Accusés à tort
J'ai regardé hier une seconde émission d'Olivier, qui a finalement un peu changé mon avis à son sujet. Il me semble maintenant qu'il est totalement dépassé par ce qu'il entend, et que c'est un des facteurs qui l'oblige à se protéger. Je crois qu'il essaie quelque part d'entrer en empathie avec ceux qu'il écoute, mais c'est trop gros - ce qui me fait dire qu'en dehors de son émission il doit quand même rester assez blindé -. Il est vrai que les gens interviewés balancent une sacrée émotion. Déjà à travers une caméra ça arrache bien, mais si on les a en face de soi, ça doit être encore une autre histoire. Donc évidemment il maintient une distance. Et puis s'il ne se protégeait pas, que finirait-il par penser ?
Les deux émissions sont finalement assez complémentaires. Dans la 1ere, les gars accèdent à une certaine connaissance de soi, et dans la seconde, à une certaine connaissance de la société (sauf le dernier que je placerais avec ceux de la 1ere émission, car il a découvert une part de lui-même, mais ses démêlées n'ont pas été avec la justice française, il peut donc conserver ses illusion sur notre beau pays). Ce qui est intéressant, c'est qu'Olivier n'arrête pas de dire (dans ses présentations) que ses "sujets durs" sont lumineux en réalité, parce qu'il prouve qu'on peut s'en sortir. Je ne sais pas ce qu'il appelle s'en sortir, une partie de ces gens semblent être passés à deux doigts du suicide, et personne ne semble si bien remis que ça. Ils ont survécu, mais quid du reste ? (j'ai regardé au passage quelques extraits d'autres émissions, le constat reste le même, certains sont salement amochés, d'autres bien résignés, celui que je préfère reste le moine hindou, qui n'est pas pour autant sorti de l'auberge).
Je me demande ce qui est le pire pour les gens : avoir fait du mal aux autres, ou constater que la société n'est pas ce qu'ils croyaient. Parce que ceux qui ont fait du mal peuvent toujours se repentir et améliorer l'état des lieux, en somme il leur est possible de retrouver une foi en l'humanité à travers leur rédemption, mais ceux qui ont constaté la méchanceté de leur entourage et la corruption du système, comment vont-il retrouver foi en quelque chose ? Ils sont des victimes coincés dans le rôle de victime - et ce sont d'ailleurs ceux-là qui ont pensé au suicide, les autres beaucoup moins -, et pour eux il ne semble pas y avoir beaucoup de rédemption possible. En effet, la rédemption passe par le repentir. Le repentir c'est la première chose à laquelle on pense quand on a été braqueur ou skinhead, mais quand vous adoptez un gosse à l'article de la mort à cause de l'incompétence de la Dass, et que vous vous retrouvez accusé de maltraitance parce que le pédiatre n'admettra jamais qu'il s'est gourré en premier lieu ? Ou quand vous vous retrouvez accusé d'un braquage parce que les voisins veulent récupérer vos terres ? Ou que la maire de votre municipalité détruit votre vie de bon fonctionnaire parce que vous n'avez pas joué au petit jeu de la corruption ? Ce qui est assez effrayant là-dedans, c'est que les gens n'hésitent pas à faire accuser les autres de crimes graves pour éviter les conséquences d'une chose bénigne à leur niveau. Par exemple, de peur ne ne pas être réélue, une maire fout à la rue un bon policier, il perd son boulot, sa femme, sa maison etc... Elle, elle ne perdait qu'un siège de maire (et encore c'était juste un petit risque). Et pour le pédiatre, il risquait quoi, un blâme ? Même pas sûr. Mais pour ne pas le risquer, il détruit la vie de 2 personnes. Non seulement ils se mettent à mentir, mais ils engagent un paquet de gens autour d'eux à porter faux-témoignage pour soutenir leur mensonge. C'est la société entière qui se retrouve prise dans ce processus de "ponérisation", à cause de quelques brebis véreuses qui essaient de protéger leurs petits privilèges.
Certains reprochent à Olivier de ne pas avoir tiré de conclusions de ses expériences, mais quelles conclusions pourrait-il tirer qui ne le mettraient pas en danger ? Il révèle le mal qui ronge la société en faisant témoigner des victimes, cela reste permis parce que personne n'en tirera les conclusions qui s'imposent. Mais s'il commençait lui-même à tirer des conlusions et à les partager, je pense qu'il se retrouverait vite en prison, ou mort. On peut dénoncer une injustice ici et là, tout le monde dira que c'est une dysfonctionnement isolé, sauf ceux à qui c'est arrivé et qui savent pertinemment que le mal est universel, mais cette connaissance-là est leur (terrible) privilège. Donc ceux-là, comment vont-ils sauver leur âme ? L'erreur de la société à leur encontre est tellement grave, et la leur tellement bénigne en comparaison, de quoi vont-ils se repentir ? Comment même l'idée leur viendrait-elle ? Si on leur parle du karma, je pense qu'ils seront les derniers à accepter cette idée, parce qu'ils regardent les choses au niveau matériel et non pas spirituel. C'est leur seule chance de s'en sortir, et c'est la dernière chose qu'ils voudront considérer.
Accusés à tort - Dans les yeux d'Olivier
















