Transmuter la peur
Le mental physique semble en effet un truc particulièrement ennuyeux. Si j’ai bien compris, il s’agit de karma qu’il faut nettoyer, c’est tout, et comment fais tu pour le nettoyer ? Est ce que ça marche ? Peux tu manger ton œuf avec une cuillère en métal ? Sinon, les symptômes décrits évoquent une angoisse qui va se porter sur certains domaines précis (peur d’un accident, de la maladie) et qui va chercher à être contenue et conjurée par des rituels (la cuillère par exemple). Ne faudrait il pas s’intéresser aussi à cette angoisse et voir ce qui la génère, agir à la source en quelque sorte ?
Bon, en fait l’histoire de la cuillère en métal, c’était juste pour montrer à quel point je suis ridiculement douillet : la sensation d’une cuillère froide aux rebords acérés me gâche quelque part le plaisir de manger mon oeuf. Enfin au début, ensuite je n’y pense plus. Donc cela n’a rien à voir avec un rituel… Pour la source, il faut commencer par la trouver. Dans mon cas, je pense que c’était lorsque j’avais 3-4 ans, mes parents m’avaient placé chez une assistance maternelle d’une vaste connerie et dont les enfants étaient encore plus cons. Ils m’avaient fait croire qu’il y avait dans la cave un serial-killer qui découpait les gens en rondelles et donc ils me disaient sans arrêt qu’ils allaient m’emmener là, ce qui a créé un noeud de vents contaminés assez spécifique. En fait, je ne sais pas si j’y croyais réellement, mais disons que ça faisait un puissant effet sur l’imagination d’un petit enfant. Ensuite j’en rêvais la nuit, pour ne rien arranger. Par là-dessus se sont ajoutés d’autres imaginations catastrophiques, craintes de tremblements de terre et autres (c’est à cet âge-là qu’on commence à découvrir toutes ces choses), sans compter une angoisse d’abandon par les parents, puisque je rêvais régulièrement que mes parents m’abandonnaient dans le garage de notre immeuble… Et quelque part, on peut dire qu’ils m’avaient abandonné chez cette assistance maternelle. Il en a résulté un nombre inimaginable de rêves d’ascenseurs chutant dans les sous-sols. L’hypocondrie est venue vers 13 ans, c’était juste une couche supplémentaire sur un ensemble déjà bien fourni. Cela dit, on peut commencer à nettoyer les noeuds sans en voir la source, je dirais même que la source ne se révèle qu’une fois que les couches superficielles sont nettoyées, et qu’on arrive au coeur du sujet. Pour nettoyer le noeud, il faut commencer par voir que le problème se situe au niveau du physique. C’est une sensation spécifique dans un endroit spécifique. Quand cela s’élève, on peut se permettre d’enlever la composante mentale (le déclencheur) pour ne se concentrer que sur la sensation physique. Normalement, en thérapie primale, on garde les deux à la fois, mais dans ce cas précis, ça serait trop, donc on ne garde que la composante physique. Ensuite, et c’est là que c’est compliqué, il faut réussir à s’en servir pour ouvrir le chakra le plus proche. Autrement dit il faut déjà avoir l’habitude d’ouvrir le canal central, sinon il ne le fera pas. La peur est l’émotion perturbatrice la plus difficile à transmuter. On parle souvent de la colère, mais la colère c’est plus facile, parce que c’est moins intense. Plus c’est intense, plus c’est difficile, parce que ça bloque les canaux. Pour l’ouvrir, c’est avec la méthode habituelle, en pensant à Dieu ou à un objet de dévotion. Et pour lier tout cela ensemble, on relie notre objet de dévotion à notre peur « Mon Dieu sauve-moi ». On sait très bien que personne ne va venir nous sauver, ce n’est pas la peine de croire une chose pareille. Mais la pensée d’un Dieu qu’on aime infiniment liée à celle de notre misère suffit à créer le bon trajet. A ce moment, on peut sentir le vent qui se dégage et qui se transforme. Il ne le fera pas d’un coup, mais petit à petit. Un signe par exemple c’est qu’on finit par retrouver la vraie cause, qui était cachée sous un monceau d’autres choses. Enfin, je vais peut-être découvrir autre chose sous la cause première dont j’ai parlé plus haut, mais celle-là était déjà bien inattendue. J’ajoute que « rester avec la peur » et autres conseils bidons à la néo-advaita, ça ne marche absolument pas. Tant que le canal central n’est pas ouvert, on ne fait que déplacer des vents, rien ne se nettoie. « Rester avec », ce n’est que la moitié la plus facile.
Question de ma copine : tu ne t’en souvenais pas de ce truc-là ?
Si, je m’en souvenais parfaitement mais je n’avais jamais fait le lien. Mon souvenir était juste mental.
















