Quand les aveugles mènent les aveugles
Je viens d’écouter cette émission et je suis consterné. Consterné parce qu’il est évident que la méthode a été perdue et qu’elle n’est pas près d’être retrouvée. Je pourrais faire comme mon ami peintre, et dire, au sujet de l’auteure : « cette fille est folle ». Ou je pourrais en dire davantage. Son débit est haché, plein d’émotions contradictoires, on sent qu’elle a les vents sans dessus-dessous. Ensuite on peut chercher des vidéos de son « maître », affublé du titre de « rishi », le « grand disciple de Ma Ananda Moyi », et qui cependant n’a absolument pas la lumière des Pères du Mont Athos.
Je n’ai aucun doute quant à Ma Ananda Moyi, elle avait réalisé le corps illusoire ou davantage. Mais quand on naît avec, ce qui était probablement son cas, il est impossible d’enseigner sérieusement. On voit le cas de Ramana Maharshi, qui est né quelque part autour de la dixième terre. Il n’a pas « simulé sa mort ». Il a trouvé le procédé qui saurait le conduire à la claire lumière de la mort. L’ayant trouvé, il s’est enfermé dans sa cave jusqu’à ce qu’il l’ait réalisée, ce qui lui a donné le corps illusoire (les phénomènes de bilocation en sont la preuve). C’est d’ailleurs ce qu’aurait dû faire Steve Jourdain, mais passons. Quand on voit que déjà, depuis un niveau inférieur, Steve est incapable de fournir la moindre méthode, on imagine le problème de ceux qui naissent dans une situation encore plus élevée, et qui n’appartiennent pas à une lignée détenant une méthode. Ils peuvent transmettre, bien sûr. Mais leurs paroles n’ont aucun sens pour nous.
Et il semble bien que sans méthode, la transmission ne puisse pas suffire, car il s’agit principalement d’une transmission d’états. Et d’états non qualifiés, car pour qu’un état soit qualifié, il doit être produit depuis l’intérieur. Ce qui est donné de l’extérieur n’est pas qualifié, cela « montre » simplement quelque chose (qui peut aller jusqu’à la claire lumière) mais ne transforme pas. Donc les élèves de ces maîtres reçoivent sans arrêt sur la tête des aperçus de la vie divine, mais ils ne peuvent rien en faire et n’engendrent pas en eux le corps d’immortalité. Bien sûr, ils « méditent », et ils font du « seva », mais n’importe comment. Méditer ça s’apprend, cela ne consiste pas à s’asseoir sur un coussin pour « observer ses sensations » ou « arrêter le mental ». Cela, c’est la fausse méditation qui a tout envahi.
Le pompon c’est probablement cette phrase : »90% de la souffrance est mentale ». Comme si, sans mental, il n’y avait plus de souffrance. Non, sans mental, c’est une autre souffrance qui se dévoile, et qui est bien plus intense : c’est l’incapacité de nos canaux à supporter la lumière divine, et c’est en même temps le nettoyage de nos vasanas, et de ceux de notre entourage, que nous attrapons dès que nous côtoyons quelqu’un. La vraie souffrance vient quand on arrête de s’apitoyer sur son sort et de pleurer pour des conneries, et c’est cela qui nous illumine, rien d’autre. S’imaginer qu’on va arrêter le mental et sentir couler en soi les flots d’énergie divine et que ce sera la joie permanente, c’est du délire. On va les sentir, oui, et ça va faire très mal, on va en tomber malade tellement notre corps est peu adapté à cela.
Bref, nous avons donc maintenant de fausses lignées spirituelles qui fleurissent sur le marché, à partir de maîtres authentiques. Et d’ailleurs, je ne nie pas que ces gens fassent du bien autour d’eux. L’homme Occidental est tellement aliéné que même une spiritualité frelatée et mensongère est préférable à son enfer. Il n’empêche qu’elle est frelatée. Je regardais l’autre jour une vidéo de Lee Lozowick, qui à mon avis est lui-même assez frelaté, mais il était très intelligent. Pour lui, la démocratisation de la spiritualité entraînerait forcément sa dégénérescence au plus bas niveau.
















