Je viens de m’apercevoir que mon esprit est hanté
Je viens de m’apercevoir que mon esprit est hanté par une fausse image du pratiquant, qui côtoie nuitamment et subrepticement la vraie en essayant de la dépouiller de ses qualités. Ici, faux = qui endort, vrai = qui réveille. Il faut dire que c’est une image acceptée et révérée par 99,9% de la population. Elle est sur-représentée au sein des enseignants, surtout bouddhistes. Je ne citerai pas de noms, ce sont surtout des Occidentaux, mais même les tibétains l’endossent, bien qu’un examen plus détaillé montre que ce n’est qu’un masque. C’est l’image du gars qui a trouvé un tel équilibre et une telle tranquillité dans sa Ford intérieure qu’il n’a plus besoin de rien ni de personne. Bien au chaud dans sa Ford, dont il est très content, il pense rayonner paisiblement à l’extérieur et faire le bien du monde.
L’un de mes yidams a été contaminé par mégarde, depuis il ne fait rien de bon, à part s’occuper d’une réserve naturelle. Heureusement, j’en ai un autre, qui est tout le contraire : soupirant éternellement après l’amour, il perd toutes ses bien-aimées les unes après les autres et passe sa vie à pleurer. Il n’a qu’un désir, consoler les autres, tout en étant lui-même inconsolable car son désir est infini. Il me fait penser au Père Sophrony, qui a passé 40 ans de sa vie à pleurer, et qui constatait que lorsqu’il cessait de pleurer, il était spirituellement mort. Il est arrivé à la claire lumière par l’intensité de ses pleurs.
Je me dois donc maintenant de ressusciter mon premier yidam effondré dans sa pensée de lui-même et sa bonté Mathieuricardesque – c’est l’ami des animaux – et la question qui se pose est au fond de savoir comment éveiller l’aspiration dans une âme. Question aussi brûlante pour un être imaginaire que pour un être réel. Pour l’autre, c’est simple, il est né saint et l’a perdu. Il ne se contentera jamais d’autre chose que de l’absolu. Mais quand on n’est pas né saint, et qu’on n’a pas perdu Dieu, comment le désirer à ce point ? Les Pères chrétiens se refilent le virus entre eux. Les tibétains aussi c’est évident. Je crois qu’il faut aimer quelqu’un qui l’a, sans quoi on se satisfera de peu.
Il est très étrange d’expérimenter des sentiments qui, en principe, ne sont pas de soi. Je suis né du métal le plus vulgaire, aucun signe ne m’a jamais laissé penser que la part non incarnée de mon âme serait particulièrement évoluée. Je n’attends rien de ce côté. En même temps, l’image de ce petit garçon qui aurait tout perdu par la suite me touche tellement que je peux ressentir son aspiration, qui ne m’est absolument pas naturelle, mais par lui elle devient mienne. Il m’est venu de diverses lectures semble-t-il, notamment l’Archimandrite Spiridon (Mes missions en Sibérie suivi de Confession d'un prêtre devant l'Eglise)
Saint Gabriel
Joseph l’Hésychaste


















