenir compte, voire de l’admettre et de ne pas s’irriter lorsqu’on en parle.
Ces gens là –qui peuvent être d’excellente moralité, bien que ce soit assez rare- sont des robots, des robots supérieurs, si l’on y tient, mais rien d’autre…
Faut-il les plaindre ?
Non… Ils n’ont pas et ne peuvent pas avoir une existence réelle. Ils ne sont que matière et entièrement conditionnés. Pas plus qu’un phonographe, ils ne savent qu’ils vivent. Et l’on ne peut même pas dire qu’avec eux s’éteindra une lampe car il n’y a pas en eux la moindre lampe…"
"Et les autres, ceux qui ont une âme ?
C’est ici qu’il faut bien tendre l’oreille. C’est ici que la question devient aiguë et pour certains, je le sais, angoissante et même torturante. Il est cependant nécessaire que je vous dise le vrai que voici :
Personne ne possède, par droit de naissance, une âme immortelle et inaliénable. Ce que nous possédons, c’est une « possibilité d’âme immortelle ». Mais il faut la mériter cette âme, mais il faut la gagner pour en devenir à jamais le titulaire et le bénéficiaire…
N’est-ce pas dans ce sens que le Christ a conseillé aux hommes de « s’amasser des richesses dans le ciel » ? Et il a ajouté : « Prenez garde, on enlèvera à ceux qui n’ont pas assez, pour donner à ceux qui ont trop… »
En cela encore la loi primordiale est celle de l’effort et du mérite.
Nul ne peut prétendre à la propriété de ce qu’il n’a pas payé.
Et nos âmes, en somme, ne nous sont données qu’à crédit.
Faute de versements utiles, le magasin les reprend..."
"J’indiquerai pour mémoire, sans vouloir m’étendre, ce qui nous entraînerait trop loin, que le Christ a aboli les anciennes magies en les rendant, par un autre acte occulte, d’une pratique beaucoup plus difficile et périlleuse. Il en a changé la polarisation… Avant lui, les secrets de la haute magie se trouvaient dans la magie même. Maintenant, ils se trouvent dans l’union au principe et c’est la mystique seule qui en possède les clés…"
"Contrairement à ce que l’on croit, l’éveil de la Kundalini n’est ni bien compliqué, ni bien difficile à provoquer. Cinq minutes suffisent. Et c’est normal, après tout, puisqu’il ne faut généralement pas plus de cinq minutes pour déclencher n’importe quelle catastrophe…
Heureusement, les Asiatiques et les Européens qui détiennent le secret ont-ils l’honnêteté de le taire, et, dans l’ensemble, ne s’estimant pas prêts, de ne pas en faire usage pour eux-mêmes…"
"Car Napoléon, qui fut un grand yogi sans le savoir et qui disposait de dons exceptionnels, on en conviendra, avait réussi, en ses ardentes veilles valentinoises, une demi transposition Kundalinienne.
Nous étudierons un jour son cas et aussi celui de Balzac, cet extraordinaire voyant qui a lui-même exposé son affaire dans l’essai autobiographique qu’il intitula Louis Lambert…
Il était également yogi sans le savoir, tout comme Napoléon. L’usage qu’il fit de l’imagination rejoint celui que les Indous font de la visualisation."
"L’univers entier est bâti sur l’assimilation d’une catégorie par l’autre. Les végétaux vivent de la terre. Puis, viennent des animaux qui vivent des végétaux, puis d’autres animaux qui vivent des animaux. Pourquoi le cycle s’arrêterait-il là ? Pourquoi l’homme à son tour ne serait-il pas mangé ?...
Eh bien, l’homme y passe, lui aussi. Son tour vient. Et il est mangé…"
"L’homme stable, l’homme qui voit, qui sait et qui peut, l’homme qui perçoit dans l’Univers des rapports que nous ne soupçonnons pas, n’a évidemment qu’à allonger le bras, comparativement à nous, pour accomplir des gestes, ou à remuer les lèvres pour prononcer des paroles dont les raisons nous échapperont autant que la signification mais dont les résultats, si nous sommes à même de les constater, nous paraîtront de l’ordre du miracle…
Nous, homme du courant, nous disposons par exemple d’une acuité visuelle allant, en qualité aussi bien qu’en quantité, de moins cent à plus cent. Lui, également en quantité et en qualité, il va disposer d’une acuité allant de moins mille à plus mille…
C’est comme s’il était éclairé par un sunlight au lieu de l’être par un rat de cave.
Dès lors, quoi d’étonnant s’il peut, comme Swedenborg, décrire un incendie dévorant une ville à six cents kilomètres de sa personne physique ou, comme Philippe, ramener en une seconde une hydropisique à sa taille normale, ou encore le curé d’Ars, lire dans les cervelles à livre ouvert ?
Les gens qui n’acceptent pas ces faits ont tort. Ils nient parce qu’il leur plaît de nier, comme d’autres affirment parce qu’il leur plaît d’affirmer… Mais les gens qui parlent de miracle ont tort également. Nous nous trouvons, en ces matières, en présence de capacités humaines plus étendues, lesquelles proviennent d’un surcroît parfaitement explicable de compréhension ou d’acuité, en présence de pouvoirs issus d’une élargissement maintes fois constaté de la conscience humaine en marche vers l’Absolu…
Et le miracle, en définitive, c’est qu’il n’y a pas de miracle…"

















