Un sketch sous le sketch
Les Deschiens - Yourcenar
Après avoir trouvé cette vidéo sur le mur d'un ex-ami FB, je lui ai posté un commentaire, s'en est suivi cette conversation passionnante :
IA : Grâce à vous j'ai lu sur amazon un extrait des Mémoires d'Hadrien, mais j'ai été bien déçu. MY a été montée en épingle je me demande bien pourquoi, alors qu'il existe un bon nombre d'auteurs français bien meilleurs, par exemple Huysmans dont on trouve l'oeuvre complète pour 2 euros en version kindle.
JPM : En littérature comme en peinture, le génie des uns n'empêche pas le génie des autres. Les sujets de Huysmans ne sont pas les sujets de Yourcenar : le style de l'un n'est pas le style de l'autre. Poussin est Poussin, Monet est Monet. Il y a de la place pour chacun : vive la diversité
IA : Je ne dis pas que le génie des uns empêche celui des autres mais qu'elle a un style curieusement dénué de sentiment et d'impressions profondes. Chez un philosophe c'est de rigueur, chez un écrivain c'est assurément un sérieux problème, car le roman, c'est en partie de la poésie. Sinon on écrit de la philosophie.
JPM : J'écoute beaucoup de musique : certains musiciens me restent étrangers (par exemple Richard Strauss) et ne me touchent pas : on ne peut pas tout aimer... Ce n'est pas pour autant que je pense que Strauss est "monté en épingle" : il ne me touche pas, c'est tout
IA : On peut parfaitement reconnaître des génies qu'on n'aime pas. Par exemple je déteste Mozart et Bach, mais je reconnais que ce sont des génies, parce qu'il y a en eux des qualités objectives, comme la clarté et la finesse par exemple.
Mon problème avec Yourcenar, c'est qu'elle n'est pas très fine, tout en prétendant l'être. Les sentiments de l'âme qu'elle prétend évoquer sont en réalité assez grossiers. Chez un Empereur, cela donne l'impression d'avoir affaire à un parvenu plutôt qu'à une âme d'élite. Ce qui ne peut que plaire au grand nombre, certes. Quoi qu'il en soit, sa maladresse n'est pas volontaire, et relève clairement de la maladresse. Elle aurait voulu décrire une âme d'élite, et à mon sens, n'y est pas du tout parvenue. Je dis cela par comparaison à d'autres auteurs comme Jacqueline Kellen par exemple, ou Christiane Singer. Que je n'aime guère, ce n'est pas mon univers. Mais je serais un imbécile de ne pas reconnaître leurs qualités.
Si notre capacité de juger se limitait à ce qu'on aime, eh bien ça ne serait plus du jugement tout simplement. Le mot devrait être banni du dictionnaire.
JPM : Cela me renvoie à la célèbre parole du pape François : "qui suis-je pour juger ?". J'aime Yourcenar, j'ai consacré beaucoup de temps à un mémoire de littérature et de stylistique analysant "le Labyrinthe du monde". J'aime l'ouverture de François... J'aime aussi les différences entre les êtres : la vie est riche et multiple. Bonne soirée à vous.
IA : Nous passons notre temps à juger les autres sans même nous en rendre compte. Par exemple, vous dites : "j'aime les différences entre les êtres", et puis plus haut "vive la diversité", comme si cela me concernait. Oui, en quoi cela me concerne-t-il, sauf si vous estimez que je n'aime ni les différences, ni la diversité, et que j'ai grand besoin de votre exemple. Qu'est devenu le pape François ? Il n'est donc bon que pour vos interlocuteurs ?
Et puis pour être sûr que cette conversation s'arrête là parce qu'elle vous devient pénible, vous me souhaitez une bonne soirée, employant cette formule à l'envers du sens réel que vous voulez lui donner, et qui serait plutôt "bon débarras". Bref. Je m'en vais mettre cette conversation sur mon blog, de la sorte je n'aurai pas perdu mon temps.
On en conviendra, j'ai le nez pour me faire des amis. Je vais poster un comm sous un sketch des Deschiens, et je tombe sur LE gars qui a écrit un mémoire sur Yourcenar et qui est amoureux d'elle et qui ne supporte pas qu'on critique son idole. Alors qu'en fait, je voulais le remercier...
















