Extraits du journal du Père Alexander Schmemann
« En dehors de l’Église, dans « ce monde », l’amour-propre – aussi bien que la mort, le pouvoir, l’envie – sont conformes à la loi. On leur trouve des formes qui les subliment, qui les transforment en un phénomène bien fondé. D’où tout ce remue-ménage au sujet des « droits », la démocratie etc. La principale force qui anime tout aujourd’hui n’est pas « liberté » comme on le pense habituellement, mais égalisation. C’est un déni passionné de la hiérarchie dans la vie, pas du tout la défense du droit de chacun d’être soi-même, mais une affirmation subconsciente qu’au fond tous sont les mêmes, qu’il n’y a pas de « premier », pas d’irremplaçable, pas d’unique, pas d’appelé »
« Le monde a été créé par le bonheur et pour le bonheur et tout dans le monde prophétise ce bonheur ; tout l’appelle, en témoigne par sa fragilité même. Au monde déchu qui a perdu ce bonheur, mais y aspire et – malgré tout – en vit, le christianisme a ouvert et rétabli le bonheur ; il l’a réalisé en Christ comme joie. Puis il l’a rejeté. De sorte que le monde s’est mis à haïr le christianisme (le monde chrétien) et est retourné à son bonheur terrestre. Mais comme il a été empoisonné par la promesse incroyable d’un bonheur absolu, le monde a commencé à le construire, à avancer vers lui, à soumettre le présent à ce bonheur futur. Le christianisme, pour regagner sa place dans le monde maintenant et dans l’histoire, accepte cette eschatologie terrestre, il commence à s’en convaincre lui-même et les autres qu’il a toujours recherché ce bonheur terrestre, que ni le Christ, ni l’Église n’ont jamais rien enseigné d’autre ».
« La tragédie de l’éducation théologique se trouve dans le fait que les jeunes qui demandent le sacerdoce – consciemment ou pas – cherchent cette séparation, ce pouvoir, cette élévation au-dessus les laïcs. Leur soif est fortifiée et engendrée par tout le système de l’éducation théologique et du cléricalisme. Comment peut-on leur faire comprendre, non seulement dans leur tête mais dans tout leur être qu’on doit fuir le pouvoir, tout pouvoir, que c’est toujours une tentation, toujours du diable ? Le Christ nous a libérés de ce pouvoir – « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre… » (Mt 28, 18) – en révélant la Lumière du pouvoir comme puissance d’amour, d’offrande sacrificielle de soi-même. La Christ a donné à l’Église, non du « pouvoir », mais l’Esprit Saint : « Recevez l’Esprit Saint… ». Dans le Christ, le pouvoir est retourné à Dieu, et l’homme a été guéri de gouverner et de commander. Dans ma soixante et unième année de ma vie, je me pose la question : Comment est-ce que tout en est arrivé à être dénaturé à ce point ? Et j’attrape peur ! »
J’ai commandé le livre.
















