Au sujet des bonnes relations
Régulièrement j’ai des velléités de recontacter d’anciens amis, généralement je m’en abstiens, mais quand je le fais je me rends compte que j’aurais mieux fait de m’en abstenir (idem pour ma famille). L’information va toujours à sens unique, et en plus de cela, je crois qu’elle est perçue comme une insulte… Bref, récemment j’ai donc recontacté une personne que je connais depuis pas mal d’années et dont je n’avais pas de nouvelles depuis longtemps, après une petite brouille. J’avais bon espoir qu’il ait bien progressé, puisqu’il était devenu disciple d’un grand maître (depuis déjà 6 ou 7 ans), et qu’il avait en outre toutes les bonnes dispositions nécessaires : de bonne volonté, obéissant, intelligent. Je me disais que nous pourrions échanger, mais en fait c’est toujours le même vieux karma qui est revenu, sauf que cette fois j’ai compris comment la chose arrivait. Supposant qu’il a fait de bons progrès, je parle ouvertement de moi. Comme à son habitude, il fait le gars qui a tout pareil, donc moi je continue à parler. Et puis je réalise qu’il ne dit plus rien et là je me rends compte qu’il y a un gros malaise parce que je lui ai parlé de trucs qui ne le concernent pas du tout. En repensant à ses mails j’additionne 1+1 et là je suis furieux contre moi-même parce que j’aurais mieux fait de me taire. Donner un cadeau dont l’autre ne peut pas se servir c’est 1) dilapider ses mérites 2) ne pas se faire un ami. Il faut dire que j’avais pris l’habitude de gens qui disaient plus clairement les choses. J’ai un autre ami par exemple qui m’a souvent dit « Là je t’arrête, tout ceci ne me concerne pas, moi je ne peux pas faire ça ». Donc nous parlions d’autres choses et tout allait très bien. Mais avec quelqu’un qui fait semblant de rien (parce qu’il ne veut pas passer pour « inférieur »), j’ai tendance à ne pas me méfier. Bref, maintenant j’ai compris le truc, sauf que ça ne servira à rien, car il n’y aura probablement pas de prochaine fois. Il n’y a pas 36 façons d’avoir des relations intéressantes : soit on est utile à l’autre, soit il nous est utile. Je serais charmé de croiser un pratiquant avancé qui puisse me donner de bons conseils. En l’absence de ceux-là, je me console en donnant des bons conseils. Si la personne n’en veut pas, et ne peut pas m’aider non plus, alors nous n’avons rien à faire ensemble. C’est assez simple finalement.
Ma mère était un peu du même style que ce gars. Pendant des années, j’ai bouché le trou des conversations en essayant de l’encourager dans ce qu’elle entreprenait (taichi ou autre), sans prendre la peine de dissimuler que j’avais beaucoup pratiqué tous ces trucs. Et puis un beau jour elle me sort que je la prends pour une imbécile, que c’est insupportable etc. J’ai compris que dire aux gens « Vous êtes en maternelle et comme je suis à l’université je me propose de vous aider dans vos études », c’est l’insulte suprême. J’ai d’autant plus de mal à le concevoir que j’ai toujours bien accueilli ceux qui me disaient cela. Le jour (en 1999) où Léo m’a dit « J’ai rencontré un éveillé ! » j’étais ravi. Enfin quelqu’un qui allait pouvoir m’aider. Le gars ne prenait pas de gants. « Toi tu es un petit scarabée, moi je suis un grand bodhisattva ». On n’est pas obligé de le croire ni de le contredire pour l’écouter, tant qu’il est intéressant. En tous cas c’était quelqu’un de généreux. Au bout de 7 ans la conversation s’est épuisée, donc je suis parti.
















