Le sens de la Trinité
La nuit dernière je cherchais à positionner mon esprit de diverses manières pour voir ce qui se passait. Je réfléchis souvent à de nouvelles péripéties de mon roman, pour intégrer de nouvelles énergies, mais là, je crois que je touche un peu à la limite des relations entre deux personnes humaines. J'ai beau faire, je n'arrive pas à les rapprocher davantage qu'une certaine distance, imposée sans doute par le fait que moi c'est moi, et l'autre c'est l'autre, et que c'est quand même irréductible. Cela dit entre la distance d (moi/l'autre), et la distance zero (moi seul), il y a une distance intermédiaire ε, qui serait la distance entre moi et mon yidam. Elle n'est pas nulle, tout en pouvant se réduire à une forme d'infiniment petit. Il est de première importance qu'elle ne soit pas nulle, car si on l'annule, il y a effondrement de moi sur moi et négation de l'altérité. En même temps, elle ne peut pas être non plus une quantité discrète, car elle doit tendre vers 0. Sans l'atteindre.
J'ai repensé à quelques situations qui illustrent bien cela. Par exemple, quand je lis Solaris, si je m'identifie à lui, je peux sentir assez bien l'énergie dont il parle. Si je me résume à moi, et que j'essaie de la sentir, je ne sens plus grand chose. Il est clair que si je reçois des transmissions nettes par la lecture, c'est toujours par identification, sachant que l'identification préserve toujours un ε entre moi et l'autre. Enfin pour moi c'est très clair.
Et ça doit marcher de la même façon avec le yidam, à savoir qu'il ne faut pas réduire la distance à zéro afin que l'énergie circule. il y a en fait une boucle entre moi et l'autre (yidam ou pas). En regardant l'autre, je reçois ce qu'il reçoit parce que je l'aime, et dans l'autre sens je le lui renvoie parce que je l'aime. Les deux conditions sont donc remplies simultanément, émission et réception. Alors que si la distance s'effondre, il ne peut plus y avoir de réception parce qu'il n'y a plus d'émission.
Du coup je me suis dit que ça expliquait l'histoire du Dieu trine. Je crois que les chrétiens, contrairement aux autres traditions, sont conscients du fait qu'il doit exister un "autre" pour que l'énergie circule, et ils l'ont modélisé dans leur conception de Dieu. Entre le père et le fils, il n'y a que la différence minimale, celle de l'hypostase. Inversement, on pourrait dire que le distance minimale est celle qui existe entre deux hypostases qui partagent la même nature et la même essence. Cette distance étant minimale, la circulation d'énergie est maximale. Toutes les autres situations ne sont qu'une dégradation de celle-là.
Dans ce modèle, le "moi" est situé dans la position du père, c'est-à-dire du témoin, et le yidam est le fils, l'être qu'on doit engendrer, et qui est à la fois nous et pas nous. Mon yidam est un peu comme le Christ, il lui arrive toutes sortes d'aventures qui ne m'arriveront jamais. En fait, je peux concevoir qu'il lui arrive des aventures, alors qu'à moi, c'est impossible. En effet, le "moi" est toujours le point aveugle totalement inconcevable à qui il n'arrive jamais rien. Il n'est pas nécessaire d'être un bouddha, pour se rendre compte qu'il ne peut rien arriver à "moi", parce que c'est l'oeil qui ne peut pas se retourner sur lui-même. Et s'il tente de le faire, en imaginant ses propres aventures, il s'enferme dans un trou noir. L'oeil est fait pour contempler un Autre, de même que le Père ne se réalise que dans le Fils (et inversement). Enfin bon, peut-être qu'Alix pourra élaborer avec son esprit philosophique... je crois que j'ai dit le principal.
















