De l’usage de la volonté
(Extrait de lettre)
De mon côté j’ai l’impression de comprendre enfin cette histoire d’usage de la volonté chez les chrétiens. Au fond il me semble que le christianisme dans son entier constitue une carte pour réaliser l’union à Dieu, le seul problème c’est que tout est mélangé, et sans père spirituel pour nous indiquer quelles instructions nous concernent et lesquelles ne nous concernent pas à un moment donné, on risque fort de s’emmêler les pinceaux. Par exemple tu as pu t’apercevoir que les gens qui essaient de s’obliger à aimer leur prochain et à pardonner à leur ennemi développent une hypocrisie assez visible, sauf à eux-mêmes bien sûr. C’est parce que pour une personne ordinaire, la pensée n’a pas de force, du moins elle a la force qu’a le mental. Engendrer une pensée pour en contrarier une autre crée seulement des noeuds supplémentaires à ce niveau.
En revanche, quand on a développé le stade de génération, l’esprit s’est mêlé à la matière pour engendrer une substance nouvelle, qui a une force réelle. On s’aperçoit qu’on peut travailler sur cette matière, l’étendre dans le sens que nous voulons, tout en refusant de lui faire prendre les formes que nous ne voulons pas. A partir du moment où notre esprit devient substantiel, plus personne ne peut nous obliger à penser ce que nous ne voulons pas. Et nous pouvons penser ce que nous voulons. Mais ce n’est pas une opération immatérielle comme les opérations mentales, c’est une opération physique, qu’on peut situer dans le corps. De la sorte, nous pouvons transfigurer ce que nous voyons, mais aussi nos souvenirs.
Il y a donc un ordre assez clair dans la pratique : 1) créer en nous un embryon de substance divine doté de diverses qualités, par la méditation sur les personnes divines et les vies des saints 2) utiliser cette substance pour nettoyer nos perceptions contaminées, et c’est là que la volonté intervient. Il y a une décision à prendre.
Quand je vois mon voisin avec son air crétin sur sa grosse moto qui fait du bruit, je peux soit garder cette perception telle quelle, ce sera un point de contamination dans mon corps subtil. Soit je cherche dans ma représentation une zone un peu plus lumineuse (je parle d’une qualité divine) et je l’amplifie. On finit toujours par trouver, car le fait qu’on ait développé en soi la substance divine a commencé à transformer nos représentations dans ce sens. Il ne s’agit donc pas de me dire « je vais l’aimer » ou « je vais prier pour lui », dans un quelconque royaume abstrait de l’esprit. Il s’agit d’utiliser la perception que nous avons de lui pour engendrer une nouvelle perception pure, qui se joindra à notre nouveau corps divin. C’est ainsi que se construit le « nouvel homme » qui n’est rien d’autre qu’un nouveau corps, mais un corps qui a la forme des lumières divines qu’il incarne.
Pour ma part, il y a eu une période d’environ un an au cours de laquelle je ne pouvais pas me forcer à aimer les gens, en revanche je pouvais m’autoriser à les détester copieusement, sachant que ce sentiment de détestation avait le pouvoir de percer le canal central, et donc d’engendrer son contraire. Durant ce temps, je n’avais pas assez de substance divine pour travailler directement à aimer les gens, mais j’avais assez de concentration pour utiliser ces sentiments négatifs à créer de la substance. Maintenant qu’il y en a davantage, je peux l’utiliser directement à modifier tous mes souvenirs et représentations, je pense que c’est l’étape suivante normale. Qu’elle soit toujours présentée comme étant ce que devrait faire le débutant est un contresens je pense, car il n’en a pas les moyens.
















