Christ et karma
Posté sur Amazon dans « Christ et karma » du Père François Brune
Cet ouvrage est consternant. Le procédé de départ, déjà, est fort discutable : prendre la lettre de ce qu’on écrit les saints en en disant pis que pendre, pour ensuite avancer sa propre thèse à lui qui expliquerait en fait ce qu’on vécu les saints… Mais enfin, comment exiger d’un pauvre saint, dont beaucoup avaient fort peu d’instruction, qu’il fournisse une expression intellectuelle valide de ses expériences ? Alors ensuite il n’est pas content parce que toute l’Eglise a fait la même erreur que lui, en prenant les choses au pied de la lettre, et en répandant des thèses délirantes. En sorte qu’au séminaire il a été entouré d’imbéciles qui lui ont mis n’importe quoi dans le crâne. Mais après tout, il n’avait qu’à réfléchir un peu, ce qu’il a d’ailleurs fait par la suite. Malheureusement, cela n’a pas suffi, et il est un parfait exemple de ce qu’il est impossible d’être théologien par le simple usage de son intellect. L’humanité n’est pas un hologramme, et c’est d’ailleurs un orgueil extraordinaire de le penser, parce que cela veut dire que d’un certain point de vue, lui le Père Brune a déjà réalisé l’omniscience. Mais attention, une omniscience objective, et non pas seulement subjective. Du coup la suite est évidente, il nous dit que les saints ne sont pas différents de nous, et qu’il se passe en nous la même chose qu’en eux. Au rayon des âneries il va encore plus loin en disant que la sainteté n’est pas la perfection et perfection pas le sainteté (on se demande vraiment en vertu de quoi ce qui est parfait, et donc parfaitement bon, ne serait pas saint, mais passons. Sauf si l’on considère une perfection possible dans des qualités non-divines, ce qui serait un non-sens, car nous ne sommes pas des anges, mais des hommes). Pour lui, la sainteté est relative – une nouvelle thèse dont je n’avais encore jamais entendu parler. Par exemple, un criminel qui aura tout sa vie combattu ses mauvais instincts (mais qui aura quand même été un criminel) pourrait être un saint, parce qu’il aurait eu de bonnes intentions. Cette thèse élimine la nécessité de la réincarnation : en effet, Dieu n’attend pas que nous soyons parfaits, juste que nous fassions de notre mieux avec les cartes qu’il nous donne. Donc s’il nous donne de mauvaises cartes et que nous ne sommes pas trop mauvais malgré tout, nous sommes « sauvés ». Il s’appuie sur les témoignages de NDE où un tas de gens ordinaires vont dans la lumière. Il oublie juste un détail : que l’homme n’est pas un tout, mais un composé, corps, âme, esprit. Pour lui, aller dans la lumière est une preuve de sainteté (puisque la sainteté c’est dire oui à Dieu). Alors que c’est juste la preuve que l’esprit (la part immortelle) a été séparé du reste et qu’il est retourné dans son lieu propre. A ce compte-là, nous sommes tous saints. Il n’a évidemment aucune notion du fait que la sainteté implique la création d’un nouveau corps (le corps de gloire), alors que dit-il, il a beaucoup lu les Pères de l’Eglise. Très sélectivement semble-t-il. Il ne voit pas non plus évidemment les différents niveaux de perception liées aux différents niveaux de karma, il pense que tout est imbriqué au même niveau, et qu’il n’y a donc pas de réalisation individuelle – ça va loin quand on y réfléchit, puisque ça veut vraiment dire que les saints ne sont pas différents de nous… Dieu leur a donné plus de ceci ou de cela, mais nous sommes tous déjà dans le Christ, nous contenons tous la totalité des autres, donc finalement nous sommes tous pareils malgré quelques différences de surface. Cela doit rassurer les bons à rien, j’imagine. En réalité, si nous sommes tous pareils, c’est uniquement au sens où nous sommes vides de qualités à la base (contrairement aux anges qui sont quelque chose et ne peuvent devenir autre chose), mais dès lors où nous commençons à engendrer en nous une substance spirituelle (en utilisant les énergies divines comme un peintre utiliserait des couleurs pour créer une toile unique), nous devenons des êtres totalement singuliers. Quoiqu’en intériorité réciproque avec le reste. Mais cela n’ôte pas cette absolue singularité. L’image de l’hologramme est encore plus fausse avec les corps de gloire qu’avec les êtres ordinaires (qui effectivement partagent tous une misère très ordinaire qui n’a rien de divin) et qui est tristement semblables à elle-même quels que soient le lieu et l’époque). Et la réalisation ne peut être qu’individuelle puisqu’elle implique la création d’un être totalement singulier.
Le Père Brune fait partie de cette gigantesque entreprise d’auto-rassurement qui est la marque de l’homme moderne, devenu tellement incapable de connaître Dieu, sans même parler de s’unir à lui, qu’il en est venu à décréter que c’est déjà fait et qu’il n’y a aucun souci à se faire puisque nous sommes tous déjà saints. C’est une totale hérésie, il suffit de lire les Pères de l’Eglise. C’est également le Père Brune qui dit que puisque la prière pure est sans concepts, elle est accessible à tout le monde (de même que le fait de savoir jouer du piano j’imagine, puisque c’est sans concepts). En somme, l’hésychia si difficile à atteindre pour les anciens Pères, est aujourd’hui à la portée de ma concierge. C’est beau, le progrès.
















