Pas pour le bonheur - Dzongsar Jamyang Khyentsé
Bon. Encore un livre que je vais étriller. Mais je vous promets qu’un jour je ferai des bonnes critiques, j’ai quelques livres sous la main dont je ne pense que du bien, il faut juste que je les relise. En fait j’avais pensé écrire un commentaire circonstancié de ce livre pour le mettre sur KDP, mais j’ai abandonné cette idée. 1) Si les bouddhistes veulent rester idiots, ce n’est pas mon problème, je ne vais pas me fatiguer à écrire un livre sur le bouddhisme, car c’est fatigant et ça fait trop réfléchir 2) La famille Dudjom a des Protecteurs très efficaces, donc ça n’est pas la peine de me les mettre à dos. Une petite critique sur ce blog suffira largement à exposer ce que je juge la plus importante, et qui ne concerne pas seulement les bouddhistes.
En fait, ce livre dit beaucoup de choses assez justes et même profondes sur la pratique, malgré tout il propage une vue délibérément fausse sur le vajrayana. Il cache très précisément l’élément qui peut changer notre vie, et ce avec une grande constance.
Pour commencer, c’est bizarrement attribué car dans les enseignements habituels, le 2 est associé au vajrayana et le 3 au dzogchen, ensuite on ne voit pas trop la différence entre le 2 et le 3, et pour cause, puisque le 2 est faux, il ne peut pas donner naissance à un 3 qui a un sens. Or tout le livre repose sur ce faux 2 et ce faux 3. Le message, c’est qu’il nous faut être raisonnables, pondérés, les émotions ça n’est pas bon, en tous cas point trop n’en faut. Dans le passage sur le gourou yoga, il explique par exemple que les étudiants en pensant à leur gourou éprouvent des sensations au niveau du coeur, mais que tout ça ce sont des émotions qui n’ont pas grande valeur, et que de toutes façons c’est la preuve qu’on se voit séparé du gourou et ça ne va pas. Le livre nous éloigne avec une remarquable constance de tout sentiment authentique et toujours avec le même argument : l’émotion, ça n’est pas bon. Déjà que les gens sont blindés et que leurs sensations sont devenues presque inexistantes, avec ça ils vont encore en rajouter une couche et se rapprocher un peu plus de l’état de zombies.
Le mot-clé c’est « ôter ». Et que font d’ailleurs tous les néo-bouddhistes ? Ils « ôtent » leurs sentiments. En sorte qu’ils sont absolument certains de ne jamais tomber par erreur sur le canal central, puisqu’il n’y a que les sentiments (une émotion+une sensation) qui peuvent nous y conduire. Ensuite ils peuvent faire tous les yogas qu’ils veulent, il n’y aura pas de souci, ça ne marchera pas. De même, l’attitude qui est préconisée avec les obstacles, c’est la patience, la pondération, la discipline. Le refoulement, en quelque sorte. A partir de là, le livre peut contenir des centaines de réflexions extrêmement pertinentes sur la pratique, il conduira le lecteur dans la mauvaise direction : l’acédie, le lieu où la vacuité sera interprétée comme un néant. Il peut toujours recommander de développer la dévotion et l’enthousiasme, si d’un autre côté il ne cesse de répéter de se défier des sentiments, c’est le second message qui sera entendu, car il est beaucoup plus fort. Heureusement que les saints chrétiens sont là pour nous montrer la bonne attitude : il faut se lâcher. Relisez Angèle de Foligno, par exemple, c’est tout le contraire de ce qu’il décrit. Elle est en permanence dans l’extrême, comme tous les saints d’ailleurs. C’est le seul moyen de brûler le karma. Une fois qu’il est brûlé, on peut certes dire qu’on ne fait plus rien et nager dans la sérénité, mais encore faut-il l’avoir brûlé. Donc le 1 c’est le renconcement, le 2 c’est l’amplification des sentiments qui bien conduits permettent de mettre en marche l’alchimie interne qui va engendrer un nouveau corps, le 3 c’est la purification de ce corps par la contemplation directe des lumières intelligibles.

















